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Full text of "La venerie de Jacques du Fouilloux, gentil-homme, seigneur dudit lieu, pays de Gastine, en Poitou; ... avec plusieurs receptes et remedes pour guerir les chiens de diverses maladies; plus, l'Adolescence de l'autheur"

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JISîtUtam JFitzgeralb, ^sijre.. 


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of Mpper Qlanaba (Collège, 
1835-6 


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Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/laveneriedejacquOOfoui 



4 



George Carcy, 
L A 

^ Vénerie de laques du 

FoHiUoux , (jentil'homm(L^y feignetéf 

dudit Ueti y p^ys de Cajiine, 

en ToitoH. 

Dèdiéc au Roy Trcfchrcfticn Charles, 
neufiefme de ce nom. 

AVEC 

VUftcurs Recettes (^ Remèdes pour gUerir Us 
Ch'icns de diuerfcs maladies. 

P L V S 

L*Adolefcence de TAutheur. 



Aucc Priuilcge du Roy. 

^ POITIERS, 

Tar les dc^ Marnefz, , et BoHchetz, , frem. 



15^3, 



fiAV T %^e S C H 7^E S T I S :^^ 

ROY ET MONAR QJ7 e DE F R A N«-* 

cc^ y par [on humU^ fi^f> 
dti Fomllûux, 



I 



L EST certain^ Sire 3 que les hommes Je tout temps fc 
font addonnez a plufieurs fciences hautes & occultes: 
'- les vnsa la Philofophiejpour contenter leurs efpritzjles 
autres aux artz mechaniques^pour les richeffes mondaines: 
l^^uentions dcfquelz ont efté difperfées en tant de ma^ 
niIRs, qu'il efl prefque impofsiblede les déduire par le rné- 
nu: tellement qu'après auoir le tout confidçré, ie me fuys 
voulu arrefter au diredecegrandfage Salomon^ qui ha cf- 
cript que toutes choies qui font foij^bz le Soleil ne font que 
vanitez; d'autant qu'on ne veoytfcience ni art qui puifTe al- 
longer la vie plus que le cours de Nature. Par ce il m'hâ 
femhléjSirejque la meilleure fcience que pouuons appren- 
dre (après la crainte de Dieu) eftie tenir ioyeux^ vfant d% 
honneites exercices: entre lefquelz le n'en ay trouué au- 
cun plus loiiable que l'art de Vénerie. Et d'autant que des 
ma ieuneffe ie me fuys exerce' en celuy art, félon mon per t 
pouuoir , '%infi que mes predecelfeurs, ie n'ay voulu i:iiïti 
négligent a rédiger par efcript cequ'einauroys apprins par 
expérience. Et combien qu'il en y^| en voftre Cc^i^rt 
quipeuuent mi^ux le faire que moy^ toutesfois i^ay heu taïfit 
de confiance en' ifoftre humaine maieilé/queie n'ay craiSt 
vous prefenterce lïiientel quel labeur, eiperant quelerece- 
uriez en gré 5 comme de celuy qui eft voftre treshumblc 
efckue & ferf. 



./ 



^ar Prmilegedîi %oy, donné a îanet Sngmlhert 
de cSMarnefz, , et laques Bouchet , frères, eFi permis 
d'Imprimer et ^endrt^ ce pefent^ liurc^ inùtuléy 
l^ K VENERIE DE lA (^V ES D V 
FOVILLOVX. Et dejfenfe^ a tov^ autres Li^ 
vr aires et Imprimeurs , de non en 'vendre^ , m impri-- 
wer , autres que ceux impnmeT^par ItfditT^ de Jllar^ 
nefz^ ei Boucle t , iufques au temps de dix ans enfui- 
uans : fuhz, les peines contenues par les lettres fur ce 
faites y données a Ojleans ^ /c^ "vingt et trcifujme iour 
de Décembre^ , mil cinq cem foixanti^. Signées par 
It^ ^Roy y en fon confed ;,de lomenie, et féel-^ 
lé es du grand féel fur fmplc^ queue. 



Table dès chappitres. 

DE la race Se antiquité des Qgikns courans^ô^ qi-i pre- 
mièrement les amena en Frafnce. Chap. t. Feuil. j. 
Du naturels coniplexion des Chiens blancs? diti Eaix, 
&c furnomméz Greffiers. chap. 1 1. f ueii. vi. 
Des Chiens fauues, & de leur naturel. chap. 1 1 1. fueiî.x. 
De la complexion ôc nature des Chiens gris, cha, un. fu.xiij. 
Des Chiens noi.s anciens de Tabbaye S. Hubert:, en Ardene. 

chap. V. fu. xvi. 
Les fignes par lefquelz: on peut ccgnoiftre vn bonjôc beau 

Chien. chap. v i. fueil. xviij. 

Comme Ion de yt eflire vne belle Lyce pour porter Chiens 5 Se 

le moyen de la faire entrer en chaleur. Aufsi les fignes fcubz 

lelquelz. elle doyt eftrecouuerte pour porter Chiens mafies? 

qui ne foy eut iuhkdz a maladie. chap. v 1 1. fueil. xix 1 
Des faiibns efquelles les pctis Chiens doyuentnaiftrcjôc com- 
me on les doyt gouuerner. chsp. viiT. fieil.xxij. 
Les fignes qu'on doyt regarder files petis Chiens feront bons 

ou non. chap. I X. fueil. xxvi. 

Q^e Ion doyt nourrir les petis Chiens aux villages? & non aux 

boucheries. chap. x. fueil. xxvij. 

En quel temps on doyt retirer les petis Chies des nourrifleS3& 

quel painÔc carnages ilz doyuent manger, cha. x i. fu. xxix. 
Comme doyt eftrefitué de accommodéle chenin des Chiens. 

chap. x 1 1. fueil. xxxi. 
Du valet de Chiens 3 &c comme il doyt panfer, gouuerner. Se 

dreifer les Chiens. chap. x i ri. fueil. xxxv. 

Comme Ion doyt dreffer les ieunes Chiens peur courre le 

Cerf^ de des curées qu'on leur doyt faire, chr. x 1 1 1 1. fu.xlii j. 
De la vertu & propriété du Cerf. chap. x v. fiieil. xlix. 

Du naturel 5c fubtilité des Cerfz. chap. \ v i. fueil. I. 



TABLE- 

Du rut Se mufe des Cerfz. chap^ xviU fcuil.Iv. 

En quelle {nibn les Cerfi mucnt^ Se prencnt leur buy flbn, 

chap. X VI 11. fucil. Iviij, 
Pourquelle raifoales Cerfz. fe recèlent quand ilz ont mué. 

chap. XIX. fueil.Iix. 
Du pelage des Cerfz, chsp.xx.fueil.lxij. 

Des telles ou ramures des Cerfz, 5<: delà diuerfitéd'icelles. 

chap. x x 1. fjeil. Ixiiiji 
Duiugementôc cognoi (Tance du piedoufoysdu Cerf. 

chap. XXII. fueil, Ixxiij, 
Du iugement&: cognoi fiance des fumées des Cerfz de dix 

cors, & des vieux Cerfz chap. x x ii i. fueil. lxx\ ^j. 

Du iugement des portées. chap, xxiiu. fueil. Ixxix. 

Du iugement des alleures. chap. x x v. fueil. Ixxx, 

Du iugement des abatures Se fouleures. cha. x x v i< fueil.lxxxi. 
Du iugement du frayoiier. chap. x x v 1 1. fueil.lxxxi j. 

Comme le Veneur doy t chercher les Cerfz aux gaignages, fé- 
lon les moy s Se faifons. chap. x x v 1 1 1. fueil. Ixxxiii j. 
Comme le Veneur doyt aller en quefte aux tailles auec le Li- 
mier.' chap. XXIX. fLeil. Ixxxviij. 
Comme le Veneur dovt aller en quefte aux tailles ou gaigna— • 
ges, pour veoir le Cerf a veiie. chap. x x x. fueil. Ixxxxiiij. 
Come le Veneur doyt aller en quefte aux petites courones de 
tailles def obées^qui font au milieu des fbrtz.cha. xxxi. f.xcvij. 
Come le Veneur doyt aller en quefte. chap. x x x u. feuil. eu 
Comme le Veneur doyt aller requefter le Cerf, qui aura efté 
couru &:fail!y le iour auant chap.xx xi 1 1. fueil. cij. 
Comme le Veneur doyt aller en quefte aux hauftcsfuftayes. 

chap. XXX iTii.fjeil.cv. 
Du lieu ou fe doyt faire l'aflemblée, Se come elle fe doyt faire.' 

chap. XXXV. fueil. cviij. 



VENERIE PAR lA QJ/ E S 
DV FOVILLOVX. 




De la race ) & antiquité des Chiens couransj Ôc 
qui premièrement les amena en France. 
Chappitre I. 

I'ay vovlv diligemment regarder tant^ an dirc^ 
des Anciens que^ modernes ^ dou eïi "venue la pre- 
mierc^^ race^ des Chiens cour ans en France^ j et n'ay 
trouvé chroniq^c^ ou hijtoire qui en parle de plu^s long 
temps , quvnequeïaj njeueen Bretaigne , faicle par 

(t/1 



2 VENERIEPAR 

n:nnommé loannci Alonumstenfis : laquelle îrAiBt^ 
quapr&s la piteu/e et ejpQPiuanùildt^ di'JtruBîon dcLj 
Troye la grand. Encans arriua en jtul'ie, auec Jcn jïlzj 
^IJcanna, lequel fut Roy des Latins , et engendra i>n 
flzo nommé Sjluïm, duquel defcendit Brutm, qui aj-' 
mcit fort la chaJf(L^ . 

Or aduïntj que fon perc^ et luj eftans in iour en 
n^ne Foreji , cour ans m Qrf, furent furprms dç^ la 
nuîB : et loyans le Cerf deuant eux forcé des Chiens y 
allèrent a luj pour le tuer, La fortune aduïnt^ telles 
a Brutm {ccmme Dieu le voulut) quainfi qud pen- 
foit aller tuer le Cerf, il tua fon père yAmuf, qui caufa 
le peuple a frjleuer et mutiner contre luy.penfant qu'- 
il l'euflfatâ'par me mdxe eî cupidité dc^ régner, et 
four auotr le g-ouuetnemer^ du Royaume , tellement^ 
que pour euader leur gr^nde^ fureur et indignation, 
*ÎBrutm fut contraint fen aller du pays, et entreprintij 
le njojage de Grecc^ , pour aller delturer quelque nom^ 
hre de Ttojens,fes compaignons et alitez^, o^ui epojcnt 
en cor es détenu z^ captfz, du temps delà defiruBion dc^ 
T^roye : laquelle chofe d fett a force d'armes. Or après 
les auoir deltureZj j tl affemhla grand ncmhre^ d'htm-^ 
mes d'iceUe nation Troyenne : aufquelT^ il feit fairc^ 
ferment de nc^ retourner iamais en leurs pays , tantJ 
four le deshonneur qu'tlzj j auoy entrée eu, que pour la 
perte irrécupérable de leurs biens ^ et pour les regretZj de 



I A C^V ESDVFOVILLOVX. j 

leurs parentT^ es amys qui esloyent mortl^ es cruelles 
h at ailles, (tAlors ilfeit appareiller grand nombre de na - 
uires , efquelles il Rembarqua luj et tons [es hommes ^ 
et amena auecluy grande quantité de Chiens cour an s 
et Leuriers, Tujs nauiga tant qvCil ^ajfa le deïlroit 
de Gilbathar , entrant en la mer Oceane , et njint de^ 
fcendre aux ijles ^îrmonques ^ que four le iourd^huy 
nous nommons Breîaigne , a caiife de fan nom Brutus: 
laquelle il conquit fans ref fiance , et en fiu paijiblc^ 
tefpace de quatre ans. Onquel temps 'un de fis capi^ 
taines , nommé Çorineus ^ édifia la ^viUe de Qjmouaille.^ 
Bien tojt après q:4r'ilzj fe furent accommodé^ et habi^ 
tueKj ondit pays , Bruîus ^ fon f^ T'urnm , qui a^ 
uoyent y comme dit eft ^ amené grand nombre de Chiens 
courans.fen allèrent ch^fer en degrandes freHI^ qui 
contenoyent de longuem' depuis ^iffaugc^ lufjues au-^ 
près deToitters, dont^ne partie du pays f nomme 
pour le iourd*huy la Gaïïine^. 

Or en celuy temps regnoit en T^olBou et Aquitaine 
n)n Roy nom.mé Grojfarius F ictus , qui faifoit fa con^ 
tinuelle refdence a Foitiers^ lequel "vn lour entre les au^ 
très fut aduerty que^ les Troyens faifoie^ptj grand' 
exercice^ en teÙat de Veneriz^ , et quil\j:haffjyenlL> 
ordinairement enfes ForeHT^ auec telle race de Chiens^ 
que depuis qu*il7^ auoyent trouué ^^n Cerf ^ Hz, nt^ 
tab.mdonnoyent tamats qu*d ne fuïl mort> . Ce Roy 
Grojfarii'is ayant ouy telles nomielles ^fut courroucé et 

A tj 



4 VENERIE PAR 

fafché ^ tellement.* qu*ïl délibéra de leurfairt^ laquer" 
re y et ajfemhla toutes fes forces. Les Trojem aduer" 
tis de telle affemhlét^ :, marchèrent le long delà rime-' 
re de Loyre ^ auec tontc^ leur fuijfancc^ , et feren^ 
contrèrent^ au lieu ou four /c^ tourd'huj eft fituée la 
'Ville de Tours , ou ilz,fe donnèrent la bataïUc^^ , en la-^ 
quelle fut tué T'uryius , flz^ aifné dc^^ Brutm ^ et en 
?nemoire de lu j fut edifée^ la "ville ^ et du nom de Tur^ 
nus fit nommée Tours* 

Pay bien "voulu raconter cefle hjBoirc^', pour don^ 
ner a entendre qu'il y ha long temps que les Chitns cou- 
ransfont en ^fagc^ en la Iretaigne y et croj certaine- 
ment quiceulx Trojens ont efté les premiers qui en 
ont amené la race en ces pays : car klj ne trcuue points 
hiïloire^ qui en face imntwn^^ plus hautes cognoif 
fance que celle la. Et eïl'vne chofe aJJ'euréç^ que la 
plus grande^ part des races des Chiens cour ans qui 
font en Franc^^ , et autres pays circonuoyfins , eïl 
fortie du pays de Bretaigne.exceptez^ les Chiens blancs, 
la race defquelz^ /<o penfc^ eftre 'venue^ de "Barba-- 
ric^ y pour m'en eflrc^ evquis , moy efkintLj quelques- 
fois a la'B^hellc^ , a plufleurs T^ ilotes dc^ cJ^er , 
et entrer autres a "vn 'vieil hommes nommé (t/^l- 
foncc^ y qui auoyt eïlé par plufleurs fois a la Court 
d'^vn Roy de Barbarie^ y nommé le T>oncherib y lequel 
faifoit grand meflier de chajfe^, et principalement dc^ 



I A Q_y E s DVFOVILLOVX. j 

prendre le %dngier a force : et ïïu comptoit qne tom les 
Chiens de fa Vénerie^ efhjent blancs , et que tomlc3 
Chtens de ce pays la teftojentj aufi. Et certes ie croy 
qiia la mérité les Chiens blancs font ^ventil des ren-- 
ons chaud,cs , d'autant qu^tlz^, ne laiffent a courir pour 
quelque chaleur qu'd face ' ce que les autres Chiens ne 
font pa4» Fhebm s'accorde a celles oppinion , difant 
qu'il ha eïié en ^ylauntame^^ autrement^ dicte Bar- 
bariz^ , ou il ha veu prendre le TXajtgier a forcer ^ a 
des Chiens qu'il nommz^ Baux : lefquelzj ne laiffent.» 
a courir pour chaleur qui pt^iffe fairc^\ Dont mon 
opinion eïi :, que la rac't^ des Chiens blancs eH fortic^ 
de ces Chiens Baux de Barbarie^ dont Thebus entend 
parler. le nt^ mettraj autre chofl^ des antiquiteT^ 
mais ie ijom efcriray cy après du naturel &t complexion 
tant des Chiens blancs - fjuues ^ris , quc^ noirs : lef* 
quelzjfont les plus commodes pour les T^rinces et Qen- 
tilX^ hommes, 

A iij 




VENERIE PAR 










m, 






"^ *<&:'•;-•? 









;>ffô1. •■^'^'^^ /^^' '^^^^-.^ ,-- .. , ^^. 



Du naturel Se complexlondes Chiens blancs, 
didz Baulx ? &c furnommez Greffiers. 

Chappitrc I I. 

I E s Chiens blancs ont efié mis en auant en France^ 
far defnn^t monfiemle grand Senefchal dç^ Nor- 
mandie : et au far auant eïlojenten peu d'efitme, prin- 
cipalement entre les Gentilz.-hommes ^ d* autant qtitlz, 
ne font poi communs a courir toutes bejles , mais feu-* 



I A Q_y E s D V F O V I L L O V X". 7 

le?neîit h^ Cerf. Lt^ pre:?ner de la rac^^ auoit no?n^ 
Somlldt'd . lequel fîit donné par "vn *^amire genid-hom - 
me aitfe'A Roy Lojs : qui n*en fe'il pas grand comùtey 
â autant^ qiiïl aymoit fur tout les Chiens grù , def^ 
q^elz> eHojt toute fa mevtte^ , et ne faifoit ca4 d'au^ 
très Chiens , fi ce n' e^oit pour faire Limiers. Le Senef- 
chal Gafton eïîan4:^ prefent attec le gentd- homme qui 
auoyt offert le Chien, cognoiffant Ipien q^ele Roj n'ay-- 
moit point ce Chien , le fupplia de luy donner , pour en 
faire prefent a la plus f âge dame de fin Royaum^^, et 
le Roy l!4y demanda qui elle efioit : c'eH ^ dit il y Anne 
de Bourbon , 'vcftre fUc^, fe 'vom reprem refj?ond 
le Roy y fur cc^ point de l'auoir nommée^ la plus fa- 
ge : mais dittes, moins folle que les autres , car de fage 
femme n^y ha point au monde. Lors le Roy don^ 
na ce Chien au Senefchal Gafon , qui ne le menague-^ 
res lomg qu'il ne luy fuft demandé : car monfieur le 
grand Senefchal de J^(^rmandie l'importuna taniL>y 
quil fut contraint de luy donner. T^uis iiwnficur /(O 
grand Senefchal le bailla en garde a 'vn njeneury nommé 
'jaques de Brefe : et defors on commença a luy fairc^ 
couurir des LyceSy et en faire race. L'année^ après 
madame Anne de Bourbon, laquelle ay moit fort la Ve^ 
nerie, ayant entendu de la bonté et beauté de ce Chien, 
enuoya ijne Lyce nommée^ ^aude , qui fut couuerte 
et emplie de ce^ Chien , par deux ou troys fois , donîL» 
en fortit quinz^e oufeZjÇ^ Chiens , et entrer autres fix 

o^ iîpj 



8 V B N. E R I E F A il 

d'excellence^'^ ainfinommez^^, Cleraut ^ loubard, a^Ii- 
raiid y Aleigret, <i^/IarteaH, et Hotfela bonne Ljce^. 
^epuys la race Ce si ton four s augmentée^ , comme elle 
efl a prefent : combien qu'an commancement les Chiens 
de ccïle race n'cUoyem pas fi fortl^ commet ïlz^ font 
pour le iourd'huj : carie feu Boy Francojs les ha ren^ 
forcez^ par 'vn Chien nommé ^liraud ^ qui eïlojt 
fauuc^ y lequel mcnfieurl'<iÂdmïral d'o^nnebaud luy 
auojt donné. Et encores depuys la Ro^ne d' EfcoJJc^ 
donna au Roj 'vn Chien blanc y nommé Barr au d y du- 
quel (t>MarcGnnaj , lieutenant de la Vénerie^ y ha tiré 
de la race y dont les Chiens font bons par excellence^: 
et beaucoup plus for tT^ que n'ont efié tous les autres. 
Et a la ^vérité tel\_ Chiens font dédiez^ pour les BojSy 
defquelz: ilz, fc^ dojuent Jeruir y d'autant qu'ils, font 
beaux chajfeurs y requerans y forcenans y et dt^ haut 
neT^ : qui ne^ laijfent pour chaleurs qui pujffenfL> 
eflre, a ch^JJtr yfamfe rompre a la foule des piqueurSy 
m au bruyt et crj des hommes qui font continuellement 
aucc les Trinces : et gardent^ mieux le change que nul- 
le des autres e fèces de Chiens y et font de ^netUeure cré- 
ance^: touteffois ilz, ^veulent eïlre accompagne?:, dc^ 
piqueurs y et craignent 'vn peu l'eau y principalement en 
Hjuer y quand le temps fe porte froid. 

Je ne "veux oublier a donner entendre lefquelz^> 
Chiens de cefie race fe trouuentj les meilleurs y parce 



I A Q_V ES D V F O V I L L O V X . 9 

quen 'vne laUiée il ne s'en tronue pas la moitié de bons, 
Iljautffauoîr que ceux qui font natjfans tOîi4 d'^vn^^ 
piecc^y comme ceux qui font tous blancs ,font les meil^ 
leurs : et pareillement ceux qui font marquetél de^ 
rouge^ : les autres qui font marqueteX^ de^ noir^ 
et de^ gris fallc^ tirant fur Ic^ bureau , foniL> dc^ 
peu dç^ 'Valeur : dont en y ha aucuns fubieB7 a auoir 
les piedzj gras et tendres. Aucunejfois U^Ç^ture^ be- 
fongne de telles forte qu'elle en fait [ortir de tom noirs: 
ce quinefe fait pas fouuent^ ^ mais quand iladuient^ 
ilzo fe trouuentfort bons. Et faut noter que les Chiens 
de cefic^ race ne font en leur bonté qu'il! n'ajent en- 
uiron trojs ans ^ et font fubieâT^ a courir au befiail 
priué. 

qA 'V 



ro 



VENERIE PAR 




j^^^^^p/h .fj^^i^^s^? ^'^m^^f ft 









Des Chiens fauues ^ ôc de leur naturel* 
Chappitre III. 

E n' A Y lei^ autre chofe de t antiquité des QjierîT 
fauues y [mon que l'aj trouué dans "vn "vieil Iture 
efcnt ala main, fait far "vn "veneur- qui faifoit 
mention âvnfeigneur "Breton, nommé hfuet de 
Nantes , que t Autheur d'iceluj Hure efimoit 
fort en t efiat de Kenerie : lequel donnott, entre autres, 
telblafon aux Chiens delà meutc^ dudttfeigneur. 




I A Q^V ES DV FOVILLOVX. u 

5 5 Tes Chiens fauues ? Huetj par les forcflz 
5, Prenent a force Chcureulx? Biches 3 & Cerfi^: 
5) Toypar fuftsyes emporte iur tous pris 
j , De bien parler aux Chiens en plaifans cris. 

^ ^uft t'ay 'veti dans <vne Chrcnique y enU^uillc^ 
de Lembale , n;n chappttre .qui fait ment ion qu'^jnfei-^ 
gneur dvtdit lieti:,auec 'vne meute dt^ Chiens fauues et 
rouges, lanfa 'vn Qerf en "vne foresl en la comté dç^ 
Famciieure^ et le. chajfa et pourchaffat efface de quatre 
iours : tellement que le dernier leur il l'ail a prendre^ 
près la 'ville de Taris. Et tïi a prefumer que les Chiens 
fauues font les anciens Chiens des DucZj et fetgneurs 
de Bretaignc^ : defqueï\rnonfeur t(*Admiral d* Anne-- 
haud , &tfes predeccffeurs ont toufours gardé de la ra^ 
ce^ : laquelle fi4t premièrement commune au temps du 
feuTioy François, père des teneurs. Qes Chiens fau- 
ues font d.e grand cueur , d'entreprinfe, et de haut nez^y 
gardans bien le change^ : et font prefque dc^ la corn- 
flexion des blancs ^ excepté qu'ils nendurent^pa^ft 
bien les chaleurs., ne la foule des piqueurs: mais ilT^font 
plus ^ifes , com/muns ^ et plus ardans. Et fi d*auan- 
turc^ tl aduientj qu^vne befiefe forpaifepar les cari'i- 
pagnes ^ ilz^ ne la cuj dent pas abandonner. Leur corn-- 
plexion efi forte, car il7 ne craignent^ ne les eaux, ne le 
froid :, et courent feurement^, et de^^ grande hardjejfe. 
,^lX^font beaux chaffeurs , aymans communément Ic^ 
Qrffur toutes autres befes , ctfontplm opiniafires et 



lî VENERIE PAR 

md aifez^a drejfer que les blanc s ^ct de plus grand' pei- 
ne, et tranaiL Les meilleurs qui fartent delà race de 
ces Chiens fauues, font ceux qui ont le poil plus ^vif^ ti^ 
Y ans fur le rouge y ef qui ont vnc^ tacht^ blanche au 
front y ou au col ^ pareillement ceux qui font tous faw^ 
ues: maî^ ceux qui tirent furie iaune ^ efians ynarque- 
téJ^ de gris ou de noir , ne 'valent gueres. Qux qui font 
retroujfez^y etherigotez^font bons afairc^ des Li?niers. 
6t en 7 ha quelques njns ayans la queue e^iêe quife^ 
trouuent bons et 'vifies. Et parce qu'auiourd'huy les 
F rince s ont fait méfier les races des fhiens fa^Jues en^ 
femblcy ) ilzj enfant beaucoup plt^^ fortT^, et meilleurs a 
courir le (jrf ^ qui eflle ^raj moyen pour donner plaifir 
aux IXjoys , et aux Frinces : mais pour les Gentilz^ 
hommes teïl^ Chiens ne font pa^ communs:, parce quttX^ 
ne ^jeulent faire q^â^'^on mejiiery et quilzj ne font cas de 
Lieures y ne d'autres m mues beftes: et aufi quHXjont 
fubiectT^ a courir au beftailprmé. 

De la complexion 



I A QJV ES DV FOVILLOVX. 



13 




De la complexion Se nature des Chiens gris. 
Chapitre II II. 

LES CHIENS gris font ceux defquelT^ fe Jeruoyent 
anciennement^ les Hoys de France^ j et lesT>uc7 
d'^lenfon . Jlz^ font Chiens communs ^ farcc^ 
ciu*il\ ffaucnt faire flujleurs méfier s ^ a cefic^ caufe 
il7^ font commodes Pour Gentil'^ hommes : car leur 
fiaturel ou complexion eïl teUc^ , quùll courent tou- 
tes les heytes qu'on leur 'voudra faire chajfer. Les 



\. 



H VENERIE PAR. 

meillei4rs de tout ç^ la racc^.font ceux qui font gris 
fur l'efchinc^ , eflans qHatroillez^ de rougc^ ^ &t les 
tamhes de mefmz^^oïl y comme dc^U couleur de la 
lamhe d'^jn Lieure, lien fort aucunes-fois quelques 
'vns qui ont /o foïl au deffus de tef chine d*vngris ti- 
rant fur le noir 3 etles iamhes tanellées et ondées de^ 
'rouge et de noir JefquelT^fe trouuentj bons par excel- 
Uncc^. 6t combien qaç^ des Chiens gris il n*en foit 
gueres de mauuais yfi eft-ce que les trop gris argentez^, 
ajans les iambes fauues tirantes fur le blanc :, nt^ font 
pas fî 'viftes ne fi ^vigoureux que les autres. Les Grin- 
ces n'en peuuent tirer du plaifir, pour beaucoup de rai- 
fons , d'ont t^n^^ eft , parce qu'ilX^ craignent grande- 
ment la foulç^ des piqueurs y et le bruit y d'autant qu- 
HX^fontL» Chiens ardans , et dc^ grand cueur, qui f:^ 
mettent^ hors dhalent^ au cry et bruit des hommes y 
aufi quilJ^ craignent les chaleurs , et n'ayment pas 
'vnc^ befie qui rufc er tournoyé : mmfi elle tire pays y 
il efi impofiblede 'veoir courir dc^ plus rifles et meil- 
leurs Chiens, combien quilz^foyent opiniafires.de mau- 
uaife creancdy etfubietJ^ a prendre^ le change , a cau-^ 
fe de t ardeur et folic^ quiïK^ ont , et des gr ans cernes 
qu'ilz^ prennent en leur défaut. Et fur tout ojeulent co- 
gnoiHre leur maifire , et principalement fa voix y et fa 
trompe, et feront pour lny quelque chef e plus que pour 
tous les a'/Ares' ll'l^ ontvne ?nalicç^ entfeux y qudzj 
cognoiffent bien a la voix di^ leurs compaignori^s sil?j 



I A Qjy ES D V F O V I L L O V X. 15 

fontfeurs oh non , car s'îl:c,font menteurs ilT^n" iront 
j^as'volîintîersaeux.JiX^font (Chiens de grand* peine, 
ne craignans le froid, ne les eaux , et s' ilz^J entent "vne 
be/tc^ mal menée, cr qu'elle fe laijfe approcher 'vnefois, 
ilT^ne l'abandonneront^ ia7naù qu'elle nc^foit morte. 
Qeux qui en ^veulent tirer du plaifir , H faut qu'il! fa- 
cent en cefie forte, e^u partir du defcouple, tilles doi- 
uent pquerle plus froidement qu'ilT^ pourront, auec 
peu de bruit :, a caufe qu'iïl^font ardans ,et outre- 
pajfent les routes ou ^ojes de la befte qu'il7 courent: a 
cefte cau/L^ les piqueurs ne doibuent approcher d'eux 
qu'ilT^ne les ^ojient tirer pajs, ni au défaut pareille- 
ment : et fe faut donner garde de les croijer, dc^^ peur 
qu'ilX^ retournent fur euXj et ainfi s'en tirera duplaifir. 



îS 



VENERIE PAR 




Des Chiens noirs anciens de Tabbaye fainâ: 

Hubert en Ardene. 

Chap. V . 

LES CHIENS ûi^c^ nous appelions de fainB Hii-* 
hert^dothuent ejtre communément tous noirs .toutes 
fois on ha tant mejlé leur race , qud en 'vient au- 
iourd'huy dç^ tous poilT^- (Je font les Chiens dont les 
ylbbeX^ de fainci Hubert ont toufwurs gardé dc^ la 

ractj , 



I A Qjy ES D V F O V I L L O V X. 17 

race, en l'honneur et mémoire du fainct^qui eftoit ve^ 
neur auecfainct Sujiache ^ dont efi a comecturer que^ 
les bons veneurs les enfumront en Taradis^auec lagra^ 
ce de Dieu, Pour reuenir au premier propos ^ cefie race 
de Q biens ha eftéfemée par le s pays d'Hajnaud , Lor- 
raine ^ Flandre, et "Bourgongne. 117^ font pûjfans dc^ 
<orfage ,toutesfoù ilX^ ont les ïambes bajfes et courtes: 
aufi ne font it^ pas 'vijies , combien quUT^foient dc^ 
haut ne\j chafans deforlonge , ne craignans les eaux, 
ne les froidure s, et défirent plus les befies puantes ^comme 
■Sangliers, ^Regnardl^y et leurs femblables , qu'autres, 
par ce quiU^ne fe fentent pas le cueur ne la njisiejfe 
pour courir et prendre les beïies legieres. Les Limiers 
en fortent bons , principalement pour le noir ^ mais pour 
en faire racepour couurir , te n'en fais pas grand cas: 
toutesfots i'ay trouué'vn liure , qu'vn 'veneur adroif 
foit a njn Prince de Lorraine , qui aimoit fort la chaf 
ft^, ou il y auoit 'vn blafon qu* iceluy ^veneur donnoita 
fin Limier, nommé SouiR art, quiejtoit blanc. 

5 De faind Hubert fortit mon premier nom, 
5 Filz, de Souillard Chien de trefgrand renom, 

Dont eïi âpre fumer qu il en fort quelques vns blancs, 
mais ilT^ne font delà raca^ des Greffiers , que nom a- 
uons pour le iourd'huy, 

B 



X» VENERIE PAR 

Lcsfignes par Icfcjuelz on peut cognoiftrc 
vn bon de beau Chien. 
Chap. VI. 

IL faut qvi^n Chien, pour efire beau et bon.ayt lesji^ 
gnes qm s enfument, "Tremïercment ie commenceray 
a la te fie .laquelle doit ejlre de moyenne g", ojfeur.et efi 
■fins a ejtimer quand elle efi longue c^ue c^mvfe. Les na- 
z^eaux doïuent efire gros et ouuers les oreilles larges, et 
de mcjenne ejfxfeur , les reins corn hez>, le rMegrcs, les 
hanches aufstgnjjes et larges U cmjfe troujjée.etle iar^ 
ret droit bien herpéla queue g^ cjfe p? es des ; etns, et le re^ 
ftegrefe itfques au bout, le poU de deJfouTJe centre ru- 
deja ïambe grcfeia patte du piedfeche, et en forme de 
celle d'z n ^^egnard, les ongles gros, £t deueXjntendrc 
qu'on ne ^vott gueres de (fhtens retrouffez^ay^m le der- 
rière plus haut c^ue le devant, efire ^ifies,Le mafie doit 
efire court et combe, et la Lice longue. Or pour ijous de- 
clairerlafignificationdesfignes,ilefi a ffauoir, que les 
naz^eaux ouuerts Jpgnifientle Qhien de haut nezj. Les 
reins courbez^etle tarret droit, fgnifient la ^ifieffe, La 
queue greffe près des reins, loguc et déliée au bout, figni- 
fie bonne force aux reins ^et que leChten efi de longue ha- 
lene. Le poil rude au defiouliT^du n^ entre, dénote qu'il efi 
pénible, ne craignant point les eaux ne le froid, La iam^. 
begrofie, le pied de Regnard,et les ongles gros , démon-' 
firent qutln'ha point le piedgras , etqutl eft fort fur 
fes membres, pour courir longuement fans f agrauen 



I A Q_V ES D V F O V I L L O V X. if 

Comme on doit cslircvne belle Lyce pour porter Chiens j5C 

le moyen de la faire entrer en chaleur. Aufsi les fi-^ 

gnes foubz lefquelzelle doiteftrecouueite 

pour porter Chiens masles, qui ne 

foientfubietz a maladie. 

Chap. VII. 




s 



/ 'VOHf 'voulez^ anoir de beaux Qhïem , Hfautamir 
'vne belle Lyce ^ quïfoït de bonne race .forte et bien 
proportionnée defes membres ^ ajans les coftezj e,t les 



*• VENERIE PAR 

famgrans et larges, laquelle fourrez^ faire 'venir en 
chaleur en ceïie manière: TreneT^ deux tefies d'aulx, et 
<vn demy comllcn d*^ne heïle qui fe ncmme Cafror , 4- 
uec du lus de crejfon alenois , et 'vne dou^iawe de mouf- 
ches Cantharides, etfaiBes louiUir le tout enfemhlc^ 
en^jn fût tenante ^ne fmtc^ , auec de la chair dc^ 
cyMoutcn, et enfaictes boire far deux ou trois fois en 
fotage ala Ljce y elle ne faudra iamais dc^ ^cnir en 
chaleur. Et autant^ en feut on faire au Qhienfour Ic^ 
rechauffer Tuis quand lous <verre\ que la Ljce fera 
chaude , attendez^ le flein difcours de la Lune a^ûffer, 
-four la faire ccuurir : et la faites emflir fouh%^ les Jï^ 
gnes de Gemini et oAquarim , car les Qhiens qui nai- 
front en ce temps , ne feront ffyihietz, a la rage , et en 
'viendra plm de mafles que de femelles, jlufi on dit 
quil j ha vne eïioile nommée ^ÂrBure ^ et que fi les 
Qhiens naifentfouhK. le règne d'icelle , quilz^ feront^ 
fort fuhietz^ ala rage, Pareillement^ faut entendre^ 
flufieursfecretz^ , dont le premier efi : ue^de quelque 
Chien qu'vne Ly ce fera couuerte , la Première fois qu'- 
elle fera en chaleur , et de fa première portée ^foit dc^ 
^y^afiin, Leurier, ou Qhien courant , en toutes les au- 
tres portées quelle aura après /il s en trouuera icuf 
tours quelqu'un qui refemhlera le premier Chien qui 
taura couuerte : qui eftla caufe qu'on doiht bien regar- 
der a la première fois qu'elle 'viendra en chaleur, de la 
faire couurir a quelque beau (^hien de bonne race , car 



I A Q_V ES D V F O V I L L O V >:. 2r 

en to'4tcs les atiiresUîciées qu'elle Portera , il en y aura 
toiijïourj quelques 'vns qui tiendront de la première. 
Et par ce qiiaiiiourahiiy on ne fait Ccvs des Pre?meres 
laictées des Chiennes , ^jeii> qt^onpenfe que les Chiens 
qui en fartent font piihietz^ a la rage ^ et 'viennent 'vo^ 
Itmtiers faibles et mcny^z^ ^ fi efl-ce^ qiid ne faut va^s 
laijjcr a faire couurir la Lycc^^ a quelque^ beau Qhien 
cojirant ^ et de bonne race , car f elle eftoit m afin ée les 
autres laiBées en tiendraient : autrement fi la laijfe7 
refroidir fans la faire couurir, elle deviendra ethiqut^y 
et a grand* feinefe pourra remettre, ni engrejfer. L'autre 
fecret efi: §lu^efi 'vouleT^ auoir des Qhiens legiers et 
ardans y il faut faire couurirla Lyce a 'vn ieune Chien ^ 
farce quefi c'eHoit d'^jn 'vieil (^hien^ ilT^deuiendroient 
flm fefans, et moins rebaudizj. Et deuez^ entendre^ 
qu'il ne faut iamais faire refroidir "vne Lice en l'eau^, 
car elle luj glace le fang dedans les venes et artères, qui 
eBcauf_^ qu'elle deuient gouteufe , ou bien qu'elle ha 
des trenchées dedans le ventre ^ et autres infinies ma^^ 
ladies qui peu enfuiuent. 

^^andles Lyces font pleines ^ et qu^ elles comman- 
cent a aualler leur ventre y on ne les doibtfas mener a 
la chajfe y pour beaucoup d.e raifons.dontl'vne eH parce 
que les effors qu'elles font corrompent et gardent de 
profiter les petis Qhiens qui font dedans leur centre: 
au fi qu'en fautant les hayes , et pajfant par les bois. 
Une faut quvn heurt pour les faire aduorter, dont s'en 



44 VENERIE PAR 

enfiiïuroïent flufeurs autres fortunes ,quï me feroient 
prolixes a réciter, Doncjues on les doitjeulement Uijfer 
Mer far la court et maifon ^.fam ejlre renfermées de- 
dans /cj chen'in, d' autant^ qu'elles font ennuyeufes et 
de f go u ft ées :, et leur faut faire du f otage 'vne fois Ic^ 
tour -pour le moins. 

Tins fi "vouleT^ faire chaftrer oufener 'vne lice , cc^ 
doit eftre auparauant quelle ajt lamais porté Qhiens: 
et en lafenant ^ // ne luyftut ojter toutes les racines ^car 
il ef bien difficile qu'en les arrachant on ne luy face tort 
aux reins ^ et quon ne luy accourcijfe fa 'viftejfe : main 
quand les racines demeure ntj elle en eUplm 'vigoureufe 
et hardie , et en endure mieux la peine, oAuft onfc^ 
doit bien donner gardée de la faire fener quand elle eïl en 
chaleur^ car alors elleferoit en grand danger d'en moU" 
rlr: mais quinz^e iours après qu'elle fera hors de cha- 
leur y et lors que lespetis Chiens fe commanceront afor^ 
mer dans fon corps ^ elle ef bonne a fener. 



Des faifons erqucllcs les petis Chiens doiuent naillrc> 
ôc comme on les doit gouuerner. 

Chap. VIII. 

L y ha certaines faifons efquelles les petis Qhiens 
[ont mal aifé\^ a fauuer cf efchapper y principale- 
ment quand lïJ^naiffent^ fur la fn d'OBobrt^ ^ a 
caufe de l'hyuer :, et froidures qui commancen/L> are^ 



I 



I A QJV ES DV FOVILLOV>:. 25 

gner ^ et qnc^ les laictages , et autres chofes ^ourles 
nourrir y fjnt dijfailli^ : etparci^ il efi bien difficile 
quand ilzj> naijfent^ en telle faifon dc^ les founoir ef^ 
chapper , d'autant qaz^ Ihytier les hafurprins aidant 
qtid\^ ayent force de refifter an froid, et encores qiiilz^ 
efchappent , //^ demeureront petis et foibles. Vautre 
fafon fafcheufe pour les efchapper et amer , ef en 
Juillet y et Aoujl, a caufe des véhémentes chaleurs , et 
des motifches.puces et autres vermet7quiles tourmen- 
tent. Et parce , la droictefaipm en laquelle il\ doment 
naiïire , eïl en ^/Lars, Auril et a^Iay , que le temps 
eïl tempéré ^ et que les chaleurs ne font trop n)ehe- 
mentes : aufi que ceftla droicte naiffance que natu- 
re ha donnée a tous animaux , comniz^ a "Vaches, 
Qneures y Brebis, et leurs femhlahles: parce qu'on trou^ 
UL^ en cc^ temps leur nourriture. Et "veu qut^ les 
Chiens naijfent en toutes faifom , et que plûfirurs fe 
delecientaentirer delarace y et les nourrir en queU 
que faifon qu* ilT^ 'Viennent ,t*ay bien voulu félon ma 
fantafle donner l'intelligence et moyen de les pouuoir 
efchapper. Premièrement, s' il^naijfent en hyuer , il 
faut prendre vn m%y ou vne pippebien feche y et la 
défoncer par vn bout, puis m3ttre delà paille dedans, 
et coucher le muy ou pïppe en quelque lieu ou LnfacL^ 
ordinairement bon feu , puis mettre le bout dejforcé de^ 
uers la cheminée , afn q //fc ayent la chaleur d^ feu^ 
Et faut bien nourrir la mère de bons potages fattz^ de 

B îiij 



-4 V E i\ E R I E P A R 

chair de Beufou a^outon. Or quaiiclles petis Chiens 
commanceront ^n fen a manger ^ il leur faudra accou- 
rtumer le potage ,fam Ic^ fa lier ;, a caufe qut^ Ic^ fel 
les defechci^ et fait 'venir galleux, aquoy tïl^font fuh^ 
ie^Zj quand iïX^ naijfent l'hjuer. flfaut mettre en leur 
fGtagt^ forczSfaugç^ ^ et autres herbes chaudes. Et 
fi d'auanture on ^eoyoit que le poil leur tombajl^ il les 
faudroit frotter d'hujlcj dc^ noix , et d^_j miel ^ mef 
leZj enfemhlç^ : en les tenant dedans leur pippe ou muy 
leplm nettement qu'on pourra, ^ en changeant leur pail^ 
le tom les iours. Et quand on 'verra qutll^comman^ 
cerontj a aller faut auoir<vn ret, fait de gros flet.lafé 
a niaille deprejfe,et enfoncer auec vn cercle le bout delà 
pippe ou muy , ainfi qu on fonce ^n tabourin de Sujffcy 
afin de les garder de fort ir , par ce que les autres Chiens 
les mordroyent ^ ou feroyentjmarcheT^ou rompm des 
hommes : etfautfairc^ U ptppc^ ou muy en fortes 
qu'on l'ouure^ quand on ^voudra, Gluant aux autres 
Qhiem qutnaiffcnttefé y il7^ dojuent efre m.is en quel- 
quc^ lîeu fais ou les autres Chiens n aillent point , et 
doit on mettre^ deffoubl^ux quelques clies ou ais auec 
dç^j la paillç^ par deffuSj qu'îl faut changer fbuuentj^ 
de peur que lafraifcheur ou humidité de la terres leur 
face nuyfancc^. IlT^doment eftre enlteu obfcur ^ pour 
euiter que les moufches ne le tormentent : et faut au fi 
qu' ilT^foient frotte\ deux fois la fepmaine , pour /c^ 
moins y d'huyle ^o noix ^ mefiét^ et batuc^ auec du 



I A QJV^ E s DV FOVILLOVX. 25 

pif r an en foudrc^^ , car cefl oingt faiB mourir totnc^f 
ejjece de njertT^, a reconforte Ic^ cujr et Us nerf^ des 
Chiem, et garde que les a^Ioufches etTunaifcs ne les 
forment entj. ^ucunesfois li en faut ji'otter la Ljce^ 
etmeferfarmy du m de Berne, ou Crejfcnfauu^ge, de 
peur qu'elle porte des Fuces afes petis ,fa7U oublier a la 
faire nourrir de bons potages ^ comme dit efl. ^uand les 
petis Chiens auront quinze lours, il le s faut efuerer, et 
hujt iours après leur coupper ^n neud de la queue, en la 
forme et manière que ie declaireraj cy après au Traité 
des %eceptes. Puù quand ilXjcmmanceront a ^oir, et 
a m anger , il leur faut donner de bon laict pur , tout 
chaut, foit de Vache, de Chieure , ou de Brebis. Et 
noteT^ qu'il ne les faut mettre au ^village qu'iïl^ n'ayent 
deux moys , pour beaucoup de raïfons , dont l'^ne eft, 
qu'ilzj ont toufiours la tetine delà mère , et que d'au- 
tant qu'ilz^ la tètent longuement , ilzj tien ent plus de fa 
complexion et nature : ce qu'on petit ^eoir par expéri- 
ence , car quand ^ne Lyce ha de petis Chiens ,faictes 
en nourrir la moytié a 'vne maftme , njous trouuerrezj 
qu'ils, ne feront iamais fiborts que ceux que la mert^ 
aura nourris. L'autre raifon ellj quef 'vom lesfepa- 
reZj d'enfemble plus toB qut^ deux moys , Hz, feront 
foidureux^ et leur fera eïirange de la mère qui les ef 
chauffoit. 



Bi 



^S 



VENERIE PAR 



.'"«vf?.'^y;-vi;- 








i : 



vS \ — -J 






/1V 







Les figues qu'on doyt regarder , fi les petls Chiens 
feront bons , ou non. 
Chap, IX. 

T ES ANCIENS^ ntj ^jonhi dirc^ qu'on cogrîoiB les 
^^ meilleurs Chiens aux tétines des mères, et cjue ceux 
qui tètent^ le pl^M î?res du aeur font les meilleurs , et 
flus 'vigoureux , a CAufe dufang qui en ceft endroit efi 
vlm "vif et d.elicat. Les autres onLj dit le congnoiïlre 
deffoubz^lagorg;^ _, a 'vnfmg quilz^ ont , ou il j ha des 



I A QJ/ ESDVFOVILLOVX. 27 

Poilzj qui font comme de Porceaux.et que s'ilj ha non - 
fer, c'eïlftgne de honte, et que p il y ha fer , ceji mau- 
uais figne^, ^'autres ont 'voulu regarder aux ïambes 
de derrière, aux erigotures, quc^ fil n'en j ha point, 
c'eHbonfgne , ci fil y en ha 'vne^ , que ceïi aufi bon 
figne : maispil j en auoit deux,feroit mauuais fignc^. 
flenj ha aujst qui ont 'voulu regarder dedans la gueu- 
le , penfans que ceux qui ontL^ Ic^ palajs noir fujfentj 
bons , mais ceux qui l'auroyentj rouget ncvalujfent 
gueres , etpd?i, ont^ les na%eaux ouuertT^, c'eïifigne^ 
quHKj feront^ de haut nez,. Si l'on conjidere la reftc^ 
du corps, il n'y ha pas grand iugement^ quilzj n'ajent 
trois ou quatre mois, Toutesfou ie prens ceux qui ont 
les oreilles longues, larges, et ejpeffes, et le poil dc^ def- 
foubT^le centre gros et rude^ , pour les meilleurs : lef- 
quelzj Jignes l'aj efhrouué et trouué 'véritables. Or 
par ce que l'ay parlé cy dej[m de ceïie matière , ie n' en 
diraj autre chojfc^. 

Que londoyt nourrir lespetis Chiens aux villages, 
ôc non aux Boucheries. 
Chap. X. 

QvAND les petis Chiens auront eBé nourris deux 
**► mois foubl^ la mère, et quon verra quil^ man- 
geront bien, il les faut enuoyer aux villages , en quel- 
quc^ beau lieu qui fojt près des eaux , et lowg dç^ ga- 
rennes, parce quefilz, auojentfoujfrette d'eaux .quand 



a8 V E N E R I H P A II 

ill^jtendrûnt en leur forets, H^^pourrcjent cBrcjfiib- 
tetZj a la ra(re , a caufe de leiir f^mg qui ferait fec et ar^ 
dant , ou teai4 les nourrifl et humeâ'tjie^ . oAufi filz^ 
efioyeritPres dc^ garennes^ ilzj, fi pourrojent ro?nprt^ 
et effiler après les Çonnill^ On les dojt nourrir aux 
champSjde laifliigeSj de pain , et de toutes fortes de po^ 
tages. Et faut entendre que la nourriture^ des ^tUa-* 
g'ZS leur e fi beaucoup meilleure^ que celle des boucheries, 
d'autanîL» qu'ilzj nc^font point enfermez^ y et qu'ilzj 
fortentj quand iï7^ "veule^t^ pour aller paiïlre^, et ap^ 
prendre^ le tram de la chajfe : aufi qu*tlzo accouBu^ 
moiLj le^ froid ^ la pluye y et tout mauuais temps, ^^*- 
efta7%s fuhie^Zjacourir au heïlïail priué , car Hz^fontL» 
nourriz^parmy eux ordinairement^. Au contraire fill 
fontj nourrizj aux boucheries , lefangetla chair qu*ilzj 
mangent^ leur efchaujfe le corps y tellement quc^ quand 
ilzoferojent gratis yCt quonles feroyt courir deux ou 
troys fois par temps de pluyc^j yfd^fe morfondent , il7 
ne faudront iamais a deuenir gaUeuXy e^" feront fubietZj 
a la ragc^, et a courir au beHiadpriué, a caufe^ qu'ill 
en mangent U.^ fang ordinairement aux boucheries^ et 
n'apprenent a queïler n'a chaffer en forte quelconque^. 
Bnef, ie ne^ ^vj lamais Chien faire bonn^^ fn, ejkint 
nourry aux boucheries , et principalement pour chaffer 
le LteuYz^. 

En 



I A Q_V E s DVFOVILLOVX. i^ 

En quel temps ondoyt retirer les Chiens des nourrifles^ 
&: quel pain 5c carnages ilz doyuent manger. > 

Chappitrc XI. 

Ton tioyp retirer lej Chiens des nourrijfes a dix mojs, 
et les faire nourrir au chenin tous enfemblc^^ a fin 
qu'ilzjfe cognoiffent , et entendent^ ^ et y ha bien dîjfe^ 
rence de 'votrn.ne^ meute de Chiens nourris enjembe^ 
rnentLji et d*'vn aage^ e^ de Chiens amaJfeT^: par ce que 
ceux qui font nourris enpmble^ fentendenL> et ameu^ 
tenLi mieux que ne font^ pas les Chiens amaJfeT^ (tA-^ 
près qu'aureX^ retireT^les Chiens au chenin y il leur faut 
pendre des biUotz^ de bois au col , pour leur apprendre^ 
a aller en couple^, Lç^pain qu*on leur dojt donner ^ 
dojt ejire tiers froment, tiers crgt^ ou haillarge^ et tiers 
feiglt^: d'aistant quainfï mixtionné, ilz^ les entretient^ 
fais et gras, et les garent tft dc^ plufeurs maladies, 
^lue fdn'y auoit quc^ delafcigle, ellc^ lesferoit trop 
*vujder jfil n'y auoit que du fomenta , tl Uurretien^^ 
droit trop Ic^ centre ^ qui leur cauferoit des maladies: 
et par ainfifaut mejler et mixticnner ta;n auec l'autre,' 
On leur dojt donner des charnages au temps d'hyuer, 
principalement^ a ceux qui font meigres et courent Ic^ 
Qerf: mais a ceux qui courent le Lieure , on ne leur cri 
dojt point donner pour beaucoup de raifons , pour cc^ 
que fi on leur en dcnnc^ ^ ilz^ f acharneront aux groffes 
leftesj et nc^ fer ont cas des Lieures ^ quifc^ mettent 



S« V E N E R 1 E P A R 

communementj farmy le bcHUilpriué ypourfe dejfaire 
dè4 Chiens , et lorsj^ourrojent^ laijfer aHerlz^ Lieurc^ 
pour courir après le beFUailpriîié : mais Chiens qni cou- 
rentj le Cerfneleferoyent^y a caufe que le (/rfeft dc^ 
pins grand vent et fentiment que le Lieme, au fi quc^ 
fa chair leur efl plus jriandc^ et délicate^ que nulles 
autre. Les meilleurs carnages qu*on leur pourroit don-^. 
ner, et qui les remet trojent le plus , font dc^ Cheuaux, 
ey4fhes j et c^uletT^: quant aux BeufJ^, Vaches , et 
leurs femhlahles , la chair leur eft de plus aigre fuhBan^ 
ce. Vous ne deuez^ iamak donner carnage aux Chiens 
qu'il nt^ foit efcorchê y afn qu*il\n* aycnt^ pas la co^ 
gnoijfance de la heïie ne defon poiLfe loué grandement^ 
les potages fai^z^ de chair de Brebis, de Chteures, et de 
te [te de Beuf, pour les Chiens meigrcs qui courent^ /«o 
Lieurc^ : et faut méfier aucune s fois parmy ces potages 
quelque peu de foufre pour les efchaujfer^ l'en declai* 
reraj plus amplementj au Traité des Receptes. 




Comme doyt eftre fitué &: accommodé le 
chenin des Chiens» 
Chap. XII. 

T E CHENIN doyt eïlrefttus en quelque lieu bien 
orienté, ou il y ayt'vne grande lourt bien aflanie^, 
Ayant quatre ^ingtl, pas en quarré , félon la comme- , 
àîté a puijfance du Seigneur : mais d'autant qu'eUe eft 
jfacieufe et grande , elle en efi meilleure pour les Qhiem] 
parce qu'île veulent auoir duplat/lrpourfejlatrc^ a 



3* -V E N E H I fi , P A R 

'vujàer. Par tc^ milieu du chenin j doit amir 'vn 

rmjfeaii d'eau ^oiae, ou ^ne fontaine, frcs laquelle faut 

mettre "vn beau grand tjmbre de f terre pour recevoir le 

cours delafource, qui aura 'vn pied et demy dehaut^ a 

fn que les Chiens y hojuent plus a leur ajfcu : et faut 

quîceluj tymbrefoit percé parvn bout , afin défaire^ 

euacuerteau, et quon le nettoyé^ quand on ^voudra. 

Sur le haut dc^ la court doyt ejlre baBy Ic^ logis des 

Chiens, auquel faut qu* il y ayt deux chambres , dont 

t V ne fera plus Ipacieufc^ que t autre , en laquelle doyt 

auoir "vne cheminée^ grande^ et large , pour y faire du 

feu quand meïlier fera. Les portes et feneïlres d'i^ 

celle chambre^ doyuent eftre Jltuées entrer le Soleil /<?- 

uanty et le (ty^iay. La chambre doyt eftre enleuée de^ 

trois piedT^lus haut que le plan de la terre , ety fairc^ 

deux cois , afin quet'vrine et immondicité des Chiens 

fs puiffent 'vujder. Les murailles doyuent eftre bien 

blanchies ^ et les planchers bien colle^y de peur que les a* 

raignées, puces, punaifes, et leurs femblables fy engen-^ 

drent et nourrirent. Les feneïlres doyuent eïirc^ bien 

"Vitrées, de peur que les moufches y entrent, Jl leur faut 

toufiours laiffer quelqut^ petite porter ou huiffet , afin 

qu'ils paillent ^vuyder et eibatre quand itj^ 'voudront. 

T^uis faut auoir en la chambre^ de petis chaflît\^, qui 

foyent enleuez^ de terres d'a^n bon pied , et quc^ foubz^ 

chafcundes piedXduchaflity ayt 'vn petit rouleau ou 

- boule, pour les mener la part ou Ion 'voudra j a fn dc^ 

pouuoir 



I A QJV ESDVFOVILLOVX. ^3 

tOHUoir nettoyer dejfouhz^: et aufï quand ilX^'yien- 
dront de la chajfe , et qu'il efl queHion dt^ les faïre^j 
chauffer et ficher , on les putjfc^ rouler et approcher du 
feu. Et fi faut qu'iceux chafiitz^ foyent foncez^ dc^ 
cites y ou bien d'ais percez^, afin que fdzjpijfojent, tv^ 
fine fie jcoulaB a terre, Jlfaut "vne autre chambre pour 
retirer le 'valet de Chiens , a un de refier rer fies trompes^ 
couples i et autres chofies requtfies afion art. 

Je nay njoulu parler des chambres fijmptueufies que 
les I^rinces font fiatre pour les Chiens ^ efiquelles 7 ha des 
folles et eft^ues et autres magnificences : par ce qut^ 
cela m*hafemblé leur eftreplus nuifible que projitablc^-' 
carfiilzj ont accouHumé telles chaleurs, efkcns traitezjfi 
délicatement , et qu'on les ment^ en quelque lieu ou 
ilz^fioyevptjmal logéX^, oubienfiilz^ coure^^it^ par temps 
de pluyc^ , ilzj fieront^ fiubietz^ a fe morfiond^re^ , et a 
deuenir galleux. T^arquoy i'ay bien 'voulu dïrt^, qu^ 
alors qudXjviennent de la chafie , et quilz^font mouil-^ 
le\j, îlfiuffiiïi feulements quilzj fidyen^L> bien chauffe'^ 
et cJuchez^fiechementLj , fians leur accouHumer tant dc^ 
magnificence^ Et par ce qu aucune s fiois on n'ha pas la 
commodité d'auoir fontaines ou ruijfeaux , de fi requis 
faire de petit baiRotZj dt^ boys, ou bien quelqut^ tjm* 
brc^ pour mettre leur eau, flfi fiaut bien donner gar- 
de de leur donner a boire en aucun vaifieau d^aratn ou 
de cuyurc^ : parce quz^ces deux efheces de métaux 

C 



34 VENERIE PAR 

font 'veneneiifes de leur nature y et font tourner et em-- 
pinaifir foudamement^ l*eau :, qm leur fer oit grande^ 
menLi contraire^-, "^l eïi aufmecejfairc^ d' auoïr dc^ 
Vêtis baquetT^ de boys four mettre^ leurfain, qui dojt 
effre rompu e4: découlé farfetisloppim dedam.parcc^ 
qut^des Chtem for^L) aucunes fois defgoute\et malad&s: 
aufi qud y ha certaines heures quîlz. ne 'veulent man* 
ger , qui eft la caufç^ que les haquetz, ne dojuent efir<L^ 
fam farn, comme nous auom mis aupourtrait cy dejfm\ 



I A Ç^V ES DV FOVILLOVX. 



3J 




Du valet de Chiens ,&: comme il doytpanfer^gou- 
uernerj de drefler les Chiens. 
Chappitre XIII. 

\/ N BON 'valet dc^ Chiens dojt eflrc^ gracieux y 
fort courtois, et doux, aymant^ les Chiens de naîu* 
re : et faut qu'il ayt bon pied, et bon venLj, tant^pour 
entonner fa trompe que fa bouteille, La première^ 
chofe qu'il doyt faire , avres efire leué , c'eB d'aller 
njeoirfes Chiens , &t les nettojcr et accoustrer , corn* 

C Ij 



5<î VENERIETAR 

me leïlat /(O requiert - (t/lpres les auoir nettojeXj, il 
dey t prendre fa trompe et fonner quatre ou cinq motT^ 
le orefie ^ a fn dc^ les refioujr j et appeller a luy : et 
ouanà dles 'verra tous autour de luy .faut qudles cou^ 
pie :, et en les couplante qu'd feprene bien garde de ne 
coupler les Chiens mafles enfemhle , de peur qu'il^ nc^ 
febatentj. Et fil j ha de leuncs Chiens, il les faut 
coupler aucc dc^ 'vieilles Lyces , pour les apprendre^ a 
fujuir, ^lu^and îl7^ feront tous bien couplez^:, il faut 
quc^ le 'valet dt^ Chie7ts , emplîffc^ deux grandes 
gibbecieres ou pochettes , toutes pleines d'offdetz^:,et au^ 
très fiandîfes ^ commet Sardines , ralles depiedde Qhe^ 
ual fncajfez^:, roïlies a l^ greffe :, et autres femblables, 
Tuu il dojt mettre^ tout par petis lopim dedans les 
gibbecieres ^ et en pendre^ 'vnc^ a fon col , et bailler 
t autres a in de fes compaigncns. Qla faiB ^ dojt 
prendre deux bouchons de païUc^ nettes , et les mettre 
a fa ceinture^ ^ auec vne e^ouffette , pour bouchonner 
et elj}ouJfeter fcs Chiens quand iIk^ fercntj aux champs. 
Les autres valets de Chiens ou aides qui feront^ a* 
uec luy , en dojucnt^ fairc^ autant^, oyiprcs il faut 
quilz, prenent-> chafcun i:nc^ belle houfine^ en la 
mam , et que t'vn d'eux fe mette deuant^ ^ qui appeU 
1er a les Chiens après luj , l'autre fe mette derrière ^ qui 
les touchera: et fil enj ha deux autres , ilzjfe mettront 
aux deux coHe^j et ainfi fen dojuen/t^ aller tous qua- 
tre pourmener les Chiens par les hledzj 'verd\j et par les 



I A CLY ESDVFOVILLOVX. ^y 

prairies^, tant pom' les faire paijîre , que pour leur ap^ 
prendre^ a croire ^ kffaifantpajfer a trauers les troup'^ 
peaux de hrehù, et autres befttatlpriué, afn de les y 
accoiifiumer , et faire cognoijirc^: quefdj auoit quel- 
que Chien mal complexwnné ^ qui leur ^vouluji courre^ 
fus y il le faudroit coupler aî4,ec 'vn d/klouton ou Bélier^ 
et auec la houfinc^ ^'^ flf^^ ^ battre^ longuement , en 
criant et menaçant y a fin qu'une autre- fois il entende 
la'voixdi^ ceux qui le menaceront. (*AufifautpaJfer 
les Chiens par les garennes, et filzj bran lent aux Con- 
mll^, les menacer et chasîter , parce^ qucy les ieunes 
Chiens y de leur nature^, les ajment "voluntiers, o/Jpres 
les auoiramfi pourmeneT^, et que /o Soleil comman-- 
cera a haulfer ^ ili^.fen dojuent aller en quelque^ beau 
pré^ et appeller tous leurs Chiens autour d'eux, et pren-- 
drc^ leurs bouchons et ef^ouffettes pour les bouchonner 
et efpouffeter Ic^ plus doucement qu'ilzj pourront , car 
aucune s fois les Qoiens qui courent par les fortz^fe^ pi-* 
quenty et prennent des ejpines^ou bien ont quelques dar^ 
très ou galles : la ou les 'valetz^ de Chiens ayans la main 
rudc^, en les bouchonnant^ les pourrojentJ efcorcher , et 
faire plus toïl mal que bien : et aufi que Ic^ (hien cou^ 
rant ne 'veut pas perdre^ fon poil et bourre , d' autant^ 
quil eft incejfamment par les boys , la ou l'efgail, l'eau, 
et autres froidures tojubent.» Jurluj , a ceîic^ caufc^ 
dojt fuffire de bouchonner les Chiens cour ans troys fois 
la fepmainc^ : mais quand aux Leuriers , ie nc^dj 

C iif 



^S Y E H EKIE PAR 

p^ qu'il ne le^ faille bouchonner tous les tours, (Lèpres 
toutes ces chof&s fatâes, il faut que les 'valetz^ de Chiens 
leur apprenen^iL> a entendre les forhuz^^ tanîJ de la trom^ 
pe que de la bouche, encefte manière. 

Premierementj, il faut que tnjn d'eux frêne "vne des 

gibbecieres pleine de jrtandîfes , et qu'il fen atUc^ a njn 

te£t d'ar baie fie , ou plus loing .fcelon que les Chiens fc'^ 

ront leunes et dreffet^, carftlz^ eHojcn^tj ieunes, n'a- 

jam lamais ^fté dreJJeT^, Hfauldrott faire le forhu plus 

près, et ne les def coupler points y afn que les ^ieux les 

emmena[fen/L>et îraynajfenty au forhu. Allais fil'^ 

font comïnancezj a eïli e drejfcz^ , on dojt aller plm loing^ 

et les de f coupler ^ et alors que le ^alet des (hiens fera a 

deux bons ieâz^ d'arbaleHe loing defes Chiens, lefquelT^ 

faut quefes compaignom tiennent hardez^, il doit corn-- 

mancer aforhuer , et afonner de la trompe, criant, Tya 

HiUaut, pour le Cerf, et Valecy aller, pour le Lieure^. 

Et ne dojt cejfer defonner et forhuer quefes Chiens nç^ 

foyentLj arriuez^ a luj. §luandfes compaignons l'en" 

tendront:^ forhuer , il faut qu'ilzj defcouplent^ leurs 

chiens, en criant,^: Sf coûter a luj, tire%^^ tireZj. Puis 

quand Hz, feront^ arriueT^au forhu , le valet de Qhiens 

dojt prendre fa gibbeciert^ , et leur ietter toutes les fi^ 

andifes par- my eux , en leur criante et les refouyf- 

fawLjy comme l'art le requiert, oÂlors qu'il verra qu'ilz^ . 

auro774L> prefqties acheué démanger^ il doyt faire figne^ 



I A Ç^V E S D V F O V I L L O \^ X . 5^ 

^fes com^agnom qti''uz^forhHepjL> , lefqutJ. ti auront^ 

bougé dn lien ou 'd\jon^ defcoHplé leurs Chiens .qui au^ 

ronLj t autre gibbecierc^^fleme di^ jriandifes ,' lefquell 

commancero7i/Lj de leur coûté aforhuer , et fonner de la 

trompe^ j pour faire 'venir les Chiens a eux. Qduy qui 

aura faictle premier forhu , les dojî menacer , et iraf- 

fer auec vne houj^mc^, en criante y Efcoutc^ a luy, ou 

T^ireZj a lnj. Et quand les Chiens feroTit.^ arriue'I a 

eux, ilzj, leurs dojuent^ donner les jriandifes , comme ha 

faiSt l' autrc^K Tuù après les coupler bien doucement^ 

par c^ que jî on rudojoit vnefois vn ieunc^ Chien au 

couple y 'vneautresfois on ne le cuyderoit pas reprendre^. 

^u^and ilT^feront couplé?^ , il les faut emmener au che- 

nin , et leur donner a manger^ et Jï faut laijfer du pain 

couppé dedans leur baquet , pour ceux qui feron4Li def^ 

goutéX^ On doyt changer leur paille deux ou trojs fois 

la fepmainz^ , pour l^ moim : et entortiller des bou* 

chons en depetis bafto?^s, ./^ les ficher en terres, lpo%r les 

faire piffer. C/eftvne chof certaine qi? fi vom frotteT^ 

*vn bouchon ou autres chef di^ Galban:im , tous les 

Chiens ne f au dront^ lamais a venir p>ffer de contre^.' 

Etfl d'auanture il n'y auoit dedam le cheninrw-ff^aUy 

ou fontamz^ , il faut mettre^ leur eau dedans dc_^ la 

pierre, ou dedam du boys , comm^j t'ay dit cy deuant, 

laquelle faut changer et re fraîchir tous les lours deux 

fois. aAif^i par Les grandes chaleurs , les Chiem fi_j 

chargenL) fouuentesfjis d:^ po/Jz,^ puces ^ et d^-mtres^ 

C tiij 



4» VENERIE PAR 

njermines et falleteZj' et four j remédier ^ il les faut la* 
uer'vnc^foîslafepmainc^en "vn ham fat>5t auec dei 
herbes ^ commet penfuj t. 

Premièrement^ faut auoir 'vnt^ grande^ foijle te^ 
riante dix féaux d'eau y puys prendre dix bonnes ioin^ 
Bées d*njne herbe nommée^ Berne ou Greffon fauuage^ 
&t auta?it^ defueiUes de Lapacc^ , et de o^Iariolaine 
fauuage , de Sauge^, %^arin y et 5^^, et faire fort 
bouillir le tout enfemblt^ , icttantj parmy deux mefu- 
res defel.'puys quand tout aura bomlly erfemblc^ , et 
que les herbes feront-, bien confommécs ^ il les faut ofler 
de de/fus le feu ^ et les laiffer refroidir iufques a ce quc^ 
ieaufoit tiedc^^ puis lauer les Chiens et bouchonner a^ 
uec le bouchon y ou bien les baigner les njns après les au^ 
très. Et dojuent^ eïire^^ faiBes toutes ces chofes au 
temps des grandes chaleurs y trojsfois le mojs pourlc^ 
moins , Et aufi aucunes- fois quand on ramené^ les 
Chiens des villages y Hz, craignent les eaux y et n' ont f as 
la hardiejfe defe mettre dedans , a cefte caufe /o njalet 
dc^ Chiens doyt regarder et eflirç^ les iours qu'il fera 
chaut y efquelzj enuiron l'heure^ de a^iidj y doyt cou^ 
pler tQus fes Chiens y et les mener fur /o» bort dç quel-' 
quc^ rimerez y ou efking , etfe^ deffouiller tout nu y en 
les prenant t'vn après t autres y puj s les porter bien ^- 
uant y pour leur apprendre^ a nager y et accouftumer 
l'eau, QÂjantfait cela deux ou trojsfois y il cognoiftra 



I A QJV ES DV FOVILLOVX. 41 

qut^ fes Chiens ne craindrontj fins les eaux , et 
qîiûtj(^ ne feront^ flm de difficulté dc^ paj^er et na- 
ger les rmieres et étangs- 'Voila commet les bons 
'valet'^ de Chiens les domenLj traiter et gouvierneVi 
car en faifantL> toutes ces chofes fufdites , il ejl im- 
fofîblç^ que^ leurs Qhiens ne Joient bien f^nfe\jt 
dref^e\j <tAufi bienfouuent les Chiens courent^ far 
temps de plujes ^ de 'verglatT^ , et autrc^ mauuais 
temps y ou bien font des effort?:^ a courre^ , et a nager 
les riuieres : quand telles chofes arriueniL» y le "valet de 
Qhiens leur doit faircLj 'vn beau grand feu ^ pour les 
chaujfer et fecher et quand îlï(^ feront fecT^^ il leur 
doit frotter et bouchonner le ^ entrer pour faire tom- 
ber la terrc^ et fange qu' ilT^pouroient auoir : carftlzj 
couchoient momUeT^^ tlz^ feroient en danger de leur 
morfondre^ et deuenir galleux. Souuentesfois en cou- 
rant parles campaignes etrochiers ^ilT^fagrauent et 
efcorcbentlespiedl^y et pour les pan fer et guérir y il faut 
premièrement leur lauer les pied^^ auec de i eau et du 
fely après faut auoir des œufzj j et en prendre feulement 
les moyeux y et les battre fort auec du^in-aigrc^^et 
auec du im d'^vna^ herbe qui croiïi fur les rcchiers^ 
qu'on no?nme^ ^ilo\eUe^ : puis faut prendre^ dc__j 
lagemc^ ^ ou poix ^ et la mettre^ en poudre^ ^ et la 
méfier auec deux fois autant^ dç^ f^J^^ y ^^ après 
mettre^ "vojîreditc^ poudre^ parmj les œuf ?j et It^ 
tus des herbes fufdites y faifant /o tout chaujfer en- 

C "v 



4t VENERIE PAR 

femhle , en Ilj mo vouant fonuent : et fe faut bien don^ 
ner garde qi^' il ne chaujfe trop ^parcc^ que thiimidi^ 
té fe confommsroit , et les œt^fK, fe mj rotent , quiga-- 
fteroit It^ tout : mais fuffir a feulement de le chauffer 
iufques a ce quil fott 'vn peu plus que^ tiède ^ et 
de ce leur en frotterez, au foir les ptedz^ , et les enuelo^ 
pereZi auec du Imge. le n*en mettray autre chofe pour 
cefle heure y e(perant en parler plus amplement fm lafn, 
auTraiSté des Re cep te s. 



I A QJV ES DV FOVILIOVX. 




Comme Ion doit dre fier les ieunes Chiens pour courre 
le Cerf; 5c des curées qu'on leur 
doit faire. 

Chappitre XIIIIJ 

APRES ^uc^ les 'valetZj auront apprim a leurs 
Chiens a croire^ , a entendre^ leforhu , et le fin 
dt^ la trompe^ : lespiquems njoyam leurs Qhïem 
€n (^JfeT^ honnc^ forcer dç^ reins , et aageT^ dc^ 
fiXs^ ou dixhmt moys ^ Htj doibuentLr comrnmcer 



44 VENERIEPAR 

a les drejfer , et ne les mener qH'^vnefois la fefmaïneS^ 
pour le flî4^ j ^t^x champs y de peur de les fairc^ ^ffi^^^y 
par ce qtie Qhïens courans ne font^ du tout renforcez^y 
n aJfeureX. far leurs membres ^ qu'il! n*ayent deux ans 
pour le moms. Et faut auant toute chofe , quiconque^ 
'voudra prendre le Qerf a force , entendre trois fecretl^. 
Lepremiercfi^quon nc^ doit iamais fairc^ courir 
njne "Biche aux Qhiens, ne leur en donner curée , par ce 
qu'il y ha dijference du fentiment de la Biche a celuy 
au Qerf : comme pouueT^^eoir par expérience ^ que les 
Chiens cour an s defmellent fouuentesfois t^jn d'auec 
l'autre : et font de telle nature que la première hefic^ 
qu'on leur fait courir ^ et qu'Hic y prennent plaijtr ^Jî 
on leur en fait curée y il leur enfouuient toufwursietpar 
lapouueT^ cognoifre que fi vous leur faiBes curée des 
Biches y tlzj les defirer ont plus toftque les £erf?:j.Le fe^ 
condfecret efi, qu'on ne doiht point drejfer les ieunes 
Chiens dedans les toiles y parce qu'vn Qerf ne fait que 
tournoyer y nefepouuant efioigner d'eux ^ qui le 'vojenp 
a toutes heures : et fi on les fait courir après hors de la 
toile y et qu'^vn cerf dreffaftyfeforloignant 'vn peu d'^ 
eux y ils t abandonneraient incontinent : et qui plus efty 
îlz^fegafient en cor es a la toilc^ en autre manière y car 
fi <vn cerf y tournoyé deux ou trois tours y tlz^prenent 
ati^i tosile contrepied que le droit, fe rompans et met- 
tans hors d' h aime ^ fan s apprendre a queHer ni a chaf- 
fer y ne faifans que leuer la tefte pour veoir le Cerf Le 

' tiers 



I A Q^V E s DV FOVILLOVX. 45 

tiers fccret efl , dene drejfer les Chïem ne faire courir 
au matin:, jd elfpojlil/le: par ce quefi on leur accousiii- 
me l' efgad y et quitXjviennent a courir fur le haut du, 
tour:, ajantfentj la chaleur du Soleil ^ tl^ ne 'voudront^ 
flm chaffer. oy^Iais autrement "vcm les pourreT^dreffer^ 
et donner curée en ceïle manière. 

Premièrement ^oous deuel^ regarder quand les Qerfz^ 

feront en leur grande ^n en aifcn^ parce quilz, ne ruz^ent, 

etnefejloignentpas tant quîlzjf croient en^urilet 

ci^aj , quilzo n'en font point chargeXj, et ne courent 

pas fi longuement. oAlorspourre?:, choifir "vne forcH, là 

ou les relays feront bien m fies y et a propos, puis mettre 

tous njoz^ teunes Chiens enfemhle^auec quatre ou cinq 

des 'vieux , pour les drejfer. En après les faut mener au 

plus loingtam et dernier relays ^ et faire chaffer le (^erf 

iufquesla ou ilT^ feront ^ a quelque bonnes meutc^ de 

Chiens y qui le gardent bien de repcfer par les chemins y 

afin o^ti alors quil fera arriué a eux^ quilfoit las et mal 

mené, ^ t heure faudra defcoupler les 'vieux (Chiens les 

premiers y et quand ilz^ auront dreféles routes ou voyes 

du Cerf y eftans bien ameutéX^y faut defcoupler tous les 

teunes Chiens y et les ameuter a eux, la ou faut quil y 

ayt trou bons piqueurs pour le moins y afin que s' il y a- 

uoit quelque Chien qui ^joulujl demeurer derrière y fo- 

piniajirer et amufer^ de^ /c^ bien batre y et faire aller 

aux autres, 6t deucT^ entendre qu'en quelque lieu ou 

Ion tue le (jrf en luy doit def^ouiller le col y et leur en 



45 VENERIE PAR 

faire U mrêefur k champ , tout chaudement ^ parcL^ 
q-'/^'elle leur eB beaucoup meilleure , pliM fnandç^ et 
profitable , chaude que jroidz^^. 

Voi'î4 leur pouueZj donner curée en autre manière, 

TreneZj 'vn Cerf aux retz^ ou pièces , et luy fandezj 

'vn des pied'^de deua>it^ depuis t entre- deux des ongles 

iufques a la loïnâure des os , ou bien luy couVpeT^ 'vn 

des ongles tout entier, puis le demejlerez^ de la pièce ot^ 

retZi , et le latfferez, aller : ^vri quart d'heurts après fe^ 

reJ^ amener tom i:o7^ieunes (Chiens lefquel^fereZj 

harder, puis ferel^mettre les Limiers fur les routes dt^ 

Cerf y lefqu elles fereT^fuy ure^ auec les ieunes Qhiens, 

oAprùs l'auoir fuiuy la longueur d'vn iect d'arba^ 

lefce, "uofAS pourrez^ forhuer et [onner pour chiens. Ce^^ 

la fait, pourrez^ defcoupler les te unes Chiens des 'vieux ^ 

afin que les 'vieux les condmfent : et faut qu'il y ajt 

de bof^s piqueurs:a la queue pour les faire chaffer et re^ 

que fier. Vom leur pourrez^ encore s donner curée en 

autre manière. Faut auoir quatre ou fix 'valetz^Jef- 

quel! foient^ gracieux , et allans bien a pied , car au^ 

treme^it-j liz, leurs feroient^pUîS de tort que de profit: 

C't Icu^^ pourrez^ donner amener a chafcun quatre teu^ 

nés rhie^^s en vne^ lefe^ Et après que le (jrf fera don- 

né aux Chiens ,fen doyuent aller toufîours le petit pas, 

fa?is les tourmenter ^au deuant de la meute.T^uis quand 

tlzs verront que le (^erf aura couru deux bonnes heures ^ 

et qu il fera malmené ^ ilzo pourrofpt^lafcher les ieunes 



lA QJ/ ES DV FOVILLOVX. 47 

Chiem :, mais fe dûment bien garder dc^ les de/coupler 
quand ilzj ^verront^ le Qerj aux ahhoïX^ ^ et prtncipa- 
lemenL^ quand il h a la tefte durc^.- car en cesie fureur 
îl les pourrait tuer, ^^afantafieeïl telles y quon d.oit 
premièrement drejferles Chiens pour le Lieure, car ce si 
leur droit commancementL», par ce qu'ilzj aprenent tou- 
tes ruZjCs et houruarizj, pareillement a croire , a ^uentra 
tomforhu\j, et fi p affnenL: le neT^ en accoutumant les 
chemins et campatgnes. En après quand en les 'veut 
drej^er pour le (}rj\, ilz^ abandonnent aifémenx le Lie- 
ure ^ par autayjt que la chair du Cerf efrplm Jriande.et 
aufi qu'il ha plus grand "ven^ et fentiment que n'ha 
pas le Lieure^Jlfaut icy entendre^que tous Chiens 'veu- 
lent^ cognoijire les piqueurs qui les fuypien-tj.etpour ce 
îl eïlrec^uis qviandles 'valet^ de (Chiens leur donne- 
rontL) a manger ^ et quon leur fera la curée ^ que les pi- 
queurs f'y trouuent y pour leur faire chère ^ et parler a 
eux y afn qu'ilT^les cognoiffent et entendcntj. 



45 



VENERIE PAR 



^La chafse du Cerf. 




le fuys le Cerf^ a caufe de matefte 
Parles Grecz. fuz Ceratum farnomme. 
Car en beauté i'excede toute befte, 
Dontaboiidroid: ilz: m'ont ainfi nommé. 
Pourleplaifir des Rois ie liais donné, 
Deioureniour les Ve leurs mepourchaflent 
Par les Foreftz : le fuis abandonné 
A tous les Chiens^ qui fansceflemechaflent. 



Si di^ 



I A CLV ES DV FOVILLOVX. 4^ 

Si du dod: Phebus auci commancemcnt 
De Vénerie, icy traduire groireinent : 
le me fuys voulu mettre en toute diligence 
Vous enpouuoir donner parfaire intelligence. 



De la vertu &r propriété du Cerf. 
Ciiap. XV. 

LO JA(^ trouue 'vn os dedans le cu?ur dyt (e^'f, le-* 
oii4,el est grandement^ profitable^ centre^ k trem^ 
hlement^ d^j CHeur , frmcipalemen^ aux femmes 
grojfcs. 

Autre vertu. 
T^rene\ le 'vït d*vn (erf , fi^is le faites trem*)er en 
di^'V in- aigre l'elj)acede ^tngt et q!4^atre heures ^ et l^^ 
faiBes fècher y après le mettrez, en poudre: et en fereZj 
boire le poix d'^vn efc'Â \ auec dz^ l'ea-4 de Tlantam, a 
quelque homme oufe?^ime ayant le jiux defang y et in- 
continent ferontj guaris. 

Autre vertu J 
Prenez, la tefle d'^un Qrf, a t heure qu'elle efl demie 
reuenue, etenfang, et la découpé! par petis lo!?pinSy et 
les met te'Xjie dans ^ ne grand jiole ou matraT^de^verre, 
oylpres prendreT^le luFt d*vne herbe nommée Croifette^ 
et le i'Aft d^ne autre herbe 3 nommée poyure d* Efhagne, 
autrement appellée Ca^isSPuis 'vous mettrez^ le iufi de 
toutes ces herbes la ou fera la tcjie du Cerf decouppée en 

D 



î-i VENEHIE PAR 

petis lopph^ y et luirez^ et fermerez^ lien "voflrefole ou 
matrat par dejjks , laîffant repofer toutes ^-ozj drogues 
cnfemhle tcjhace de deux tours, Celafait^ lesfei el^ tou^ 
tes dtfiiler en 'vn alambtc de 'verre. L'eau qm en for^ 
tira fera meruetlleufement bonne contre^ tous 'venim, 
tant de morfures deferpem ^ que contre les poifons. 

Autre vertu. 
La corne du Qrf brujlée et mifc^ en poudre^ fait 
mourir les "vers dedans le corps, et dehors , et chafe les 
ferpens de leurs fcjjes et cauernes, La prrftre ou catllcn 
â'^jnieune Qerf tue dedans le centre delà Biche j re- 
médie a la mo fure des ferpens. 

Autre vertu.' 
La moelle et le^fuif du (^erf. font fort bons contre 
les gouttes 'venues de froides caufes , en lefaif^nt fen- 
dre, eî de fefotterles lieux oufcnL> les douleurs. 

Plm /c-/ Cerf nous ha fait cognotjire thabe du 
^iBam(L^ o lequel fç^ f entante blefédç^ quelque fer 
cù Jagette^ y tl fen n; a manger dç^ ladite^ heibe, qui 
luy fattfortir le fer du corps ^ et tout incontinente refoit 
^uarifon.' 

Du naturels fubtilitédes Ccrfz. 
Chap. XVI. 

Is I D o R 1 dit, le Qrf eHrç^ le 'vraj contraire du fer-* 
pent, et quand il eB <vieux , décrépit et malade^ , il 
fen ^a aux fojfes et cauernes des ferpens ^ puu auec 



I A Q_V ES D V F O V I L L G V X. yi 

les nmnts foufflt^ et ^ouf^e fon deïnt^ dedam^ en forte 
que^ far la 'vertu et forcer d'icellz^ il contraint lefer^ 
fentL* de for tir dehors: lequel efiant fonj , il It^tue 
éiHec le pied , puis le mange et denorz^ , après pen ^va 
boire , alorsle 'veninpejpandpar tom les conduitZj de 
fon corps : quind tlfent le njenifi ^ tlfe met a courir ponr 
P efchauffsr ' bien toïl après dcommance a fc^ ^t4yder 
et purger :,telleme?ptj qvCilneluy demeure rien dedans 
le corps :, qui ne forte par tom les conduit z^ que nature 
l%y ha donneXi et par ce moyen fe renouuelle et guarif^ 
faifant m citation de poiL 

^j^andles Cerfz^ pajfent^ la <i^er ou les grandes 
rimeres .pour aller en quelques ijles ou foreftz^ au rut^ 
Hzjfe mettent en grand nombre et co^noîjfent entreux le 
plm fort, et meilleur nageur ^ lequel u font.} aUer de^ 
uant, puis cduy qui nja après appuyé fa tejtefur le do7^ 
du premier , et le tiers fur le doz^ du fécond , et confe-* 
quemment font tous ainfi, iufques au dernier, afin dc_j 
Je fbulager t-vn l'autre : et quand le premier efllaSj 'vn 
autre fe met en fa place, 

T^line dit quilz^ peuuent nager trente lieues de Mer y 
et q '/'fil tha 'veu par expérience en tifle de Cypre.de la^ 
qH?Ue il^ 'vont com?nunement en 'vn autre tjle nom^ 
méeCilice y entre l:f quelles y ha difiance trente lieues 
de (^"Mer , et quilT^ ont le vent et fntim?nt du rut et 
desforefiz,, d'vne tjle a t autre. Et a la vérité , len ay 
njeuen desforefz^frrla cofic^ ^o la z^'Ier. ejians 

D tj 



5î VENERIE PAR 

ch^JfeZj et forcez, des Chiens , qiiï f<Lj ietfojentj de^ 
dam la a^ler ^ on les fefcheiirs les tuojent a dix lieues 
de la tcrrc^' 

Le Qrf pefmerueille et eflouu^nte quand il ojt Ji^ 
fer en paume et hucher : et par experier.ce Ic^ pourrez^ 
cognoiïîre : Si 'vcm 'voyel^ n.n QrJ ccunr de tour de^ 
uant "VOUS , et qudjoyt en pays defctuuert, huçheX^^'^ 
près Im 3 difafi^Ljy Guare a las ^fcudam Icverriz^ re^ 
uenir droit a "VOUS j par la doute de la ^cix qutl aura 
ouje. Ilayme a oujrles wfrumcntz,, ei fcffeure quand 
il oyt fonner quelque^ fuïie ou autre doux chant. Le 
Cerf ojt fur t cler quand d ha la tefe et les oreilles le-- 
uées.maù quand il les ha haifees il n oyt point, ^lu and 
il eft debout j et qu'il n' ha point d'eff'roy , d fefmer^ 
ueille de tout ce qu'il %' oit, et prend plaifir a regarder^ 
comme njn chartter et fa chat rette^ ou a ne b(fe chargée 
de quelque chofe, 

T^linc^ dit qu'on cognoif la i'ieill(ffe des Ce-fc aux 
dentZ:^ aux picdzj, et a la tefle, ce m me ie le dalareray 
cy après au lugement du Ceif T us dit que le cors et 
cheuiUeures du Qrf multitlh. nt^< tous les ans depuis fa 
première te fie wfc^ues a ce qu'il a)î fept an^s , après ilT^ 
ne multiplient plus , finon en gfcffeur, et ceftlcn l'ennuy 
qiiilT^aurontLj , ou la nourriture. 117^ pcrtint^ aucu^ 
nés fois plus ^ aucunes fois moins : qui est la raifn pcur^ 
quoy on les iuge (jrfz.de dix cors ^ et autres fis les 
ont portezj. 



I A Qjy ES DY FOVILLOVX. y^ 

P//^ dit Pline , que la première te(te que porter njn 
ienne Cerf, qu'elle efi donnée a Nature: et que les qua^ 
tre elementT^prenent chacun leur portion. 

Jfidore efld''vne autre opinion, dtfant que leQrf la 
fiche et cache en la terre , de telle forte quon ne la peut 
trouuer : a la mérité ie n'enfceu iamais ^jeoir ne trou-- 
uer qui fuffent cheutes etmuêees d'elies-mefmes : tou^ 
tesfois t*ay ^veu vn hojnme qui difoit en auoïr 'veu^ icj 
m'en raporte a ce qui en efi. 

Le Qerf ha'vne malice , que fil releue en^vne ieune 
taille, Uva cercher et prendre lèvent , pour fentir f'tl y 
ha personne dedans qui luy nuyfe : et fi quelque homme 
prend ^vne petite branche ou rameau , et qu'il pifih^ ou 
crache de fus , puis le planter en la taille , ou il jr a fai- 
re fon 'viandy , il ne faudra iamais t aller fentir^ et ne^ 
cujderaplîis releuer en ce ft endroit, 

Pline dit, que quand le Cerf efi forcé des Qhiens^ fon 
dernier refuge efi auprès des maifons , a l'homme :, au^ 
quel il ajme mieux fe rendre que non Vas aux Chiens^ 
ajan/t^ cognoijjfance de fes plus contraires , ce que t'ay 
njeu par expérience: qu'il ne foit 'vray , quandla Biche 
nj eut faire fon faon , elle fi o fie plus toïi d.e la ^oye des 
Chiens , que de la^voje des hommes. §luandla Biche 
'veut conceuoir de fon petit faon, elle attend a leuer'vne 
eftoile, appellée (ïylrBure , et porte hujt ou neuf mois 
fes faons : lefquelzj naififent^ communeme^ît^ en A4ay y 
combien qu'il en j ha qm naififienL} fins tard , félon la 

D iif 



54 VENERIE FAR 

nourriture et ^.age de la Biche. Jljha des 'Biches qui 
■ùeiiticnt auoir deux Facm d'qjne ^ entrée. oAuant que 
la Bichc^ ajt fon Facn ^ ellefe furgt^ auec njne her- 
be nommée Tragoncée, fuù après qf/ elle ha faonnéy 
elle mange la peau ou eïloit enueloppéfon Faon. 

Flme dît àauantage ^ quejl on prenait la Biche in^ 
continent qu elle ha Faonné, on trouuet oh 'vne pierre^ 
dedans [on corps :, qu'elle ha mangée pour deliurer plus 
ajfément de fes pet ts faons, laquelle feroit beaucoup re^ 
quije et profitable pour femmes greffes, Apres quefon 
Faon eji grand, elle luj aprend a courir, a faillir, et le pais 
qu'il faut qu* il tienne pour fe fauuer des Qhicns. Les 
Cerfzj et "Biches peuuent 'viure cent ans , félon le dirc^ 
de \Phebm' Qombien qu'on trouue parles anciens hyflo^ 
riogràphes y qu*ilfut prins <vn Qerf, ajant "vn collier au 
col, bien trois centT^ ans après la mort de Cefar , ou [es 
armes eïlcient engrauées , et y auoit en efcript dedans y 
CESARVS ME FECIT. Donteji^enulepro-^ 
uerbe Latin , Qeruinos annos 'viuere. 



r A Q^V ES DV FOVILLOVX. 
Du Rut ôc Mufe des Cerfz.' 
Chap. XVII, 



55 




L<f cT (erfz^ coynmancent a aller an ^^^t euiihcn la- 
my Septembre^, et dure^ /-_. ^7^^ ^^cs de deux 
mojs y et tan/t> plm Hz^ fcnt^ njieux , et pim font 
çhatix di^ la Titch-^et mieux aimeZj , cjhi eft a'^ 
contraire des femm^ , car elles ayment nsoUn tiers Us 
ieune^. Les vieux Qerfr^ vont phts tofi au rut qne Us- 
ieunes, etfont/ljiers et orgueilleux , que uifqî^es a ci^ 

T> tltj 



5tf VENERIE PAR. 

é^tiùlT^ ayent accomply leurs amours , les ieunes n'en 
oferptj aj^f rocher , four ce quilz. les battent^ et chaf- 
fen^. (triais les ieunes ont ^ne grande fnejfe et malt-- 
ce, qu alors qu'ils ^voyent que les <vieuxfont la^ du rut y 
et affiiblis d(L^ leur force , ils leur coure ri/L fm , et les 
tuentLj ou hlejjt ntLy , leurs fatfans- abandonner le rut y et 
a l'heure font-^ maîtres en leur rang. Les Qerfz^ ft^ 
tue?2/tj beaucoup plus toïî quand il y ha faute de Biches 
qvJ autremtnt.j :, carfd en y h a grand nombre^ , tlsfcj^ 
feparent^ et e fartent^ d''vn cojté et d'auhx^. Q'ejt n;n 
plaiflr de les "veoir rere etfaire^ leur mptfe, par ce quc^ 
quand il?i.fentent la nature de la Biche , ilX^ leuent le 
nezjcn tair , regardans en haut , pour remercier J^^Qjt- 
turc^ de leur auoir donné telplatjir. Etfily ha queU 
que grand Cerf , il tournera la tefte j et regardera fil y 
en ha ^n autre qui luy cueille fane ennuy : lors les 
ieunes n'efiam de fin qualibre , luy ^oy ans faire telles 
mine :, fe reculeront de luy , etfuyront. (i^ais fil en y 
ha quelqu'^vn aufi grand quc^ luy , ils commanceront 
toiu deux a rere , et a gratter des piedj^en terres , fç^ 
choqu^.m t^n centre t autre , de telle fortes que^ <vom 
ouyrieT^ les coups de leurs tefte s de demye grand' lieu'é: 
celuy qui demeurera maiftre chajfera l'autre , la Biche 
regardera ce plaifirfans bouger de fin lieu . T^uis ce- 
luy qui fera demeuré maiftre^ commancera a rerc^ ou 
crier , enfe iettant tout de cour fe fur la 'Biche , pour la 
couurir , et ne luy donnera que trois ou quatre coups 



I A Q_ V ESDVFOVILLOVX. 57 

de cul, four le flw, et hïm foudainemcntj. Les Qrfzj, 
font ^ fort ajfeZj a tuer en tellç^ f^f^^ •' p^rcc^ quilzj 
fujHenlLjlcs ^oyùs ctroutej^arou le-s Biches auront^ 
pafé, mettam le ne^ en terres pour en ajfentir.fam re- 
garder ne efuenterpd r ha pmt quelqu'un caché four 
leur nuire^; Et "vont au fi toft le wur quc^ la nutcl, 
eïlam fi enrage?:^ du rut , qu'tlz, penftntj quil n'y ayt 
rien qui leurpmjfe nujre. Jlz^'vïuent^ dc^ peu de cho- 
fèy car ilzj "Vtandent feulement dc^ ce qu'îlT^trouuent^ 
deuant eux y en fujuan^L» les routes par ou *va la Bi^ 
che, et frwcipalemtnt^ de gros potirons rouges, qui leur s 
ajdent afairepjfer le fut f Hz, font en fi 'véhémente^ 
chaleur que par tout la ou Hz, trouuent des eaux , ilzj 
fe ^eautrent et couchent^ dedans , ' et aucunes fois don^ 
nent par dej^it des andoiUïers en terrt^, Lon cognoift 
les 'Vieux Cerfz, a les ouyrrere ou crier, car tant plus ilzj 
ontla njoix groffe et tremblante^ y et plus dojuent^ Hz, 
eftrc^ 'Vieux : et au fi par la cognoiïi on filz. ont efé 
chaJfeZj, carfilz, ont efté courus, et quilz, ayent crain- 
te de quelque^ chofe^ , Hz, mettent la gueule contre^ 
terre , et réent bas et gros, ce que les (/rfz^ de repos nt^ 
font pas, car Hz, leuent la tefte en haut , ream ou brai- 
mans hauttmentfans crainte^* 

D 'v 



5$ VENERIE PAK. 

En quelle faifon les Cerfz muent, 6c 

prenent leur buiflbn, 

Chap. XVIIL 

T B s Cerfzjmaen'tj et iettent leurs teïles en Feurier 
et Aiars, et communément les ^ieux Cerfzj beaucoup 
vlm toïl que les te unes: mais fil en y ha quelqu^'vn qui 
ajt efiéhlejfé au rut, ou par autre moyen, il ne la cuyde 
Pas tetterfi tofi queles autres, a la ratfon que !N^ature 
neluy peut ayder , car toute fa fubjiance et nourriture^ 
ne peut fuff ire a le guarir, et apoujferfa tefie, a caufc^ 
du mal qHil aura^ Jl y ha d'autres Cerj\lefquelz^ ont 
perdu leurs dmtiersou ccuiUons au rut, ou autrement^, 
qui ne muentj ïamaù ' car faut entendre^ queji "vous 
chajlré 'vn Cerf auant qu'il porter fa tefie, tl n'en por^ 
tera iamais: et au contraire , fi 'vous le chaïlré ayant 
fa teïie ou rameure^ tamaii elle ne luy tom h era, •A^c^ 
plus ne moins fera il fi 'vous le chafiré ayante fa tefic^ 
moUc^ et en fang, car ellç^ demeurera toufiours ainfiy 
fans fe cher ne brunir, (ela nous donne a xognoiftre que 
les couiUons ont^ grande ^vertu , car bien fouuent font^ 
caufôs quil y ha beaucoup d'hommes qui portent belle 
rameurefur leur tefie, laquelle ne mué et ne tombe ia^ 
mais , ainfi foit il de 'vous amateurs de mes efcnptT^ 

^^and les Q^rfl ont mué et iettéleur tefie, il^ corn- 
mancentij a leur retirer, et prendre leur bmfion ,fe re- . 
cclam et cacha^is en quelque^ beau lieu, près des gai^ 



lAC^VES DV FOVILLOVX. f^ 

gnagcSy et de t eau, furie bord des champs, afin d'aller 
^Hx légumes, hledT^, et autres 'viandes. Et deuez^en-- 
tendre que les ieunes CerfXjie ^renen/U ïamais de hujf- 
/on y qtiîlz^n'ajent^forré la troifiefme tester, qut eft 
au quatnefme an, et alors fe feuuent ïuger Cerfz^ dç^ 
dix corps bien ieunementj, comme aufii les Sangliers ne 
laîjfen^ femblablement les comfaignées qu'Hz^ ne^ïe- 
nent^ en leur tiers an, four ce qu'ilz, ri ont f as la hardi^ 
ejfe, ioint que leurs armes et deffenfes nefont^ encores 
en leur forcer. 

QÂpres que les (erfzj ont mué ilzj commancent des Ic^ 
mojs de (*^iars et 'Lduril a foujfer les bojfes, et commet 
le Soleil hauffem , etquele^ 'vtandy croiftra et durcira, 
ve plus ne^ moms leur tefte^ et ^enaifon croifiront^ et 
augmenteront^, et des la moitié de lum leur:» teïïes fe^ 
ronLjfemées de ce qu'elles dojuent^ porter toute tannée, 
pourueu qu'ilzjfojentenbonpajsdegaignages, n'ajans 
point d'ennuj : et félon que^ la faifon auancera les gai^ 
^nages et^iandis,leur t e fie f auancera ne plus ne moins^ 

Pour quelle raifon les Cerfz fe recèlent 
quand ilz, ont mué. 
Chap. XIX. 

LE S Cerfzj fi^ recèlent pour beaucoup dc^ raifcnSy 
dont la première^ eH,pourcc^ quilz^font^ mai^ 
gros etfoibles , a caufc^ de thyuer , n'ajans lafor* 
ce dt^ leur pouuoir dejfendrç^ : et au fi qu'ilz, com- 
mancent a trouuer dequoy "viurc^ 3 a l'heure prenent 



^.^ V E N E R I E r A R 

let^r repos Pour refaire^ leur chair, L* autres raifort 
eft , qu'il! ont Perdu leurs ar/n^ et defftnfes ^ qui 
font leurs teftes ^ et nç^ pofeniL» monJher, tant pour U 
crainte^ des heïieSj que pour la honte qutlX^ ontd'auoir 
perdu leur force et beauté. Et 'verrez par expérience 
que fil y ha quelques Cerfzj en 'vn gaignagc^ ajam 
mué , fi les Fies ou (froUes les agacent et décèlent , ilzj 
retourneront incontinent en leur fort pour fe cacher , de 
la honte et craintt^ quilz^ auront . Et notez^ qu'tlX^ 
ne laifferont Içur huijfon ,fi on ne leur fait de^ grans 
€nnuyt\, quil ne fojt a la fn du mojs d'aAouïl, qu*- 
Ht, commanceront a leur ef chauffer , et fe foucier des 
Biches. 

Quand ilT^^oyent que leurs telles cornmancent a fe- 
cher y qui eft enuiron le "vingt et deuxiefme dz^ Juillet, 
iïlfe décèlent , allans aux arhre^s frajer , et faire tom- 
ber leurs lambeaux : après auoir frayé, ilX^fe bruntjfent 
leurs tefi^s , les "vns aux charbonnières, tes autres en /'- 
ardilic^, terres rouge , et autres lieux commodes a eux 
pour ce faire . Les "vm portent^ les telles rouges , les 
autres noires, les autres blanches. Toutes ces peintu- 
res proced.en4Lj de nature, et non d* autre chofe, car ilfe- 
roit fort difficile que la poudre^ des ch arbonnier es, n* au- 
tre chofe , leurpuiffe donner pemcture^. Le telles rou- 
ges 'vienent^ volontiers plus groffes et plus belles que les 
autres , car elles fcnt^ communément^ plt4S pleines dc^ 
moelle , et pkis kgieres : les telles noires fontL> plus pe- 

fiantes. 



I A CLV E s DV FOVILIOVX. éi 

Jantts, et ri y hafas tant^ de moelle: les blanches fonL* 
Icé pires , etflm 7vd nourries. Faj fceu îouî cecy 
far texpenencLy des arhalcïiïers, U haquehiitiers, qui 
en mettent^ fcuuenî en euure : IcfqueîXjnonî dit quç_^ 
les phis pentes tefes noires qui 'vtenent de t EJcoJfe fau-- 
uage, qu'on apporte en grand nombre 'vendre^ a laRo^ 
chelle, font beaucoup plm pefantes et marines que celles 
que nom auons en ce pajs de France^ ^ car ell&s n'ont 
pa^s tant de moelle^. Combien qu'il J ha "vne foreft en 
^oiclou, appellée la fort H de o^kiereuant^, en laquelle^ 
les Cerfzj portenLy de petites tefes baffes et noires, n'ay^ 
ans que bien peu de moellc^y et font pref que femb tables 
a celles d'Irlande^. Jl y ha 'vne autre foreïi a quatre^ 
lieues de la, nommée^ Chifay, en laquelle les Cerfz^ por- 
te ^ùj leurs tefes au contraire, car Uz^ les portent gran- 
des, rouges , et pleines dc^ moelle^ , et font fortlegieres 
quand elles fc nt^feches, Pay bien 'voulu alléguer tou- 
tes ces chofs icy ^ pour donner a entendre que les Qrfzj 
portt?vtL. leuis teïiesfelon les pays et gaïgnages la ou ilzj 
fnt ' nourris y car la foreïi de ^lereuant^ eïl toute en 
mcntaigneSj n; allies, etbaricaues Ja eu leurs 'viandes 
fcnt arres . et aigres, et de peu dt fubftance : au contrai- 
re la foreft de CLifaj eft en pajs de pleine y enuironnéede 
tous bons gaignages , ccmme bled^, et légumes , dequoy 
ilzjprennent bonne nourriture , qui efltacaufepourquoj 
leurs tefes "viennentf belles et bien nées. 



4^ 



VENEKIH PAR 



«^oMMaMM 



■MaM*Marwaw 




Du pelage des Cerfi 
Chap. X X • 

pvj o V s aucm trois fortes dz_^ pelages de Cerfl^ffa^ 
aoïr efi, Brum, Faii:ies, et %m^es, et de chifcun 
peU^e "Vienneri/Lf deux efpeces dz^ O'^fX^ dont,^ les v?u 
font j^r ans, les autres pet is, 

Premieremi'ntj des Cerf^^ bruns , il eny ha qui font 
gram, longs et ejclames ,lefqi4^el^ portent^ leurs teftes 
fort hautes ^ d<:^ couleur roag-^^ belles oi bien nées, am 



I A Q^V ESDVFOVILLOVX. 6^ 

courentLj volontiers IcnguemeriL', car tcti-s (jffz^ longs 
cm meilleur corps, &tflm longue haleine que^ les ccurîz^, 
V Mitre eftecc^ de hruns .fcnt^ petis Cerfz^ trappes 
et courtT^ Itfquelz^ portent^ communément du poil noir 
fur le coi, commc^' crin , et fe chargent^ de meilleure^ 
*venaifon et plm f^iandç^ que ne fcn^tij pas les autres, 
A caufc^' qUilzj hantent plus ccmmuntment les tailles 
que les fujtajes. Ce font Ceyfz. malicieux , quife recc^ 
lent fur eux , par ce que quand ilzfont en leur *venai'* 
fon, lil^ont crainte^ quon les trcuut^ ^ d'autant qu'-^ 
HXji'ont pas corps pour courir longuement, ayîufi ont 
iï\^ leurs allures fort courtes , et portent leurs teji es baf 
fes et ouuertes. Et filX^fontj 'Vieux CerjT^rcur^ 
rï^ en bon pajs dcy gaignages , ilzj cn^ leurs te fies 
noires y belles et bien jemées , et portent^ communé- 
ment^ lapaumure a mcn^L>, Les autres Cerfz^ dc^ pe- 
lage fauue portent^ leurs te fies hautes , et de couleur 
blanche^ , defquelles les perches en font déliées, et les 
andoiUiers longs , grejles et mal nourris , principalement^ 
ceux quifont^ du pelage^ fauue tirant fur le blanc pâl- 
ie^ , aufi n'ont ilT^ points dc^ cueur ne^ de fonc^^: 
mais ceux quifntj de pelage fauuc^ n;if, aufquelTcn 
trouue le plus Jôuuenfvne petite raye brunc^ fur ief 
chmc:, et les iambes de m(fme pelage, ejlam longs et ef 
clames, telle ef^ece de Cerjz. fontj>jort 'Vigoureux , por- 
tans belles îettcs, hautes, bun nourries , bien perlées, et 
tous autres fignes quc^^ /o déclarer ay cy après. Les 



L 



<^4 VENERIE PAR 

CerfT^fortam le pelade rouge et vif, fontj commune- 
tneri't* ieunes Cerfzj : telle forte de pelage ne doit points 
rejioujr les piqueurs, par es qu'il\j;omentj longuement 
et de grand' haleine^. 

Des tefles ou rameurcs des Cerfz,& delà 
diuerfité dicellcs. 
Chap. Xxl. 
E S Cerfz, portent^ leurs tefies en diuerfes manie-^ 
V(f . Les vns bien nées, les autres mal ordonnées , ôt 
mal nourries, d'autres contrefaites, félon taage, le pays, 
ennuy et nourriture qu*ilzj onùj. Et faut noter qu'tlT^ 
ne porterie leurs premières testes, que nous appelions les 
àag^ies,fînonaleurdeuxiefmz^ an* oyî leur tiers an , 
Hz, doyuent porter quatre, fx , ou huit cornettes. çA 
leur quart an, //-^ en portent huyt ou dix. ^ leur cin-* 
quiefrnz^ an, //^ en portent^ dix ou douz^c^ . ci^^ lenr 
fix'iefmean, il^enporten^ùj doul^^ quatorT^, oufeT^, 
Et an feptiefme an , leurs tefles fon^t^ marquées et fe- 
mées de tout cc^ quelles porteront ïamais, et ne multi^ 
f liront plus finon en groffeur , et félon les 'viandes , et 
ennuy s quilz, aurofit^ après lesfept ans accomplis , ilz, 
marqueront leurs te/les,tantostpluf, tantof moins: com- 
bien qu'on cognoijira toufiours les 'vieux Cerfz> aux y?- 
gnes quif'enfujuentj. 

Premièrement^, quand ilj^ont le tour dç^ la meulcj 
large, et gros, bien pierre, et près dufuc delà teïie. 

m 



I A QJ/ ES ©V FOVÏLLOVX. ^5 

SecGnâement.^ , quand tl^ 07itj la perche grcjfe , bien 
hninie, et bien perlée^ ejlant^ droictc^^fan-s ejire tiréc^ 
d^s andoilliers. 

TTtercementLf , quand ïl^ ont les goutiercs grandes et 
larges. En après fi Ic^ premier andotUer (quc^ Thebm 
nommz^ antoiUer) eftgros, long, et près dc^ la meulc^^ 
le furandoiUer ajfe\jres dupremier , lequel fe dojt ef* 
largir ^n peu plii^s au dehors de la perche , que non pa^ 
le premier, toute sfois qu'il ne dojt pof efirc^Jt long, et 
faut q'i*îlz, foyent^ bien perlez^ , tout cela Jignif.c^^la 
^ieîll:sjfc^d'^vn Cerf enfiles autres cheuiUeures eu 
cors qui font au dcjf^s , bien rangeX^et bien neZj , félon 
la forme de la tefe.et la trocheure, paumure, oucouron^ 
neure grojfe et large félon la grandeur et grojfeur dç^j la 
perchz^ yfont iugernent^ d'^n 'vieux Cerf Si les efboîs 
qui font fommeT^ dejjks doublent^ enfemblz^ en la 
couronneure ou paumure , c*eïl figne d'vn grand ^ieux 
Cerf ^ufi quand les (jrf%^ ont les teîies larges et ou- 
uertesj cela les fignijie plus communément 'Vteux, qucu> 
non pas quand il?:, les ont rouées. Et pour ce que plufi-- 
eurs ne pourroje^itj entendre^ le s noms et diuerfîtez^ des 
tefies , félon les termes de Venerit^ ^ t'ay bien ^jokl>i 
les dépeindre etpourtraireicy , auec depetis efcriteaux, 
pour U?eci fier les noms de chafcun article cy dejfus men- 
tionné, 

E 



6 4 VENERIE PAR 

Ce qui porte les andoi!lers,cheuillcures & efpoisj fe doyt n5mer perclie : & 

les petites fentes qui font du long de la perche, fe nomment goutferes. 
Ce qui cft fur la croulle de la perche,fe nôme perlure, mais ce qui eft autour 
lie \à meule en forme de petites pierres,pierreurCjpius grofl'es que les autres. 




^. Cecy fe dcyt appeller meuh^ç^ ce qui ejl autour de la, meule, j^ierreure* 

B. Ce premier cors fe nomme andolUer, 

C. Le fécond -ifurandoiller. 

P. Toyi^ceux qui -vienent après lufques a ht couronneure^paumurej ou tor- 

cheure ,je doyuent nommer cors ou cheuîlleures* 

£. Ces cors qui font a lafommîté delà perche y fe doyuent nommer 'Ejhok, 

Cejle tejle fe doyt appeller tefte couronnée ^parce que les ejj^ok qui font plan- 

te:^en la jomrnlté de lapjerchejfont rangeT^en forme de couronnexombhn 

quoanen'veoytquehlen peu en France ^fi elles ne ylt^ent d' ^llemal- 

o-riCj ou du pays des MofcouUes, 



I A QJ/ ES DV FOVILLOVX. 



^7 




Celfe tefic^ fe doyt nommer faumêcj:, farce que les 
efbo^s qm (ont plantez^ en la fommité delà perche^, font 
rangeT^ en la forme d'^vne main d'homme^ a ceïle caufc^ 
on l'appelle paumme^. 

E îj 



6^ 



VENERIE PAR 




Toutes teHes ne portans que quatre et troys, les ejpois 
eîlans plantés en la fommité, tous d'^vne hauteur , en la 
forme à'^vne trochée âe poires ou de nouz^ïUes ^fe doj-*^ 
uent nommer te Fie portante trocheurcs. 



I A QJv^ E S D V F O V I L L O V X. 69 




Toi4t&f teïiôs portans deux amons , ou qu^^ les ejj)ois 

doublent en la manière qutlzjfonttcy pourtrai^X^, elles 

fe doyueni^ nommer teïie en fourchie , d'autant • que^ 

le4 e 11)31^ foypL> fiant e\jn la Commît é delà perche^ en 

forme d'vne fourche, 

^ ^ y. ... 

E tij 



70 



yENERlE PAR 




Toutes teBes qui douhlentj meules ^ ou qui cntj les 
^andoillierS) chemlleures , ou e[j)ois renuerfe%jiu contraire 
des autres teHes, comme fourrez^ ^eoir far cejte fre fente 
fourtrai£ture 9 ou en autrefapn^ fe dojuerpL.- nommer 
ulfes.' 



I A Q^V ES DV FOVILLOVX. 

Le Blafon du V 



71 



encur 




IE fuys Veneur, qui meleue matinj 
Prens maboutcilie, &c l'emplis de bon vin, 
. Beuuant deux coups en toute diligence, 
Pour cheminer en plus grande afleurance; 
Mettant le traiâ: au col de mon Limier, 
Pour aux foreftz le Cerf aller cercher: 
En tjueftant aux cernes des gaignages 
Souuent entens des oyfeaux les ramages. 



7î I A Q^V E S DV FOVILLOVX. 

Tenant mon Chien icprens fort grand plaifir, 
Q^ian d ie cognois que du Cerf ha defir. 
Et puis trouuant la fillette cnTenceinde 
Mon art permet la befoigncr fans feinclc: 
Apres qu'auray troys coups fait le deuoir^ 
Et deftourné le Cerf a mon pouuoir, 
A raflemblec alors faut retourner 
Pour mon rapport froidement racompter. 
Donnant falut au Princes & Seigneurs, 
Et les fumées monftrans aux cognoifleurs. 
Lors de bon vin foudainonmeprefente^ 
Car c'cft le droit de l'art qui le commande. 
Apres difner m'enuoys incontinent 
A ma brifée^ mon maiftre entretenant. 
Puis fur les voyes mon Chien fe fait entendre 
Allant lancer le Cerf hors de fa chambre. 
Dont ne defplaife aux Fauconniers vereurs 
Leur eftat n'eft approchant des Veneurs. 

Des cognoifTances Se iugementz que le Veneur doyt en- 
tendre Ôc fçauoir pour cognoiftre les vieux Cerfz. 

Le ïugeme7T/L> du pied. Le mgement des fumées. 

Le mgement des portées. Le mgement des allures. 
Le mgement^ des ahatures et fouleures. 
Leiugement^^ des frayouérs. 

Lefquelzj ic^ Jf^ecifiray cj après par chappitrcs^ corn- 
manpantj au mgement du pied. 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. 

Du iugement&T cognoiflaiice du piçdj ou 
foys du Cerf, 

Chappitre XX II. 



73 




T 6 S njieux (erfo ont cû^nmunemeniL' les cognoif- 
f^fances qmpenjiijuent, Premièrement ^ tl faut re^ 
garder a la file àufieâ , laquelle doit efire grande et 
large. Et noteT^ que p il y ha deux Qrfz, enfimhlc^, 
dont t'vn ajt le ptedlong, et l'autre rond, etquc^ les 
fignes &t îHgementZjde îous deux fijeri^tj dc^ mefmc^ 

E "v 



74 VENERIE PAR 

grojfeur et grandeur , fi efi-ce que le ped long To doit 
toiifiours mger plm Qrf que le pied rond , car il n'y ha 
point defame^ que b corfage n'en foitplm grand qvte^ 
de l'autre. T/W fafAt regarder aii, talon, le quel doit ejîre 
gros et large , et la petite comhlette ou fente , qui efipar 
le meilleu d'iceluj , qui fait la feparation des deux co^ 
JieZj y doit efire large et oimerte, la iambe largc^ , les os 
gros , courtz^ et point tranchant!^, lapmct^ rondes et 
grojfe^ Communément les grandz^ njieux Cerfz^ fontj 
ha^ ioincteZj, et ne fc^ faux -marchent iamais, parcc^ 
que les nerfz^ qui tienent les ioinBures des ongles fontj 
renforcéT^y et tienent^ coup a la pefanteurdu corps : ce 
que ne font^ pa^ aux ieunes Qerfz^ , car les ioinBures et 
nerfz^ qui tienent leurs ongles font^ foibles , n'eslans en- 
cor es en leur for cz^ y lefquelz, ne peuuent^ fupporter la 
pefanteur du corps , tellemen^L. qu'il faut que l'ongle^ 
'Varie et faux- marche^ , a celfc^^ caufe Hz, fe do ment 
iug^r ieunes (jrfXj F lus les vieux Qerfzo en leurs allu- 
res ne pajfent^ laniais le pied de derrière outre celuy dt^ 
deuanty mais demeure après de quatre doigtl^ pourlc^ 
moins :ce que^nefont-^pof les ieunes Qrfz^ , car en 
leurs allures le pied de derrierz^ outrepaffe celuy de de- 
i^^ant, comme fait vne Muk qui va l'amble. 
Q''fz^ ayans le pied creux, pourueu que tous autres bons 
fignesj foyent ,fe peuuent iuger vieux Cerfz,. Ceux qui 
ont haut et mol pas ^ en lieu ou il n'j aytgueres de pier- 
res, fe mgentpar la efire vigoureux ,n' aj am gueres efié 



I A QJV ES DV FOVILLOVX. 75 

chaJfeT^ ne cour m. Jlfaut icy entendre qu^ily ha <rrand' 
différence entre les cognotjfancesdu pied des Biches, et di4 
pteddes Ce^'fz,: toutesfois quand les 'Biches font pleineSy 
^n ieuneKeneurf j pourroit bien îrcmper. parce qu'elles 
ouurent les ongles, a caufe de leurpefanteur, comme fait 
'vn Cerf , mais fi efi-ceque les cognoijfances en font bien 
apparentes, car fi ^ous regarde!^ le talon d'aune Biche, 
njous trouuerez^ qu'Unie fi fi leune Cerf , portant fa fé- 
conde tefie j qui ne tajt plp^ gros et pins larges au elle 
n'hapas , et les os plus gros / aufii elles cn^tj commune- 
menL.^ le pied long, efiroit y et creux y, auec des pet is os 
tranchant!^ (tAutrement^ ^ous pourre\ iuger les Bi- 
ehes aux "viandts yparce^ qu'elles 'viandent gourman- 
dément, coupante Ic^ boys rond commet fait 'vn Beuf 
et au contraire^ , le Qrf de dix cors le prend délicate- 
ment en terufant pour en auoir la liqueur la plm douce 
et tendre qu'il peut. 

Et fi faut que le teneur entende ^nfecret, cefique 
quand il fera aux boys, et qu'il "vient a rencontrer d.'^vn 
Cerf , premièrement doit regarder quel pied c'eH , pd 
eH "vfé ou tranchant , après qu'il regarde^ /c^ f^J^> 
et la foreïila ou il fera y car il pourra pre fumer en luy 
mefmes ,fi c'eft al'occafion du pajs ou apurement : par 
ce que communément les (j'rfz^.nourris aux montaignes 
. et pays pierreux ont les pinces et les tranchans ou coBeT^ 
dupieàfort ifieXj la rafon efi , qu'en montant fur les 



16 VENERIE PAR 

montaignes et rochiers, illjl'appujent que de la pinct^ 
O'A des cojlezj dti pied ^et non du, talon ^ lefquelles pwces 
les rochiers et pierres ^[en4L> incejfamment , et par ainfl 
fe pourroj ent parauantHre iuger plm 'vieux C^^jXjf^'tl'C 
ne Jerojent.Les Cerfz^font au cojitraireen pajsjablon^ 
neux , car il^appuy ent plus du talon que des pinces: la 
ratfon eB , quen appujant du pied fur le fable, ilfujt 
et coule de dejfoub^la pince y a caufe de la pejanteur, 
car l'ongle qui eftdur le fait glifferyCt alors efi contraint 
le Qerf de fe fup porter et appujer furie talon, qui efl 
aucune s fois l'occafon de le faire croifre eteJlargir.Toiu 
cesfignes fontles 'vrajs iugemens et cognoijfances que le 
Veneur doit ffauoir et entendre du pied du Cerf Veuf 
f bien declairé aux apprentifzj que cef que de la pin* 
ce, des os , et autres chofes.mais ie 'voj quauiourd'huj 
il en j ha tant qui L'entendent^ que te rnen tais a cau^ 
fe de bf eue té' 



T A CLV ES DV FOVILL0VX. 77 

Du iugement 5c cognoiflance des fumées des Cerfe 
de dix cors ^ Ôc des vieux Ccrfz. 

Chap. XXIII. 




wmmÊfÊtiÊÊiêÊimmmmm 



4 



A 



eA. Fumées formées, 
B, Fumées en torche s, 
C Fumées enflateaus, 

Z) moys d*(*Auril et s*y^ay on commance a 
iuger les 'vieux Qerfl far les fumées , lef- 
quelles HXJettent^ en plateaux ^ etfîlz^font 



7» ^^ENERIE PAR 

Lirges ,g}vs , et efpois\ c'ejl fign^ qi^'ilz^ font^ Cerfza 
de dîx cors, 

B Aux mojs de Juing et 'juillet , ïtt^ do'ment ietter 
leurs fumées en greffes torches bien molles : tontesfois il 
j en ha quelques ^m qui les iette?iLi encores en pla- 
teaux iujques a la my Imng, 

(t/î. Et depuis la mi- Juillet iufques a la fin d'jiouftj 
iÏÏ^ doiuentj te t ter leurs fumées toutes formées ^groffeSj 
longues et nouées , bien ?nartelées, ointes ou dorées^ n'en 
laijfantj tomber que bien peu : lefquelles tlT^ doiuentj 
femer fans eïlre entées, et auoirdes piquons au bout y 
et faut regarder fi elles font^ bien moulues ^ et fi le Qerf 
ha eïié au grain, 

' Vojla les cognoifances parles fumées, des Cerfz, de 
dix cors y et "vieux Cerfz^ : combien qu' nz^fe peuueniL> 
mef-mger bienfouuent^ , car (lies Qerfz^ ont heu quel- 
ques ennujs -, ou quil\^ foyent bleffezj ou bojez, , alors 
tlr^iettent ^volontiers leurs fumées arfes et aguillon" 
nées part^n des bout^ , principalement au fiajoiier: 
mais après qutlX^ au''ont:> eslé frayez^ et brunïT^, leurs 
fumées remennent en leur naturel En tel cas le Ve- 
neur y doit bien regarder , parce qut^ le iugement en 
esl douteux. En Septembre^ et O^tobrc^ ^ il n'y ha 
pliis de iugement a caufe du rut- 



I A QJ/ E s DV FOVILLOVX. 79 

Et faut entendre^ qu'd j ha différence^ entre les 
famées du releué dufoir , et celles dvi maîm :par ce que 
les fumées du releué du foir font mieux moulues et di- 
gérée s que celles dumatin^, a cdufe ^ue le Cerf ha fait 
fin repos toutlc^ iour , et heu temps et repos défaire^ 
fon rungç^ , e4 digérer f on 'viandis : au contrairç^^ ejl 
des fumées du mat in ^ car elles ne font fi bien digérées 
ou moulues i a caufc^ de l'exercice^ fam repos qu'ilz^ 
font la nuit en 'vtandant. 

Du iugemcnt des portées. 
Chap. XXÏIII. 

LE Veneur peut auoir iugement et cognoifanct^ 
dc^ la tellc^ des (jrfzj , toutes tannée^ par les 
portées , excepteT^ quatre^ mojs ^ qui font ^^Mars^ 
^urtl :, cyMaj ^ et lumg, auquel temps ilT^ muent, et 
ont leur teïlt^ mollc^ et en fan g, et n'jhaen icelle 
faifon grand iugement, c^ au lors que leurs testes 
com?nancent a durcir , ilj ha iugement par les por- 
tées y iufques a cc^ qu'ilT^ ayent mué. Far cc^ 
qu'en entrant dedans lesfortX^ ilzj leuentL^ leurs telles 
fam craindre de heurter:,et tourner les branches y et par 
la le Veneur en peut auoir cogno'iffance, oJMaù quand 
les Cerfz^ ont leurs te Fie s molles , eten fangjlz^font de 
peu de iugement ^ d'autant qu'ilzj les couchent fir leur 
efchine ^ dc^peur de les hetmeraux branches , et les 



3o VHNERIEPAIl 

hlel^er, ^)j^ar?dle Veneisr 'verra que les (}rf^ auront 
la tefie endurcie, &t q^J ilz^ fe fourrent mger par les por- 
tées , il faut q 14^' il regarde aux entrées des for t7^, par ou 
ilz^fe rembufchent.», e^t principalement dedans les gran- 
des tailles , qui n* auront eïlé coupées de hf4,yt ou dix 
éi7i^s ^ aufquelles il 'verra , par les routes ou les (jrfz, 
pajfent ^ les branches tournées et heurtées des deux co- 
fiéX, et en regardant la largeur de la tejlc , il pourra 
iugerfi elle eft bien ouuerte- Etpilj ha quelque endroit 
de boys cler, ou le Cerf auroitleuéla tefte en [on entier y 
ou bien quilfe fuïl arreïlé pour efcouter (car 'volon- 
tiers quand les Cerfz^ veulent oujr, ilz^ leuent^ la tefte 
et le s oreilles) alors il pourroit heurter du bout des ejpotj 
a quelques petites branches feches y qu'il auroit rom^ 
pues y par lefquelles ^ et autres marques , le Veneur 
pourra iuger la longueur et hauteur de la perche et tefte 
des (ferf^j. 

Du iugemçnt des alleurcs, 
Chap. XXV. 

PA 5^ les alleures ^ le Veneur pourra cognoiftre (i 
Ic^ Qerf eft grand et longy et fil courra longuement 
deuant les Chiens. Car tous Cerfzj ajans les alleu- 
res longues j courent plus longuement que ceux qui ont 
les alleures courtes , et font plus viïles ^plm legiers y et 
de meilleure haleine aAufi les Qerfz.^ ajans de grandes 

ccgnoiffances 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. 8r 

cognoijfances aux piedz^de deuant^ ^ ne cGure^tt^ pa4 
volontiers longaejiien'tj deîif^ntJ> les Clmm: le Veneur 
feut cognoijtrc^ parcesJJgnes U force des Cerfz^ et gar- 
der l'avantage des Chiem.^nfî les Qrfzj ajans le pied 
long, ont le corfage plm grand que ceux qui l'ont rond* 

Du iugement des abateures&fouleurcs, 
Chap. XXVI. 

S' / 'voulez^ cognoijirefi 'vn Qerf eft haut fur iamhes, 
femhlahlemeniLj lagrojfeur et efbefeur de fin corVs^ il 
faut regarder tendroitfar ou tl entrer au fort , es 
fougères , etmenuT^hoys , lefquelz^ tlaura latfeZj entre 
fes tamhes : ffauotr de quelle,^ hauteur il les aura ah- 
batu^ au ce le 'ventre^, alors co^noiHreK^ ftl eft haut 
fur iamhes. Lagrojfeurfe cognoiïi aux deux coïlez^ , la 
ou fin corps aura touché ^ car tly aura hnfé et rom- 
pu les branches fiches des deux cofleX^, et par lipourre7 
mefurerfagrojfeur. 

F 



VENERIE PAU 
Le iugcmcnt du frayouër. 
Ch^p. XXVII. 




C*>o M M V N E M E N T Ics "vïeux Ccrfzo fofît leurfraj" 
•^ûuér aux te unes arbres qpi'on laijfe àeà<^.ns les taiU 
les , et tafpLj fins les Cerfz^ fcnt^ njteux et plus tofi 
'vontfrajer , et a ^Im gros aihres , Ufquelz^ Une vour^ 
TcnL^ ^lier aueclei^irs te fies. Et quand le Veneur trou^ 
liera le fraycu'er, il doit regarder la hauteur tu les hout'l 
de la tncheure OM^aumure amonts touché ^^ et la ou les 



r A Q^V ES E> V F O V r L L O V >:, gj 

branchées ferG}it^heii'tées et rompues ^ alors comoifrra 
la haiiteiir de fa teïîe. Et f*H "veoit qu'il y ayt aî4^plm 
hji'M di4 frayoïiér quatre branches hei^rtées an conp, et 
Avnz^ hanîeur y c'cHfgnc^ que le Qerfpem porter fa. 
tesi°^ en trocbenre^ oi'i couronneme, ParedLrnent fi 
le Veneur 'veoït qi^e trois andoillers ayent touché a trois 
branches d'vnt^ hauteur ^ et qu'il J en ayt deux qui 
ayent^ touché plii^s bas . cef figne qud porte paumure. 
Combien que ces fignes fyent fort ohfcf^rs , et qu'tlzj re^ 
qtùeren^L^ auoir l'œil bon^pour en auoïr cognoijfance par 
les petites branches et fieilles: toutes fois "vous appren- 
dreX^ qn-eles 'Vieux Cerfz^font bien des hardou'érs aux 
petis arbres, comm^i^ aux faules mirs, et autres fernhla-* 
blés y au fi bien que les ieunes Cerfz^ : mais les teuncj ne 
njont tamai^ frayer aux greffes arbres , filz^ ne font^ 
Cerfzj de dix cors Je n'en declareray autres chofc^y 
par autaTPtij quîlj ha d'autres plus certahts finies et 
iugemens cj dcfips mentionneT^ 

F i/ 



<4 VENERIE fAR 

Comme le Veneur doit cercher les Cerfi aux gaigna- 
gcs félon les moys &: faifons. 

Chap. XX VII L 




IE donner ay icy intelligence^ atom Veneurs, me^ 
nans le Limier au hojs , commet tlT^ fi^ doment^ 
gouuerner félon les moys et faifons , car les Cerfzj 
changent. > de 'viandis tous les moys : et tout ainfi que le 
Sdeil haufh^ , et que les "viandts crotJfe?^L> , tlz^ fonL* 
mutation degaignagc^. 



I A CLV ES D V F O V I L L O V X. 85 

Tremierement^ ie commanceraj ala fortie du rut y 
qui efialajin du moys dOciobre, ^ourfujuant de moys 
en moys mfjties an moys de Septembre^, 

oyj cejie caiifc^ atù moys de J^^Q^uembre faut cer^ 
chéries Cerfz^ aux brandes et bruyères ^ defquelles H^ 
^ontj "vianderles poinuics et 'fleurs ^ parce quelles 
font chaudes , et de grande fubpance j qui les remet en 
nature j et reconforte leurs membres, qui font trauailleX^ 
du rut, et font leur demeure aucunesfois en ces brandeSy 
et bruyères , principalement quand le Soleil rend chaleur. 

En Décembre ilz^fe mettent^ en bardes, et fe reti* 
vent au profond desforefizj,pour auoirtabrj des^entX^y 
froidzj, neges, et ^erglaz^. , et vontL» faire leurs 'viandis 
aux houfieres y aux fuetUes de la ronce, et dufuZj , et 
autres chofes qu'il'^peuuent trouuer, et ftl nege y ilzj 
^iand^nùj lapoinBe de la moufcy et pèlent le bojs tout 
ainfî que fait <vne Chieurc^. ® 

En fanuier ilzj laifent les bardes des mefchantei 
hep es, et f accompagnent troys ou quatre (erfzj enfem^ 
hlç^j enfe retiram aux ailes des foreïiXj> et 'vont aux 
gaignages aux bledz, vers, comme feigles, et leurs fem-^ 
hlables. 

En Feburier et (^Pldars ilzj 'vont aux 'viandîs aux 
chatons desfaules et coudres , aux hledX^ vers , et de^ 
dans les preZi au coche t^, et aux boutons du mort boys, 
comme cheuref^eil, bouleaux, etleursfemblables.Ences 
mojs la, H^ muent et iettent leurs tefies j commanfam 

F iij 



s ^ V E xN E R I E PAR 

a regarder le pays le plm commcâç^ pour prendre leurs 
hiijjfc^zs , et refaire leyjs testes , et lors Je departerptj 
d'enferrjhle. 

En (tAuril et a^Iay ilz^ font a repos en leurs hujf 

fons , aufquelT^ dT^dem eurent pour toute la f^tfon , et 

n'en bougeront iufques au commancement du rut ,fl on 

ne leur fait de gratis ennujs , fe recelons près de quel- 

qu es petites tailles defrohhées , ef quelles j aura forcer 

boys de bourdaine, ouilzj ïronL> faire^ leurs ^tandis ^ 

femblablement aux pois ,febues, taroujfes j n^efcc^ , et 

autres légumes quîl\ pourront trouuer auprès d'eux y 

e^t feront^ bien peu de pays, ^îucuns Cerfz^y ha qui 

^Jiandent fur eux , ne^fortarps que dc^ deux tours en 

deux iours hors de leur buyffon y pour aller aux gaigna-^ 

ges. Et noteX^ qu'il y ha des (erfzj fi malicieux ^^qu'dz^ 

font-> deux bujffons , et quand //^ ont efé trou iours 

en 'vn cofié de la forest,il?ijfen n:on/t^ trois iours en <vn 

autres bujjfon.d'^n autre ccfé: cep.ntj Qrfz^ qui ont 

heu ennuy en leurs <viandis, Ufqueï\ changent de buyf-* 

fon quand le <vent tourne^, four auoirfentiment^ a la 

fortie de leur fort ^de ce qm eft en leurs gaignages. Et 

faut entendre qu'en ces mojs d'^y^/uril et Maj , tlz^ ne 

*vont point a l'eau y a caufe de l'humidité de la taille, et 

de l'efgail, qui leur en donne ftff fan ct^» 

hn Jum , luillet ^ et (t/iouji , Hz, ^ont aux tailles^ 
comme dejfus, et aux graines , comme foumem , auoj- . 
nes-feigles, orges, et autres chofes qu'ils pep^uent trcpiucr. 



I A Q^V ES DV FOVILLOVX. gy 

et a l'heure font en leur grande "venaifcn, 6t quelque 
chofe qi^i'on vieille dire, tlzj "vont a l'eau^ et les ay vepù 
hoire.mais c'efi pltis communément en ccfte faifon qiten 
aiitrCy a canfe des graines fecz, qui les altèrent : et au fi 
de la véhémente chaleur et fecherejfe quiojie tejgan et 
humidité du hojs, lequel commance a durcir. 

En Septembre et Octobre ilX^ laijfent leurs huyffon^, 
et 'Vont au rut , a cejie heure la tlT^ n'ont point^de r^- 
pos ne de v tandis certain^ comme ïaj de clair é cy defm 
au chappitre du rut, 

F iiij 



m 



SS VENERIE PAR 

Comme le veneur doit aller en quelle auî 
tailles aucc le Limier. 



Chap. XXIX. 



o 




I 



kcontinant afres Joupper le Veneur doit ajler 

aUchamhre^ de fonmaïïirt^ y et file si an "^oy, 

faut quûlaillt^ a la chambre^ du lieutenant,^ de la 

Vénerie, pourffauoiren quel lieu on départ les queJleSy 

éijin de demander la fienne^^ Q fait , pen doit aller 

coucher ^ four fc^ leuer matin ^ félon la fafon et 



I A Q^V ESDVFOVILLOVX. 85» 

temps qu'il fera , et le lieu ou il 'voudiit aller au hojs. 
^uù quand il fera preïi, faut qu'il hojue le couplet aille 
quérir fon Chien four le faire àefmner ^ et n'oublier a 
emplir fa bouteille de bon 'vin. Cela fait :, il prendra du 
'vin aigre dedans le creux de fa main ^ et le mettra aux 
naseaux defon Chien pour les luj defioupper^ afn qu'il 
ajt meilleur fenttmen^, (*Alors fen ira aux boys, et fi 
à' auanture il trouuoit en allar.tL> quelque Lieure :, Per- 
drix, ou autres ojfeau ou befte couarde^ ^ njiuantL) du 
grat etpafturCy c'eji mauuais prefagc^ pour luj : mais 
s' il rencontre quelque befte ou ojfeau magiques , 'viuan^ 
de chair , comme Lot^s , Regnards, Corbeaux, et leurs 
Jèmblables, c' effort bon augure^ pour luj^ Faut bien 
qu* il fe garde d' arriuer trop matin aux tailles, et getteSy 
la ou il penfera quc^ les Qrfz^ releuen/t-j &t facerit leur 
^landy , car les Cerfzj dc^ repos fon^ ^volontiers leur 
reffuj dedans la taille: et encore s quiH(^fojeritL> retirel^ 
en leur fort ,filz^ font Cerfz^ malicieux, ilz^ retournen^t^ 
aucunes fois au bort de la taille, pour veoir f itXj^rrofpL» 
ou ^errcnt-j rien qui leurpuiffe nujre. Et fi de fortune 
ilz^ auojentlenjent^ duVeneur , et de f on Limier, ilT^ 
fe pourroy entj> débucher de leurs dcmeuies , et aller en 
d'autres, principalementLj a la haute faifon. Lors qut^ 
le Veneur ij erra qu'il fera heure defe mettre en quejlc^*, 
il faut qu'il mettes jon Chien deuanL- luy ^ et prenez 
le deuarit^ des tailles ou des fort z^* Et fil ^oient a ren- 
€ontrerd''vn Qrfqui luj plaifc^ ^ il doyt bien regarder 

F *v 



,,3 VENERIE PAR 

pu 'va de bon temps ou non : et le f-curm cognoifire, tant 
a la façon de faire dc^fon Chien ^ qu'afon oeil. Qar en 
reo-ardantj les routes ois njoyes par om^ le Qerf pajfç^, il 
o) erm fotmentesfois l'e/gail ahbatPi' , ou les foulées faif- 
chès, oti bien la terre en la forme dî4^ pied enleuée de frais y 
&t autres mgementZspar lefquelz: pourra cognoifire que 
le Cerf "v a de bon temps. Et ne faut pa4 qti'il farreHc^ 
a ^n tas de refieurs, qm difent^ que quand on trouue 
des arent elles dedam la forme du pied du Qerf, que c'efi 
figne qtiil 'va d.e hautes erres, Telle manière de gens y 
feroit fouuentesfois trompéexarinceffammentles arentel-- 
les tombent du Ciel.ct ne font point fiées desareignées.Qe 
que ïay ^veu par expérience d'vn Qrfquipaffoit a cent 
pa^ près de moy, la ou ïallay foudainement veoirje n*y 
fceu iamais ejire a te?nps que lesflandres ou arant elles 
nefufjentj tombées dedans la forme du pied- Ily ha en* 
cor es njne autre chofe la ou ilz^f amufent :, quime fem* 
hle eïire de peu de 'valeur^ Ceïl que quand ilzj> "veoyentr 
l*eau clerc dedans le pied, es lieux moli^la ou le Cerfau" 
ra pafé, ilzj difent efire flgne qu'il nja auft de hautes er* 
r es y fans auoir regard fi les terres font^ abbreuées d'eau 
€unon :fi ejl cc^ quilzj peuuentj bien p enfer qua^ fi 
elles fo?itj abbreuées , les petites fources qui paffentpar 
les ^enes et conduitz^ d'iceUe terrc^.remplijfent d'eau la 
forme du pied, et l'efclerciffent foudainement, ^luifont 
les caufes pourquoy k^ Veneur y doyt bien regarder, et 
nefamuferdu tout afon Chien ^ car il y en ha quitrom^ 



I A Q^V E S D V r O V I L L O V X. pi 

pent-j fouHcnt leurs maîtres , &t j^ririàpallemcnîj les 
Chiens de haut ne\j Icfquelz^ ne valent gnercs fourlç^, 
niaùn: ^ caufe^ detefgail, et a telle heure t 'trente fort 
lafchement , faip.nt^ peu de ce mute des "voyes ^ comme fi 
^n Cerf aUoit , deuan^L^ eux dc^ hautes erres. Allais 
quand le Scled ha donné dejfm , etqutl ha attiré le fen^ 
tirnenî de la terre , tefgatl ejlant tomhé^ atheure ilz^ont 
bon ne%^ et font bien leur deuoin 

Tour reuenir donc a nGÏl:re premier propos , Si le Ve^ 
neur rencontre d'njn Qerf qui luy platfe ^ allante de bon 
temps deuantluj, et quc^fon Chien le defirc^ bien ;, // 
le dojt tenir de courte de peur qu'il caquette^ ^ et auf^i 
qu*^n Chien fujt mieux au matm , ejïant^ tenu dc^ 
court qu'autrement^ : combien qu'il y ha des Z)eneurs 
qui leur donnent^ la longueur du traid: :, ce qu'ilzj ne^ 
doyuent^ fanc^ , (*Apres qu'il aurareueu quel Cerf 
c'eft, et qu'elles cognoîjfances il ha , faut qu'il Ic^ ren- 
de au ccuuert , et Ic^ rembufche fil peut , en reuoj" 
ant toutes les cognoîjfances, tant^ du pied que des por- 
tées, et foulées, Ce^ fait, faut qu'il lettt^fes brifées, 
l'ine hautes et l'autre bafft^ , comme l'art le requiert. 
Et tçtit foudain , tandis que fon Chien eïl efchauffé, il 
dojt prendre^ fes deuans, et faire fe s enceintes deux oii 
troys fois : t^ne par les grandT^ chemins et "vojes , a 
fin de j 'ajder dc^- /on œil : l'autre^ par le couuert , de^ 
peur quc^fon Chien le furaïUc^, car îl aura toufiours 



pi VENERIE PAR 

meilleur fentiment" p ar le couuert que far les ^oyes et 
chemins. Et s'il ne trouuoit le Qerf forty de fon encein- 
Be^ et qu'il mefcrée auoirhien dejtourné^ tlfen dojt al- 
ler a fa briféc^, eî prendre^ le contrepied pour leuer les 
fumées, tari^L) du releuédufoir que du matin, en regar- 
dante le lieu ou il ha fait fon 'viandy y et dequoy : aufi 
pour *veoirfcs ruz^es et malices , car par fes ruz^es /<o 
Veneur pourra cognoiïlre ct^ qu'il fera eftant^ deuan4Lj 
les Chiens : parce qucu/l au matin il fait fes ruXes en 
l'eau i ou bien dedans les chemins ^ quand il fera lai fé 
courre deuant^ les Chiens , toutes les ru\es qu'il fera fe^^ 
ronte en mefmes lieux ^ et femhlahles a celles qu'il aura 
faicies au matin. Et par la Ic^ Veneur pourra garder 
l'auantagc^ des Chiens j et des piqueurs, ^lue fi d'à-* 
uanture^ le Veneur trouuoit deux ou troys entrées, et 
autant^ deforties , ildojt bien regarder laquelle entrée 
l'emporte allante de meilleur temps , et files for ties nc^ 
fonte point de la nuiB: parce qu'^n Qerf fort et entrer 
plufieurs'fois la nuiB deda?M fon fort : ou bien fi ceH 
*vn Cerf malicieux, il pourra faire de grandes ruz^cSy al- 
lante et reuenantefur luj plufîeursfois : lors fi Ic^ Ve- 
neurne^ pouuoit 'venir a bout de toutes ces forties ^ et 
entrées, ne fâchante laquelle^ de toutes le pourroit em- 
porter , il faut qu'a l'heure^ il prenez fes cernes et en- 
ceincies plm grandes, et enfermer dedans toutes fes ru- 
%e^s^ entrées , et fort tes. Puis quand il 'verra que /(O 
' tout demeurz^ en fon encemcie, excepté feulement "vnc^ 

entrée 



I A Q^ V ES DV FOVILLOVX. 5)3 

entrée^ Par laquelle il pourvoit eftre "venu des tailles ou 
gaignages, a thèmes faut qu'il mette (on Chie?7 dejfm^ 
et le face .fd efipofîbte ^ faulcer iufques an fort , car il 
faut prcfamer que ces njojes temportent^^ Et en celle 
manière fe dojuent defourner les (erj\j non fa^s comme 
font les Veneurs du lourd'huy ^car depuis qu'îlz^i'ojent 
qu'îl^nepeuuen'Lj 'venir a bout d'in Cerf y HX^fe mit- 
îent^ a fouler les fortH^pour le lancer ^ qui eïl fouuen- 
tes fois caufe quit\jie trouuent rien en leurs encewBes, 
Jly en ha qudques 'vm qui fe fen^L> en leurs Chiens^ 
et quand ilz, rencontre -/^tj d'^vn Cerf, tlX^ le hrifent^feu- 
leminU a l'entré^* du foi t , et s'en ^ont au deffouhl 
d.ii 'vent, et Jî leurs Chiens en t^eulcnt au "vent ilzj nt^ 
font point aerceinBc^ y mais fe contentent dç^ cela : 
telle fortz^ de gens fe fmt phis en leurs Chiens qu'en 
leur oeil. 6t me femhle qu'vnhon Veneur ne dc^tia^ 
mais faire^ cas d'^n Chien qui en defire au 'vent, par 
ce qu'il ne met iamais le ne?L a terre^ qui elt caufe qu'il 
tromp e hknfouuent fon maiïire^^ 



/^ 



9 4 VENERIE PAR 

Comme le Veneur doyt aller en quelle aux tail- 
les ou gaignages) pour veoir le 
Cerf a veuë. 
Chappitre XXX.^ 




T E VENEVR doyt regarder le Joir anan^Lf y en 
quel pays les Cerfzj releucnt: et fi ceft de dam les tail- 
les , il fatit q'i^ïl regarde par quel lieu il pourm ^enir 
le lendemain a bon ^oentj> : et au fi qu' il choijtjjfe quelque 
bel arbre f^r le bort de la taille y de laquelle il pourra 



ÏAQ^VES DV FOVILLOVX. 55 

^jcoir a/on ai fe toutes les heftes qni [ero?ilL) dedans. 
Le lendem aw fe do^tleue?' deHxhcur&s anarit^ igut ^ e-t 
f.Uer ai4. boys : puis quand il fera arriué pcs des demeu- 
res .faut quillaijfefon Chien en ^nc^ maifon ^ ou bien 
j'ilha 'in garfon auecluj , // lay pourra donner a gar-- 
der Je faifant-^ diemeurer en quelque^ lieu ^ ou U /c^ 
pourra trouuer fd en ha affaire^, (t^-'ilors fen dojt 
aller a fan arbrc^ quil aura remarqué le foir auar^L)^ 
et monter dedans , regardante en la taïU^L^: etfd'veoit 
quelque^ (/rfqui luj plaîfe ,faut qu'il regarde quelle^* 
tejre il porter, et ne doyt bouger de la lufques a ce.^ 
quil /<o <voyç^ rembufcher au fort, ^uis quand il 
'verra quil fera au couuert ^ jaut bien quil regarde^ 
t en droit, et le lieu par ou il entrer ^ etlc^ remarquer a 
quelque petit arbre^y ou autre chcfe qu'il pourra ^veotK 
Ce fait, il défendra fccretement de^ fon arbre , etfen 
ira quérir fon Chien, oj^lais faut quil note^ ^u-nfe- 
cret, cejl qu d ne doyt aller dcftournerle (jrf d'^une^ 
bonne hewie^ après qu'il l'aura *veu , par ce qu'aucu^ 
ne S' fois les Cerf 7^ fonte leur nffuy au bord du fort , eu 
htm refortente dedam la taille,^ , pour efcouterfdz. or- 
ront-j ou njerrcTï/U rien qui leur nujfc^ , comme t'ay dît 
cj deuan^te : qui efr la raifon pourquoj /c^ Veneur n'y 
doyt aller f foudam. Et fi d'auanturc^ en faifant^ 
fon enceincic^ , il ojoit les T^its ou Geays caquette? ^ 
il faut qu' il fe retire , car ce feroit figne^ que le Cerf 
feroit encore s debout. 71 pourra retourner enuiron demje 



f 6 VENERIE PAR 

heure aprej fairc^fon enceinBcy. EfianL> bien de- 
ïiourné ,fen ira d tajfemhléefatrc^ [on rapport , et def- 
chifrer la tefte dn Cerf qii d aura "ven^ et tons autres 
hofis Jignes qui y pourront^ eïlrc^ y et fi d^^ fortune 
il leuc^ les fumées , les dojt mettre en fa trompe^ ^ et 
les y porter. 



lAQ^VES DVFOVILLOVX. ^7 

Comme le Veneur doyt aller caquette aux petites 
couronnes de tailles defrobées, quifontpar 
le milieu des fortz. 
Chap. XXXI. 




1^ I E N foiiuentj les Qerfzj mdicïeHX.qm onL> amrej^ 
fois eïlé com'uT^ et cbafféX^, jc^ recelerptLf longue^ 
mérita fur eux , fans fortir de leur fort , et font leur l'i- 
andy en quelques petites tailles et couppes defrobées, qr^i 
fontj par le milieu des fortz^ : etle font^ plm commu- 



^8 VENERIE fAR 

nementèn i^Iay etjuïng qu'en autre faifon ]p"arccj 
qu'en ces moys tlz^ne 'vontj guerùs a h au, etfeconten^ 
îent de l'humidité et fuhïlance delagettç^s, et detefgail 
qui eft dejfm , lefquelz^ leur donnent fi^^ffîfance, Mais 
en Juillet et dAoufi que le hoys durciH , et que les cha^ 
leurs font 'Véhémentes, d faut qu'a theure ïlz^fe décèlent 
de leur fort four aller a l'eau, Tout es fou en quelques 
faifon que cefoit , ils nefepeuuent receler plus haut dc^ 
quatre iours^fansfortir hors du hmjfon , four beaucoup 
de raifoyvs ^ dont t'vne eïl , qu'ils ^veulent aller 'veoirU 
ou demeurent les autres hefes.aufquelles il7^ejj)erent leur 
fauuegardc^ , a fin que ftlz. fc^ 'vojoicnAL^ couru\ des 
Chiens ^ de les donner en change , ou bien fortentj four 
aller aux' gaign âges : toute s fois quand ilz^forterit^.itX^ 
fe retirent en leur fort deux ou troys heures auant lour. 

<tA telz^ Qrfzj malicieux il faut que It^ Veneur en 
'vfe en cefefortc^. Premièrement quand dfera aux 
boys en quelque beau bujjfon ou fort au bout d'vnefo" 
reïl.et quil'vie7ttj> a rencontrer d'^vn Qrf de^ vieux 
temfs , comme d'vn ou deux iours , et que le faysfuïl 
fortromfu defes vieilles erres , lors dojtf rendre^ fes 
deuanti^ de touf cofteZj , et ft d'auanture il ne le trou- 
uoit foint en alléiîeforty dc^ bon ne de vieux temps, 
il doyt prefumer en luj-mefmes quil nefen va poin^L>, 
et qhùl fe recèle^ fur luj dedans le^foit, oyllors, doyt 
aller f rendre le deffouUl^diU vent , et entrer dcddfis Ic^ 



I A Oy ESDVFOVÏLLOVX. «^ 

fort , te^avtijfon Chien de court y en brojfantj le phu fe- 
cretementj qu'il pourra. Et y il ^eoyt qnt^fon Chien 
ayt le 'vent de quelque chofi^ , et qtia "veoirfa contC'^ 
nancc^ ilfuJi près du Cerf, il fe dojt retirer arrière^ 
de peur de le lancer, et aller entrer par quelque autres 
endroit la ou le boysfèroit plus cler^ ^uis f'il arriue a 
trouuer quelques petites couronnes ou tailles defrohhees, 
la ou le Qerf auroit fait fa nuicî , il en pourra reueoir a 
fon ayf^^ , et leuer les fumées . o^ldais faut icy noter 
ime chofe :, c'efi qu'il ne dojtpas aller en tel^lteuxqu'" 
il ne foytpour lernoi?'^ neuf heures du matin , pourct^ 
quetelz^ (erfzs fo^tj aucunes-fois leur rejfuy ded.ans 
ces petites tailles , pour auoirla chaleur du Soleil : puis 
quand il 'vient fur les neuf heures ^ ilz^fc^ reîiren^tj a 
l ombre, pour deux raifom principales , dofit^ tvne eH", 
pour la crainte des moufches et tahons, qui les tor?nen^ 
teroyent^ filzj eftoyent au defcouuert ,1* autre pour la 
véhémente chaleur du Soleil qui feroit fur le Adidy , 

Et faut bien cjucle Veneur fe prene gardt^ d'entrer 
guère auantJ dedans le fort ^ par ce qu^^telz^Cerfl 
demeurent^ aucunes fois a la longueur du traiB de ces 
petites tailles defrohbée^, d'autant qu'ilX^ n'y ont point 
de crainte ne d'ennuy : mais leur fuffif feulement d'eïlre 
au couuert , et aufi qu'tlzj fc^ releuent en telles tail- 
les des cinq heur&s dufoir. (tA ceïle caufe doyt fujfire 
au Ueneur d'auoir reueupar pied^et leuc les fmié&s du 

G îj 



10^ * VENERIE PAR 

Cerf, fukfe retirer le plmfecretcment qiiilpopirra.fans 
p amu fer a regarder les -portées , tena7pù fon Chien entre 
fes bras. Et quand il fera affeXJomg de là, doyt contre^ 
faire le hergier, ou hienfonner de quelque fageau , dc^ 
peur que le Qerfajt heu le "ventj de luj , et qu'il fefoit 
lancé : car en toiîan^t^ des inftrumem ou chantante , il 
fe pourrait f afj'eurer, ^prcs pourra arresler demyt^ 
heure ou plm en quelque^ lieu, pour Ic^ laifer ajfeurer, 
puis refera fon enceincie. Et f d*auanturc^ il ne pou^ 
uoit leuer l&s fumées, &t que le pays fufi fi feutré d herbe 
qîiîl n'en peu H' reuoirpar pied a fan ayfe, lors dojt met- 
tre le genoil en terre ^ ayante fon Chien derrière^ luj, 
regardant aux foulé fj des feuilles, et de l'herbe, fl elles 
font^ bien efiramtes , mettante fa main dedans lafor^ 
me du pied : et Ç'il <veoit qu'elle ayt quatre doigts dç^ 
largeur , il le peut iuger Cerf de dix cors parles foulées, 
mais f elle n'auoit que trois doigtz^ de largeur j H le doji 
iuger ieunc^-f Cerf 



I A Q^V E s DV FOVILLOVX; 

Comme le Veneur doyt aller en queftc 
aux gaignages. 
Chappitre. XXX II'; 



loi 




\L faut icy entendre qu'il y ha différence entre gai^ 
gnagcs et tailler ^ car ce que nom appelions gaigna-- 
ges fon^tLf champs et iardins oh croijfen^lL> toutes ejj>c^ 
eu de bledT, et potages : et quand les Cerfl vont^ la 
*viander, nons difons qutlzj ont^ eïié aux gaïgnages, 
fl faut que le teneur fe leue matin pour aller en que- 
ft,^entelz,LeiiX^ par ce que les bonnes gens des vil- 

G itj 



lo* VENERIE PAR 

lao-es, qui font es enuirons,fe leuent des taubt^ du tout, 
tour mettre leur heïlïaïlaux champs, qui efi caufe quc^ 
l&s Cerfz^fe retirent^ de bonne heures en leur fort. Et 
au fi que les Vaches , Qheures^ Brebis, etplufeurs au^ 
très befes.romperojent.- les ^ojes ou routes,par oulç^ 
Cerfauroitfafé, quiferoit caufe que /c^ %Jeneur n'en 
fourroit reuoir , nc^ fon Chien auoir fentimenLf. Et 
par amfi faut qu'il aille en quefie au plus matin. 

Comme le Veneur doyt aller requefter le Cerf^qui 
aura efté couru & failly le iour auant. 

Chappitre XXXIII. 

Tl arrive bien fouuentj» qu'on faut a prendre le 
Qrfaforce, en beaucoup de fortes, Aucunes- fois a 
l'occafion des grandes chaleurs^ ou bien qu'on eflfurpnns 
delà nuict , et en plufeurs autres manières, qui me fe^ 
royent prolixes a narrer- ^/ and telles chofes arriuenty 
il faut fe gouuerner en cefie façon, 

T^remierement, ceux qui accompaignenLjles Chiens 
doyuent ietter 'vne brifée^ aux dernières 'voyes ou erres, 
là ou ilz^ latJferoTTt^ le Qrf a fin de le retourner quefler 
le lendemain des le points du iour, auec le Limier, et les 
Chiens de la meute après eux. Qar quand il efi quejiion 
de requefler njn Qerf , il ne faut faire rapport , n'ajfem* 
bléc^ y par ce qu'on nc^ ff^it fi lafujte fera longue^, 
n'en quel pays il fera allé : par ce qucj communemerptJ 
Qerfz^ couruZjiJont tant qu' ilT^ont forcer , puis filzc 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. 103 

trouuent quelque eapL ïlzjpaneflenî longuement dedans^ 
et fe roïdijjent en telle fort e les membres ,qu" au fortïr d.'i^ 
celle ilz^ nefeuuentpas aller gueres loing, et a l'heure^ 
font contraïntZo de demeurer en quelque lieu que cefoity 
7?iM qu*d2i,fojent au couuert.faifant leur 'vïandy dc^ 
couché, dz^ ce quilT^ peuuen{L> trouuer autour deux. 
^u^and I3S Ven^eurs jeront arriueT^ aux dernières <voyes 
ou aura eïlémifc la brtfée, ilz^fe doyiieniL» départir: et 
celuy qui aura le meilleur Chien , et de f lus haut ne\ , 
dojt prendre le droit ^ et faire fujure fon Chien fur les 
routes, en le tenant de court, n* ayant crainte de le faire 
fonner et appeller. Les autres doyuent prendre les deuans 
au loing, parles jrafcheurs, et lieux commodes^ pour en 
reuoir a leur ayfe , et pour lefentiment dc^ leur Chien, 
6t [î de fortune l'^vn d'eux le trcuuoitpafé ^ i^f^-^ dojt 
mettre après , et fairc^ fujure fon Chien, en huchant ou 
fonnant deux motT^dt^ la trompe , pour appeller fes 
compaignom , et pour fairç^ approcher la meute^ Les 
autres l'ayant ouy , incontinent doyuent aller a luy , et 
regarder tous enfemhlefi ce(i leur droit : etfttlcognoif^ 
fent que cefoit luy, faut qu'tlzj laijfent fuyure le Chien 
qui dtfrera le mieux les 'voyes : et les autres fc^ doy-^ 
ueniL> départir et reprendre^* encores les deuantZj au 
loing. Et fi dauanture il^le trouuoyent entré en queU 
ques belles demeures , faut qu'ilzj face-'it-^ approcher 
les Chiens d'eux , etfaulcer au trauers du fort. Et 
f ilzj arriue nt^ arenouueller les 'voyes dedans Ic^fort^ 

G ii!j 



104 V E N E R I K PAR 

doyue?7^L> bien regarder Jî ceft point du change^, JUais 
Jl celî^y qui fait lafujtte^ cognoiH qi^e cefoit fon drott^ 
doyt fonner deux mot Zj pour appellerjh compaignonSy 
et pour aduertir les pïqueurs qu'ilz^fe donnent de garde y 
par ce que fon Chien renonueUc^ les ^ojes. Et fi de 
fortune tl^tent^ aie lancer , et qud trouue cinq oufix 
repofées l'^vne auprès de t autre , // nefen doyt pas e* 
ïlonner, car ^volontiers les Qerfz^ trauailieT^^ et mal me* 
nél^^fcTFLj plufieurs repofées , les 'vnes près des autres^ 
par ce qutlz, ne fç^peuuen4Ly tenir debout , mais faut 
quilzj> 'viandent de couché. Les ieunes Veneurs qui 
n'entendent cefecret, y Çont fouuentes- fois trcmpeT^, car 
^uandilz^ njojentj tant de repofées ^ ilz, penfent que ce 
foit njne harde de befies ^ et faut bien quùlzjj regardent* 



I A CLV ES ^V FOVILLOVX. 
Comme le Veneur doit aller en cjucfle 
aux hautes fuftayes. 

Chappitrç XXXIIIJ. 



IÛ5 




QV ^ N D le Veneur ira en quelle^ aux haut ci 
^ fufiajes y il faut premièrement qu*il regardt^ 
deux chûfes : ffauoir eB , la f^ffcn eu d fera , et 
les demeures de la for eïi. Qar fie e si en la hautes f ai- 
fin ^ les tahons , moufches ^ et autres 'vermines chaf 
fent les Cerfz^ desfuffayes ^ et au fi qtiilz, pe fartent 

G "v 



io6 VENERIE PAR 

aux petU fortX^ près' des gMgnages, 

Jl y ha des foreftz^ de dmerfes fortes : les ^vrits 

Jo?pL> fortes de bouvières y les autres ont par le mïlïei^ 
des couronnes d>e brandes , ilj en ha d'autres qui font 
enuironnees de tailles. Et par ainfi faut que /<o ye-- 
ne ur fe gouuerne félon le pays qu'il ^erra. Qtr aucu^. 
nés fois les Cerfz^ demeuren^Li dedans les petites couron^ 
nés de hrande^s , fouhz^ quelque petit arbrc^ au def 
couuert y ou bien defoubz^ lesfuftayes y ou au hort d*i^ 
celles y en quelques petites brofes. Gt faut qu'en telz^ 
lieux le Veneur Jac^^fe s enceintes grandes ou petites 

^félonies demeures y parcc^ quc^fon lance 'vn Cerf 
dedam les fujtajes on ne le cujdera plus deHourner, 
n'approcher: et fi le Veneur eïlf âge y il n'en fera point 
dz_j rapport* 

Penparlerojs plus au long, mats ie^j njoy que^ les 
%)enems qui 'Viendron^Ly après nom , n'auront^ pas 
grand' peine a the) cher les (erfzj aux fuftajcs. 



lAQ^VES DV FOViLLpVX: 107 



^■U 



lôS VENERIEPAK. 

Du lieu OU fe doit faire raflembléc^&r comme elle fc 
doit faire. Chap. X X X V. 




T A QJV ES DV FOVILLOVX. 109 

L*ASSE^!BLEE fe doit fakc^ en quelque beau lieu, 
'foiîhX^ des arhres , auprès d''vne fontaine^ ou ruîf- 
feau , la ou les Veneurs yo doment^ tons ren- 
dre^ ^ four fatrc^ leur rapport. Ce pendante le Som*- 
melïer doit %!enir auec trois bons cheuaux ^ chargel^d'-* 
inJîrumentZj pour arrojer k^ goutter : commet cou' 
tretz^ , harraux ^ hartlz^ ^ ji<^^cons et bouteilles ^ lefquel" 
les doiuent ejtrt^ pleines dc^ bon 'vin d'ylrbois , dc^ 
Beaulne^ y de Chaloce^ct de Grauç^. Luj eftant de^ 
fcendu de Qheual les mettra rejraifchir en l'eau 3 ou 
bien les pourra faïre^ refroidir auec du Canfre •' après 
il eftendra lanappc^ fur la 'verdure^. Ce fait ^ Ic^ 
cujjinier fen étendra chargé de plufieurs bonshar- 
nois de gueule^ ^ commet iambons ^ langues de Beuf 
fumées ,groings et oreilles de T^ôurceau , ceruelat ^ ef- 
chimés , pièces de Beuf de faifon y carbonnades y iam- 
bons de Q^ageance y pafez^y longes de nj eau froides^ 
couuertes de poudre blanche j et autres menuT^fujfra- 
ges pour remplir le boudin : lefquelzj il mettra fur la 
nappe . Lors le ^oy ou le Seigneur y auec ceux de fa 
table y entendront leurs manteaux fur l'herbe^^ y et f<Lj 
coucheront de cofé defpts y beuuctns y mange ans y riarn^ 
et f ai fans grand cher e^. Et ['il y h a quelque femmes 
de réputation en pays y qui facc^ plaiftr aux comp ai- 
gnons y elle doit eftrc^ aliegué^^ y etfespafages et re^ 
muement de fejfes y attendans /o rapport a avenir' 
T^uis quand tcus les Veneurs feront^ arriueZj y ilzj 



110 VENERIE PAR 

fer07itj leur rapport y et frefent e 'OïpLj leurs fumées ai^ 
Roy , ou au Seigneur a qui ïlz^ feront^ , les ^vns apr&s 
les autres ^ en racômptantj chafcun de ct^ qu'il aura 
'veu. Les ajant efcoute\j et ^v eu les fumées ^ il pour- 
ra choifr le Cerf qu il 'voudra courir , et qui fera en la 
plus belle meute. Et dira a celuy qui l'aura desîour^ 
né y quil 'Veut aller a fa brifée , puis fen iront.* tous 
boire. 



lAQJ/ES DV FOYILLOVX. m 



l*u4T mis cj àeuant^ ccrriwe il faut faire le rap-^ 

port ^ ria^ant^ 'veu du Qerf que par pted ^ ou par 

les portées , et autres cognoiffanc&s , et co7vme il faut 

parler entrer le s mailires, <zy]4ais à* autant^ qu'il fç_f 

trouueniLi aucunesfois quelques Veneurs fauonfez^ de 

leurs maifres ^ lefquel^, 'vont^ chercher les grandzj 

*vieux Cerfz^ ^ fe leuam matin pour les ^eoir a la 

taille ^ te leur ay bien 'voulu icy defcripre le r-apport tel 

que le "voudrois faire deuantle Roj ^ fîtppliant les mai- 

Jircs d' exe H fer les fautes* 



I 13 



VENERIE PAR 
Comme il feut faire Ton rapport , ayant veu le Cerf a 
la haute faifon. Chap, xxxvi. 



veuë; en 




D 



I A qjV^ ES DV FOVILLOVX. iij 

E V A N T le Roy viens pour mon rapport faire , 
Le laluant ^ vn chafcun fe doibt taire : 
Lors de rna trompe ie tire mes fumées. 
Sur vertes fucilles les luyay prcfentées: 



Slrcjvoyla d'vn beau Cerf de dix cors^ 
Que ie mefcroy deftourné en telz fortz: 
Qjjand les aurez par tout bien regardées 
Les trouuerez longues y oindes > formées? 
Grofle^, nouées, n'ayans aucun piquon. 
Mais bien moulues, monftrans fa venaifon,' 

Et s'il s'enquiert lors quelle tefte il portc^ 
Tout froidement reIpon> luy en la force. 

Sire 5 ainfi comme alloys i\ûf3int ma quefte? 
Mon Chien au vent fe rabat dVne befte: 
L'ay tins de court, &: de près Tay fuiuy: 
Tay apperceu le Cerf auviandy. 
Ayant la tefte haute 5 0uuerte& paumée. 
Et en tous pairs me femble bien fommée. 
IleftCcrf brun, portant dix & huyt cors, 
Fort haut fur iambe, Se aflez long de corps, 
Le mefrain gros, par bon ordre obferuée^ 
Grand tour de meule, d>c près du teft perlée, 
D'vn beau teint noir me femble eftre brunie: 
Et pour tout fi^iie > ell* eft fort bien nourrie. 
Apres l'auoir de mon œil bien choify 
Me rctiray, attendant fon reifuy. 

h: 



114 VENERIE PAR 

Puis quand i^ayvcu qu'il efloit près de Theure 
Qu'il full au lieu ou il fait fa demeure, 
Prens les dcuantz pour l'aller rembufcher: 
Mon Chien au vent cuyde Ton traid cafler. 
Entrant au fort ha ietté fcs fumées, 
Que i'ay leué,y mettant mes brifées, 
Par les chemins prens enceinâ:e es deuantz, 
Oui'ay trouué maintz autres Cerfz paflantij 
leunes Se vieux reuoy de toute forte. 
Mais quant au mien netrouue point qu'il forte.' 
Puis s'il s'enquiert quel pied de Cerf c'eftoitt 
C'eft vn pied long , fi l'œil ne me decoit , 
La pince groife, & les os gros & courtz> 
La iambe large y ongle fermé toufiours. 
Fort bas ioind:é,& le pied gros &:creux> 
Cerf bien courable, &: deuanttous VeneursJ 



Des mot! Se termes de Vénerie que doit entendre le. 
Veneur pour faire fês rapport! , Se pour par- 
ler dcuant les bons maifircs, 
Chap. XXX VIL 

*yf T bien 'voulu declairer icy les motz^ et termeé 

de Vénerie , et commet 'vn ieunc^ Veneur doyt 

parler entrç^ le^ hons maiïtres. T^remïerement , faut 

qu'il foitpofé , et modéré en faroUes, car tom Veneurs , 

e fi ans curieux duplaiftr de leur eslat , font "v oh n tiers 



\ 



I A CLY ES DV FOVILLOVX. 115 

fohres de la houchz^. ^i^ais autour à' huj ilzj frenent 
pins de platjlr aux bouteilles qu'a leur meftier. Si d'à- 
Hanture iladuenoit qu'^vn ieune Veneur fe trouuaïl a^ 
uecles rnaiFtres ^ et qu'tlz^ luj d.emandajfent commç^fe 
doyuent appeller les fiantes des Cerfz^ , ^anmrs, Che^ 
ureulx y et Dains, lors daytre/J^ondre , qu'elles fe doy^ 
uentLf nommer fumées y et que de toutes bejtes ^'tuantes 
de broujl , elles fe doyuent ainjï nommer, (i^ldaù celles 
des belles mordantes y comme Sangliers , Ours ^ et leurs 
femblableSyfe dojuent nommer leffes, £t celles des Lie- 
ures et Conmlzo j fe nomment^ crottes. Celles des au^ 
très befies puantes , comme Taîjfomy Re^nardz^^ fiante, 
(elles delà Loutre fe dojuent nommer ef^raintes. Apres 
fionluy demande comme fedojt nommer le mano-er dtç 
Qerfy en termes de Vénerie y et des autres belles a luy 
femblables y doit dire qu'd fe nomme 'v tandis y commet 
difant : Voicj ou le (erfou Cheureulhafait fon "vian^ 
dis. Et des Sangliers et autres belles mordantes y il 
faut dirc^ mangeures y commz^ dtfant^ : Voicy ou 
/o Sanglier ha fait fe s mangeures, 

fl y ha aufi différence entre les piedX^ des befies 
mordantes , et ceux des (erfz, : car ceux des Ours et 
Sangliers fê do iuent nommer traces y mais ceux des(jrfz,y 
Che ureulx , Dains y et Rangters.fe dojuent nommer 
piedT^ou fojes ,tOHS les deux font bien ditX. ^lufiifaut 
fpauoir qu'il j ha dijference entre gaignages et tailles. 

H tj 



II 5 VE N E R I E P A R 

Les gaignages fe prenent pour champs ùt ïardins ^ là 
opù font femezj les bledz^ , et potages. Et Jî^vn Qrffai* 
Joitja nmB dedans les champs ^ le Veneur doit dirc^ 
^Htlha fait fon ^tandis dedans les g^ignages : et fil 
fait fa nuïB dedans les tailles ^ il pourra dire qu*tl ha 
fait fon ^tandis dedans la taille. 

Le ietme Vtneur doit aufi entendre qu'il y ha 
djiference entrer routes ^ tî ijoyes , car les *voyes 
f' entendcnt-j pour les gr ans chemins ^ et les routes fç^ 
prenent pour les peiis fentiers, qui trauerjenî les for t7^ 
Et quand /o Veneur ij-erra aller n:n Cerf le long d'^^n 
grand chemin , ildojt dire, que le Cerf 'va la 'voye : et 
fil le 'veott aller le long des petis fentiers j doyt dirc^ 
que le (jrf'va la route. 

Il y ha au (^i différence entre routes et erres ^ car 
{comme ïay dit) routes fntj petis fentiers , et erres 
fonLj les aUeures par ou ^ne belle "va ^ foit de bon ^ ou 
de "vieux temps. Oj^ant aux brifées elles fepeuuent.» 
nommer bacées ou brifées , lequel qu* on voudra. Jlj ha 
7naniere de les mettre^ ^ car H faut quelle bout rom^ 
pu foit mis par ou entre ^ne befe. 

§Ih and le Veneur nja lancer ^n Cerf y Dain y ou 
Cheureuly et autres femblables y il doyt parler a fon 
Chien en criant y Voylecj, Vajauant^ , co77jme parlant 
enftngulier y et a ^nfeul : mais aux Sanglier s y Ours, 
ef leurs femblables y doit parler en plurier, comme a plu^ 
fleurs y dtfant , Veles-cj, alleZj- ^u^and yn Cerf ment 



I A CLV ES DV FOVILLOVX. 117 

de 'viander es galbages ^ ilejl 'volontiers mouiUé dc^ 
l*ejgail , et nefe hj eut pas mettre^ en fon ItBqiidnc^ 
fefoîtfechc ala chaleur du Soleil , et fe couche commu^ 
nement^fur le ^ventre, en quelejue beau lieu au àej'ccu - 
u?rt , ce lieu Ikfe doit nommer rejfuy , comme dijujit. . 
Voicy ou le Qrf ha fait fon reffay. 

Semblablement les lieux ou les Ce'fz^ , Dair<, •'^ 
ureulx , et leurs femblables fe couchent pour dcr". 
le iour ^ fe dojuent nommer lictT^, repofees , eu cham-^ 
hres: mais ceux des San^àers et leurs femblables je no?n* 
ment bandes. 

<tApres , fî <vn Veneur 'vient^ a faire [on raDport, 
ildojt dire entièrement ce qu'il ha ^eu. Et fil n'ai^ioit 
reueu du Cerf que par pied , et qr^on luy dcmand^^ 
qu3lpiedc*eïi , dijt confronter le pied tel quileïi:, corn-- 
me dfant , Oeft 'vn pied long ou rond, ayant telles 
cognoifanceSyauec tous autres bons fignes q'^*ily pourra 
a%oir njeu : ainfî pourra- il faire des alleures et portées. 
Aîais f d auanture il njojoit le (jrf a "veue , ayant* 
heu le loyfr de le choifer^fi on luy demande quel (jrf 
€e(l , et quelle teHe tl porte , pourra rejhondre , qu'il 
est de tel pelage , brun ou fauue, et tel de cor page aïn^ 
fî qu'd aura veu , portante la te île haute , o-i bafe^ 
ou contrefaiSte , comme elle fera. Et fd'auantHre elle 
efoitfaux-m.trq-^ée, comme fd n'y auoit que fx cors 
d'vn cojte , et fept de l'autre, il doit dire , quil porter 
quatorT^ faux- marque ^ car le plus emporte le mohis. 

H iij 



ii5 VENERIE PAR 

Et fil ^uojoit 'vne belle tefie haute , et greffe de mef 
rain , les andoillers pes ài/u teïl , et bien cheuillée (e- 
Ion fa hauteur , il -pourra dire qu'il forte <i:ne belle te^ 
fte pour tom fignes, bien née , et bien marquée en tom 
pairs : et félon qu'elle fera en la fcmmiîé , pourra dire 
qiiil porte paumeure Jrocheure^ y ou ccuromeure y et 
combien d'effois il portera a ment : et par ainfi le Ve^ 
neurfera fn rapport félon qu'd 'verra lafonnc^ ou la 
fafcn de la tefle. Etfion luj demande fit fe montre^ 
ijieux Cerf parla teïie ^ et a quoy il le ccgnoifi^ pour-- 
ra rejj?ondre ^ quil It^ cognoifi aux meules ^ lifqueUes 
font larges , et fort pierreufes y près dufuc et teïl de la 
teïle : et aufi aux andoillers qui font gros y longs y et 
près de la meule: et tom autres fignes que ïaj declai- 
rez^ cy deuant. Les ergotH^ qpnfont^ derrière le pied 
du Qerf j ou Cheureul y et leurs fembUble s y fe nomment 
os y comjne difantj : Voicj ou le Cerf ou Cheureul ha 
do7iné des os en terre y les ergoîl^ des Sangliers fe^^ dot- 
uent 77ommer gardes, 

o 

fe donneray icy intelligence au Veneur comme il doit 
haut louer les Cc7fz,jflon les flgnes et iugementz^ qu'il 
pourra auoir veuT^ ^remieremtntyfil 'veoit 'vn Qtrf 
n'ajaT^t^gueres lepiedne les alleures bonnes y et qua 
le ^eoir ilneusi porté que fa troifi(fme ou quatrufme 
teïle y il le doit iuger Cerf de dix cors ieunement. A4ais 
filenvojoifvn autre qui eufl les fignes plm gransy 
comme ayant porté fa cinquicfme. fxiefme ,opt> feptiefne 



I A CLV ES D V F O V I L L O V X. 119 

tefie.ii le pourra ui^er (jrfdc dix cors^fam plm , mais 
paj?ê la fepticpne, d le fourra mger Cerf de dix cors, et 
autre s fois les haportez^ : et ai^plus hai4>t qtid pinfz^j 
louer le Q^f, c' eft de le nommer grand 'vïeux Cerf Et 
par a'wfil^^ Veneur fera [es 7'apport^ félon les fignes et 
i'îgementZj qtiil^erra . // en pourra atitant fairc^ des 
Sangliers y car quand ilz^ laifentj les compaignées , et 
quilJ^ demeurent^ tom'feulzs , ilz^fe doyuent nommer 
Sangliers ^venans en leur tiers an, U année après ïlzj fe 
doiaent no?nmer Sangliers en leur tiers an, U autres 
année après , ill^ fe pourront nommer Sangliers en leur 
q%art an chajfahles. Et aupUiS haut qu* on le puiffc^ 
lo'iér 5 cejt .grand vieux Sanglier n'ayant point de re^ 
fus . St le Veneur "vojoit vne trouppe de bejles faunes y 
il doit dire , iaj veu "vne. harde dcj hefies : mais p il 
<vojoit vne trouppc^ de beftes noires ^ doit dire qu'il ha 
veu "vne compagnée de befes noires. 

H iiij 



120 VENERIE PAR 

Comme il faut mettre les rclays > Scia ma- 
nière de relayer 

Chappitre XXX VI IL 




IL F A V T mettre^ les relays félon les faifom ^ et 
couppes des tailles : car au te?nps d'Hjuer quc^ les 
Cerfz^ ont^ la teïle dme^ , ïlz^ fuyuen^t^ les grans 
fortz^ : et au Printemps qu'ilz, ont la tefie molle et en 
fan g y ïlzs fujuerpt^ les petites tailles ^ et les lieux 
les plm foibles qu'îlzj peiment^ tronuer , de peur 



î A Q^V ES DV FOVILLOVX. 121 

de la heurter et blejfer aux branches. Et fonr ce H eft 
requis j mettre des hommes qmfojent^ nourris ala Vé- 
nerie ^ entendant bien leur mefiier ^ et auec eux njn bon 
fiqueur ^ monté fur "vn bon courtaut ^ lequel pqueur 
dojt efirc^ habillé legierement , ayante de bonnes bottes 
et bien hautes ^fa trcmfc^ au coL Fhebm dit qu'il 
doit eflrc^ ^jeïlu de njert pur le Cerf , et de gris pour 
le Sanglier : cela ne fer t fa^ degueres^ t'en remetz^ la cou- 
leur aux fantafes des hommes. Les piqueurs fen doy- 
uent^ aller aufoira la chambre^ de leur maiftrc^ , et 
ftl^ifont au Boy y faut qudz^ aillent^ a la chambre^ 
du grand Veneur j ou defon Lient en an4L>:, fourffauoir 
lefquelzu feront de Li meutte ou durelajs , et auquel 
relajs ilzj doyuentJ aller^ e4 les Chiens quil7^dojuentL> 
mener ^ quelles ajdes et ^ualetT^de^ Chiens iront^ auec 
eux. Ceux d.u relajs dojucnt^ prendre^ 'vn petit bul- 
letin, pour leur fouuenir du nom de leur relajs: puis f en 
retourneront a leur logis peur chercher vneguydc^^ qui 
les j mené le lendemain, ^pr es faut quitl^ regardent 
fi leurs cheuauxfont bienferreZj 3 et bien en conchc^, en 
leur donnant de l'auoine afuffirc^. Q fait, f en ironlj> 
coucher pour fe leuer le lendemain deux heures auant 
tour. Si c'efi en Eflé ^faut qu'ilz^facent abbreuer leurs 
cheuaux , et en Hjuer non : puis les faire bien repaifre, 
cependant que le ^valet de Chiens amènera le relajs, La 
guide efkmt "Venue , il^ defeuneront et difieront tout 
enfemble ^ et au lieu dc^ vifloletauront la bouteille^ 



12 2 VE^ÎERIE PAÎl 

i^lcine dcû07t vin , a tarcon de lafellc^. Et qvt>anâ Ic^ 
îOHY commancera a paroifire , fa'it q!4.ùl^ mcntejpLj a 
Chaînai, ayam auec eux leur gw^de^ relajs^ et tout leur 
équipage^. S'il'X^ veulentj enuojer vn comtant a vn 
autre relays, pourront dire a te^r va et qiid C'en ailles 
a'icc vn de leurs compaimom a vn tel relays. Eux e^ 
jtans arrîuez^ au lieu ou ejl aj^igné leur relays, tlz^ met^ 
tront lô5 Chiens en qud^ue beau lieu, au pied d'vn ar^ 
hre, dejfendant au valet de Ch'mi^s de ne les defcouppler 
qu'Hz: neluy commandent , et quil nty bouge de la , et 
qu'il ne face point de hruyt. aAlorspen doyucnt^ aller 
a trcis ou quatre cens pa^ de la, du coïleoufera la chaf 
fe, et efcouter pilz^ orront^ rien ^ etpourveoir le Cerf, 
car le voyante la, ilz^ /c/ tugeront plus tojimal mené, 
qu'ilX^ne feront^ pas de le veotr auec le hruyt : par ce^ 
quvn Cerf malmené, haiffe volontiers la tefie quand il 
ne vecyt perfonne , en démon flrant fon trauaà , mais 
quand il veoyt t homme, il la haujfe , et fait de grands 
bondzj, ; pour donner a cognoijlrc^ qud cîl fort et vi^^ 
goureux, Lepiqueurfe doyt ejloigner pour vne autres 
rai fon, c*efi qvi^^ les pages et valetT^, qui tienentj les 
cheuaux, mènent^ hruyt, en forte qu'il nc^pourr oit pas: 
ouyr la meute : aufi que les Qerfz^ oyent aucunes- fois 
le hruyt , ou hien ont le vent^ des Chiem , qui les feroit 
retourner, ou coïloyerle relays, ^lui eïl la caufepour-^ 
q'.ioy le piqueur f(L^ doyt tenir a tefcart, pour veoir et 
choifirlc^ Cerf a fon afe : et fil p^^Jf:^ a fon relays. 



lAa.VES DV FOVILLOVX. 123 

floyt bien regarder fil eH haie ^ et mal mené ^ et aufï 
fil orra la chajfe "Venir apcs Ihj. 

Jlmefemhlc^ pour bien prendre le Cerf a force ^ qu'on 
ne le deuroit point relayer qu'on ne 'viïlles Chiens delà 
meute , alors Ion 'verroit bien chaffer ^ et auec ce^ lafor^ 
ce et njîïiejfe des Chiens. oyMais ie 'voj qu autour d' h f/.y 
en ne prend pomty le Cerf comme il mente, par ce quon 
ne donne pas le loifir aux Chuns dc^ chaffer, et n'j en ha 
que deux ou troys qui courent, d! autant^ qu'tlz^fe trou- 
uent^ taniLj d'hommes a cheual , qui ne ffauentjfon- 
neryforhuer, ne piquer, lefquelz^fe méfient^ par-mj les 
Chiens , les croijans , et rompans y tellement^ qud efl 
impoftble qu'ils puiffinL* courir ne chaffer : a ceHc^ 
caufe ic^ dy quejont^ les cheuaux quichaffiritj, et non 
pa.p les Chiens, Je donneraj icy le moyen au 'valet dc^ 
Chiens de lafcher le relajs, quand le Qerf aurapafé. 

Lcvalet doyt mener fcs Chiens hardeT^fur les njo- 
yes , et leur faire^ fuyure troys on quatre pas le droit, 
puis en doyt laijfer aller ^n , et fil 'veoit quîl dreffe^, 
fourra defcouppler Us autres , et former pour Chtem, 
(ar fil laîffott aller fin relays dc^ loing , tl pourroit 
prendre^ le contrepied, quiferott ^ne grande^ fautes, 
fiAutremen'L> file Qerf eïloit accompagné dc^ quelques 
hefies , Ic-j pîqueur qui fera au relays doyt piquer en 
■ tefte.pour ejfayera départir le Qrf et fil Je départ ^ faut 



1,4 VENERIE PAU 



defcouppler les Chiens fur les 'vojcs. Et fi Ic^ fiqueur 
efio'tp au relaysfur le bort d^'vn ejhng , et que le Cerf y 
<vinty il le dojt laijjer baigner afon ajfc^ ^ fam former 
mot :Puis quand li fera forty , faut que le njaletfen ail^ 
/c^ auec les Chiem la ou il fera forty , et defcouppler fcs 
Chiemfur les ^voyes^, commet dejfus , là ou faut qu'il ne 
les abandonne iamaisy fonnaniL> après eux, pourappeller 
de tayde, en brifantj par toutou il en ^erra : afin qut^ 
fi fes Chiens prenoyent^ le change^, et quHlz^fefcartaf 
fent de leurs droites "voyes, de retourner a fa dernière^ 
br fée pour requefier le Cerf Phebus dit qu* il faut re^ 
prendre les Chiens qui vont de forlonge^ derriere^quand 
le Qerfaura paféle relays. o^iais quant a moy iefe^ 
rois du contraire, pour autant que les Chiens le la meu- 
te, qui ont défia couru longuement, maintiene?7/L> mieux 
leurs 'voyes , et ne prenent pa* fl tofile change , que fe-^ 
royent des Chiens fia fchemeit,.- relayè\j fl eïibien 
njray quc^ftl y auoit quelques 'vieux Chiens qui vin- 
fent derrière , b al an ^ ans après la meutc^ , les piqueurs 
ou valetZj de Chiens , qui feront demourez^ derrière^, 
les pourront^ appeller après eux, et la mener au deuant 
de la 7?ieute : ou bien fil y auoit fautes dc^ relays , et 
qu'on vifi q'4c^ le Qerf fen aUaïi en quelque lieu, ou il 
n'y auroit guercs de change, et qudfuïl contrainte dt^ 
retourner fur fes pojs , at^fii quily eu(t de bons Chierps de- 
uant^, qui le ïnaintinfient , alors pourroit on prendre les 
derniers Chiens, et les garder pour fin retour* 

Si 



I A C^V ES DV FOVILLOVX. 125 

Si d'auanîî4re iladuenoiî que Ic^fiqueur^ eflant^ a 
fcn relajs, ^ifi p^Jfet'^n Cerfdc^ dix cors , et quHy 
euft aprcj le (^erf quatre oh cinq Chiem, et qu'driGmjt 
les autres pqueurs, ne leur tromfç^ ,faut bien qu'il re- 
garde^ Ji le (erfefihalé, et quelz, Qoiens fontj qui Ic^ 
chajfent-'fil 'vojoit quc^ Je fùifentj des bons Chiens 
delà m euîc^, gardons mieux le change, le fiqueurdoyt 
fonner four Qhiens , tf.nt^ qu'il pourra , four affeller 
des aydts. Et fi de fortunes il ne ^jenoit perfonne , il 
fe dojî mettre après les Ckuns de la meute , et defcoup^ 
fier fcn relays/fonnantj et huchanL^ toujîours , en iet- 
tant^des brifces par eu il pafera ^ et fur les loyes du 
(erf fl faut bi(n que le piqueurfojtfage a telles cko-- 
[eSj par ce qu'aucunes- fois ilfe peut Uncer quelques au^ 

très (jrfl^ ^ ^'^ff'^J ^ ^^ ^^V^ ^^' ^^ ^^^*'^^ ^ ^ ^^ P^' 

queurs , quipcptrrojent eftre grans Cerfzj ,fe mcntrans 

hale^, et principalement^ quand ilz, ont delà "venaifon. 

jMais fil'voyoit que les bons Chiens de^ la mtute n'y 

fujfentpas , et qu'd n'oidjt point la cha(fe , il ne doyt 

pas relayer, mais feulement regarder le pays qu'il?:, pre- 

tient, et les brifer au bout de fa ^etie , a fin que fdojoit 

la meute en deffaut , deft en aller, et leur dire qu'U ha 

'veu le Cerf qui ha pafé a fonrelajs, lequel eïl fauue, 

ou brun, ainfi qu'il 'voudra nommer, portant ^ne telles 

tellç^. Alors pourront iuger fî c'efl leur Qrf ou non, 

et le pourront aller requefter^ et reprendre^ leurs ^jojes 

a la hrifée^ du pique ur. 



i 



zi^ VENERIE PAR 

Comme le Veneur doyt lancer le Cerf; &:lc 
donner au^ Chiens. 
Chappitrc XXXIX. 




A PRES que le Roy ou Seigneur aura ouy tous la 

rapportZj , et quc^ les reUj s feront^ bien afis , les 

Veneurs et Chiens ayans repeUy celuj qui aura defiour^ 

né le plm ^ieux Cerf , et en la plm belles meutc^y 

foubz^ /c^ rapport duquel /c^ Roy ou Seigneur voudra 

aller courir, dojt prendre^ fin Limier , etfen aHzf de^ 



I A (^ V E s D V F O V î L L O V X . 1:7 

uan/t3 a fa hrtfée, auec fes compagnons ^ et tcm les pi-* 
queurs de U meute: lefquelz^ doyuent auo'ir chafcun ^ne 
bonne ho nf me en la main, que Vhehtis nomme tortonere, 
pour tourner les branches en pîquan^L> par les foït\j la- 
quelle nedojt point eïlre pelée , que le Cerfn'ajt touché 
au boys, mais après qu'il hajrajé.eUe doyt efire peléc^. 
Eux ejkins arriucT^ a la brîféc^ , faut qu'ttX^mettcnt^ 
pied a terre y pour ^eoir quel pied de Cerf c'eîi , quelles 
cognoiffances , et autres iugementz. qutlz^ pourront^ 
auoirparlepied, afn de le recognoiftre par-my le chan-- 
ge. 'Tuis quand le Roy fera arriué , et les Chiens dc^ 
la m.eute , tous les piqueurs fe dojuent ^iflementL> ef 
carter au tour du buyffon , pour'veoir le Cerf, fil efipof 
fblc^^, au partir du lancer, afn de recognoijtre le pela' 
gc^ , et la fafon de la tefte, d/îlors que /c^ Veneur ^ 
qui l'aura deftow^né ,njerratOî'j fes compatgnons au^ 
près de luy , auec les Chiens dc^ la meutes :,fe doyt 
mettre denarpU tous les autres , €^ frapper a routes, 
car l'honneur luy appartient, et puis tous les autres après 
luy, cria;:t , Vojlecy aller, V vay ,am , /é lecj 

parU. yortées, Rohc^,rotte/'li^y ^^ autres termes re- 
r :^ts a la c^^^^n Ce.f, fjjMt entendre deux fecretz^, 
dontt^n e!i,que les y em^ti^ne dojHcntpof tropfairc^ 
efchauffer leurs Chiens a la brifcc^, par ce que leur cha- 
leur les tran/J?arteroit h^rs des erres , et nt^fuj- 
uroientpas Ic^ droit. L'autre fecret eft, quc^ les Qjiens 
de la meute doyuentj fuyurc^ les routes par ou ^a le 



l 



£28 VENERIE PAR 

Cerf, et les Limiers : mais itK^ne doyvtent point appro- 
cher plus près des Limiers ne dos Veneurs ^ qtic^ dejoi- 
xante pas, de peur que file Cerf auojt fait quelques ru-- 
z^es ethouruarizj dedans le fort, qu'tlzj ne romptjfentles 
erres, que les Limiers n'enjfent tenace de retourner pour 
les defmejler et redrefier : par ce que hienfouue:'Vtj Qerfzj 
malicieux y quand ilzjfe veulent mettre a la repoféc^y 
font volontiers des ru\es. Et fi les Qhiem de la meu-' 
te eftojent fi près des Limiers y tlzj romprojent les erres 
et voyes y qui feroit caufç^ que le Veneur ne les pour^ 
roit redrejfer. Et fil aduenoit que /c^ Limier, enfai^ 
fant fa fuyte y fouruojaftles droiBes erres , il faut que 
le Veneur Ic^ retire^, en difa^i^jy Hourua , hourua, et 
qu*îl retourne chercher fon droit. T^uis fd 'veoit que 
fin (hien redrefie fes erres, dojt incontinent le Veneur 
mettre^ le genouil en terre , pour en reueoir parpiedy 
parles portées , ou autres cognoifiances. Et fd en re- 
ueoity et qu'il cognoiffç^ que^ ce foit fon droit , doyt 
crier ethucher fort haut y Vojlecy aller y II dit ^vrajy 
Vojlecj alU ' Q:rf^ ^ -'te %ialet^ rottCy rottcj : et ietter 
vne hrifée^ en ce lieu la. fant^ pour les Veneurs, qui 
viennent après luj , queff-^- monflrer a ceux qn ■ï«. 
mènent^ les Chie- ' d^ la rrsuii y que /c^ Cerf va la, 
€t fi les Chiens dc^ la meutes efloyent^ trop loing dç 
luy, tl doyt crier: ^Approche les Chiem y ou bien fonner 
deux mot?:, de la tromp^y enfaifantdesbnjées hautes 
et baficsypar tout ou tl en verra: afin quefdper doit les 

voyes 



I A q^V ES DV FOVILLOVX. ii^ 

^oyes on errcj, qu tl "vint rechercher fa dernière hriféc^* 
Puis fîlveoit que fin Chien renouuelle Us ^oje4 ^ et 
qu'il commence a approcher près an Cerf y il le dojt tenir 
plus de coîut qiia% parauant , de pe^r que fil Ic^^ lan^ 
foit d' efroy ,qHe [on Chien ne le tran(j)ortajlau ^entfur 
les erres , de forte qu'il n'en peuf ^eoir la repcfée, pour 
en auoir certain ii4ge?nent par iceUe , ou par les foulées. 
QyMaisfi d'auanturc^ il oj oit lancer Ic^ Ofj ^^ f^'^^ 
trouuaf le U5i ou repoféc^ , Une dojt pa^ fonnerf toft 
pour Chiens , mais crier feulemen4L> trojsfois :, Garc^ 
gare, G are gare, Gare gare, et faire fuyure fin Chien 
iufques a ce qu'il en puijfe reueoir a [on aifc^, pour en 
auoir iugement certain par les fuytcs , pre?nier que dz^ 
forhuer. £tfi en fujuantj il trouuoit fes fumées, dojt 
bien regarder f eUes fi niL> femblables a celles qu'il aura 
apportées au matin a tajfemblét^: combien qu aucunes^ 
fois elles fe peuuent • mef-iuger en deux manières , cc^ 
qui n' aduie''VL>pa4 foumri^L» ,fi ceneïiau changements 
desviandiS' Il eïibien ^raj que les fumées du rele^ 
ué du foir ne fonl^ femblables a celles du mMin , que le 
Qerffe retire au fort ponr fe mettre a la repofée, par cc^ 
qu^.^ celles du releuéfont^ plt44 pref ces, plus moulues et 
mieux digérées que celles d% matin : la raifin eïi qu'il 
ha repofé et dormi tout le iour , qui eïl cauf^^ delà di- 
gestion. Et au contraire , celles du matin ne^ fotlL» 
fi bien digérées ne moulues , par ce que toute la nuicl il 
)M*hafaict que courir et trauailler pour chercher a vian^^ 



I30 VÉNERIE PAR 

^er y et n'ha pas heu /o repos ^ nt le loïfir de digérer nt^ 
woiidrt^ fon 'viandy : toutes -foù qu'elles fe doyuenLf 
rejjcmhlcr de former ^fllenjtandy ne les fait mef-iuger^ 
comme t' ay dît. aAutremenLjJlle njeneur trouuoit la 
repoféc^ du (/rf, tl doyt mettre fa face dedans ^ ou /c^» 
àoulx de fa maïn j pourfentirfi elle ejl chaude^ . ^ufi 
le pourra cognoifre afon Qhien quifejfcrcera et double- 
ra fa njoîx : tous ces fignes donneront a entendre^ qu'il 
efi lancé :, et debout. 

Il j ha. des Cerf 7^ qui font^fï malicieux ^ qu*au 
partir de leur lict nefont^ que tournoyer, pour chercher 
le change^ , ou bien ont quelque Brccquard auec eux, 
qui efi la caufe que le teneur ne doyt pas fonner pour 
Qjiens au partir de la repoféc^, mais feulements crier. 
Gare , gare , approche^ les Chiens , et fairc^ fujure^ 
fon Limier fur les erres , enuiron de^ cinquante pa$. 
Q^ais quand il ^erra que le Cerf comm an cent a drejfer 
par les fuy tes , lors qu'il en aura cognoijfanct^ certaine, 
pourra fonner pour Chien^s , en criante ^ Tja hiUaud^fai- 
fant^ fujure fon Limier toufwurs furies erres etfuj- 
tes, crian^:^ etfonnant iufques a cc^ que les Chiens de 
la meute^foyent^ arriuez, a luy , et qu'il "verra qu*ilzj 
commanceront a dreffer, Etfe doyt incontinent méfier 
parmy eux auec que^ fon Limier ,p ourles reficuyr et ef 
chauffer. Fuis quand il 'verra qu'ilz^ ferontj bien, 
ameutez^, courmis bien /o* droit, -pourra fortir du fort. 



I A qjV E s DV FOVILLOVX. i^x 

donnant fon Chien afin valets et monter a Cheud , peu 
aRa?it^ toufymrs au^ deffouhX^dw ^ent^ , conH-oyantj 
la meiitz^, pour leuer les dejfaux. (^^aisfil aduenoit 
cj^'it^ le Q^^f, ^'^ totivnoyar/tjfiir fa mentc^ Par my 
fin fort , eîisl donné le change^ , ilz^ doyHe?pL> tom me^ 
nacer e-t rompre les Chtem, fuis les recoupler, en retour^ 
nant prendre les dernières erres, oh bien chercher la rePo- 
y^o, e^ frapper a route ^ iufiques a ce qtitllajent^ re* 
lance le 'ir (jrf: car Cerfl^malicieux ^volontiers (e iet* 
tentjftir le ^ventre ^ et attendent que les Limiers fiyent 
fur e:^x premier que de partir. 



IS^ VENERIE PAR 

Les ruics&fecretzqucdoyuent fcauoiricspiqiicurs 
pour reprendre le Cerf a force. 
Chappitrc XL, 




A PRES auoir donné tintelligenccj aux Ueneurs 
des mgementZj &t cognotjfance^ du Cerf, et comme 
ilzj fe doyue/^^ gouuerner en leur ejht : t'ay Jernbla- 
hlement^ ^oulu donner a entendre^ aux piqueurs ^ Iç^ 
moyen de prendre le (erf a force ;, t^nt} far le dire des 
bons et anciens Veneurs^ que comme par expérience tau- 



I A CLV ESDV FOVILLOVX. i^^ 

roU peu cognoiHrt^. Et parce qtiauïourahuy il y ha 

tant d'hommes portam la trompe , de laquelle ilzj ;;<o 

feffauent ajder, faifaniLj plus de tort ai/,x Çhïeti^ qut^ 

de plaijïr , d'autan^Lj qn^tl^n'ayment et ri entendent^ 

le meftier, et aufi que ie ^eoy les Princes et Seigneurs 

qui n'y prenentLi pas grand plaifir, ayam les yeux ban- 

deZj des richejfes mondâmes , penfans par icelles rendre 

leur norru et corps vmmortelzj , qui eji la perte de l'ame, 

et ahhremation de lavie,prmcipal bien dn' corps (anf^ 

J! ne les ^eoit on plî4S ^iure et régner fi longuemerit^^ 

' ne de tel plaifir qiiilz^ fatfoyent ancienement du temps 

qvCon enîenâoit refonner les trompes par les fi)refiz^, a^ 

uec nom.brt^ de bouteilles et flaccom ) il mz^Jembloit 

chofe "vame et inutile^ declairer ces matières tcy, n'euïi 

eïlé tefperanceque t'ay aux adolefcens ^ qui me^ eau- 

/o mettre par efcript et articuler tom les fecretz^ de 

la Venerlz^. 

Premièrement^ , il faut que^^ les piqueurs fâchent^ 
qt^Uly ha différence déparier aux Chiens entre la chaf^ 
fedu (jrf a celle du Sanglier : par ce que le (jrffuyt 
etfefloigne deux quand il\fe chajfent, ne fe fiant qu^ 
en fies iamhes^ et ne fie deffiend iamaisfi'iln'eîtfiorcé, a 
ce fie c au fic^ faut parler aux Chiem en hautai?M et refi- 
iotiyjfam cris, tant de la bouche que de la trompe- A4 ais 
aux Sangliers et autres befies mordantes, il fautfiairele 
contraire j d'autant^ que ce fionLj befies pefiantes , qui ne 



1 ; 4 VENERIE PAR 

fcmie>pt^fi4yr ne pcfioigner des Chiens, fefiam en leurs 
denîX^et dejfenfes, (iA telzj ^.nimaux tleji requis de far^ 
1er aux Chiens en crys et [cm de trompes rudes etftm- 
eux, afin de les faire mconiinent fujr. Etfe [ut tenir 
toiifours près des Chiens , menant grand hrujt , de peur 
qu'il?:, les tuen-L, ou blejfent, ^l^anr aux Cerf 7^ et au^ 
très beftes légères , les piqueurs dojuent tcufours fuj^ 
ure les Chiens par la menées ou tlT^ njcnt.fam fefcar-- 
ter ne croifer, de peur de lancer le change, et pourrele^ 
uer les deffaux, n' approchant delà meute de plus près 
que de cinquante pas, principalement at^ partir du def- 
couple , et des Chiens fraifchement relayezj: car fîlç_j 
Qrf faifoit des ruz^es ou houruarù ^ et que les piqueurs 
preffaffenî les Qjiens ^ ilz, romproyent les erres ou njoyes 
du (erf, et ferojentj outrepaffer les Chiem , quiferoit 
^ne grand" faute, (^lais fi les piqueurs 'voyaient que 
le Qerfeusl couru 'vne heure ou plus ^ et qu'ildreffaB, en 
fejloignant de fa meute^ , pour fe forpaifcr, les Chiens 
ejkins bien ameutez^ fur les erres , alors pourront ap- 
procher deplm près qu'auparauaniL>, en formant delà 
trompe^ trois motX^a chafcune fois. T^lus^faut enten-- 
dre que quand le Qerf fe veoit cbafé des Chiens , il fe 
dejfait d'eux , et leur donne le change en plufieurs ma-- 
nier es , car il 'va chercher les befies a leurs repofées , et 
les boute et fait ^valoir deuant> eux^, puis fe iette furie 
n) entre en leur liB , et laiffe paffer les Chiens outrer, 
lefquelz^ n'en peuuent^ auoir Ic^ ^ent ne fentiment^y 



lACLYES DV FOVILLOVX. 135 

a caiife qPJtl met les quatre piedz^foubzjfin 'ventre, et 
afjfirefon haleine en lajraifcheure-t humiâité delà terre: 
tellement que ïaj njeu^htfieurs-fois les Chiem pajfer a 
'vn pas près de luy fans en atioir le ^ent j ne lefentïr au* 
cunement. Et ha ceïle malice d.e nature^ qu'il cognoiïl 
que les Chiens ont^ plm grand fentiment de fin ha^. 
leine , et de fis pied.z^, qu'ilT^ n'ontj du reïle dc^fion 
corps. Et efia7^tL> airifi, il attendra les piqueurs a fai^ 
re marcher les cheuaux fur luy pre?uier que départir- 
^lui eft la raifon pourquoj ilz^ doyuentj toufioars hrifer 
avtx entrées desfortz^, par ou le (erfpaffera , afin qu^^ 
fil donnait le change, de retourner incontmen4L> chercher 
fis dernières erres ethnfées , par- ce quilzj ne pourront 
faillir de le relancer, en retourna'^^^ là auec le Limier, 
ou auec les "vieux Chiens fages de la meute , aufquelzj 
ilzjfi dojuerpt^ fier- Car ^volontiers Chiens bien drefi 
fez^ , et qui gardent le change ,fi le Qerf fi lance et bou- 
te deuan/U eux , il?:, ne formeront mot : mais fil j auojt 
quelques ieunes Qhiem folzj , tlz^ efforceront^ leurs ^oix, 
&t renouuellerontj^ le change . 71 faut bien quen telles 
chofesles piqueurs fijentij fages , et qn' itl^nef arrefient 
point aux ieunes Chiens , fd?ii nentend^ent les ^leux 
par-my eux. Et fil?:j fontLj deux piqueurs enfcmble, 
t'vn les doyt aller menacer et rompre^ , l'autre^ les 
dojt appeller au lieu ou feïifaiB: le dejfault , et fou- 
ler fortj en les appellantet refîoujjfant iufjues a ce qu'il 

f tiij 



b 



iS6 VENERIE PAR 

ajt relancé fon Cerf. Et filoujoit quelqu^'vn de fcs 
"vieux Chiens fages qui fonnaji, faut qu'il aille a luj, et 
mettre l'œil a terre y four rcueoirfi cefi fon Cerf S'il 
cognoifi quc^ ce foitluj , faut quîl Jonnc^ trois motZj 
de^ fa trompe^ y en criante et nommante /o Chien y 
Voylecj aller y II dit n)ray y J^ojlecy aller le Cerf Les 
autres fiqueurs doyuent^ menacer les Chiens y et les 
faire aller a luj. Et a ceïle heure la pourront^ renou - 
ueller les erres y ou le relancer. Fins : le Cerf donne Ic^ 
change en ^ne autre manière y car foudain qu'il njeojt 
que les Chiens le chaffent y et qu'il ne fe peut dejfairc^ 
d'eux y H "va de fort en fort chercher les hefies y et les 
met dehout y f' accompaïgnaTvLj auec elles y et lesemme-- 
ne et fait fujr auec luj y fans les vouloir laijfer y au-* 
cunes-fois l'ej^ace d'^vne^ heure ou plus y puis fil fL^ 
'veoit fuiuy et mal mené y il les abandonnera y et fera 
fa ru\e 'volontiers en quelque grand chemin ou ruyf- 
feau y lefquels il fujura longuement y tant^ quil aura 
la for c^^, T^uis quand il fe ^ erra efloigné et forlongé 
des Chiens y fera de grandes ruT^s pour fe de-ffatrc^ 
d'euXyfe iettantfur le ^ventre en quelque lieu fur la ter^ 
rCy ou bien en l'eau y cachant fes ptedz^foub^lujy en afhi^ 
rant et prenant fon haleine contre la terre yComme l'aj dit 
cj dejfus '.ficeït en l'eau y il ajpirera femblablement^ en 
îccUç^y tellement^ que de tout fon corps neparoifrafeu* 
lemen^tj que le bout du neT^y en forte quc^ les Chiens 
pajferonlL> fur luy auantj quen auoir fentimcntj, -, 



I A QJV E s DV FOVILLOVX. 137 

§lu^and les pquems ^errontj toutes ces chcf&s ilz^ 
doyuent regarder , quand le Cerf fera accompagné^ et 
qutlfuyra auec des befies^aux hom Chie?is de lameute, 
et flm feurs four le change^ y leJquelT^ chajferontj en 
crainte^ ^ ce que les teunes ne^ feront^ foî , et nc^fc^ 
dojuent amufer a eux ^ mais bien aux n)ïeuX:,aufqueïl 
ïl?i,fedojuenLi toujlûurs jier ^ enles faifan4L> chajfer en 
crainte , fe - tenans près d'eux four leur fecounr et aj^ 
der y ayans la maïn pleine^ de brifées ^ lefquelles îlz> 
doyuetpLj ietter en terrc^ par tout ou ilzo 'verront du 
Qerf Et fl de fortune^ les Chiens tombent^» en défaut, 
ou bien qutlz^ 'viffent qu'iï\^ fe departijfent en deux ou 
trojs meutes , il7 pourront^ prefumer en eux-mefmes 
que le change fefeparc^ , et que le Qrf tabbandonne, 
yllors pilz^'voy oient quelques ^vns des ieunes Chiens 
folz, qui dreffajfent^ , et que les 'vieux fages n'y f^ff^^t: 
point yilz^ne fy doyuentj pa^jier , mais faut quiizj 
regardent en quel lieu les* bons et feurs drefferont^y 
et aller a eux y mettante tœil en terrc^. Et fil?:^ co- 
gnoiJfenL} que cefoit leur droit qui foit fep are du chan^ 
ge ,faut qu'il?:, iettenL- leurs brifées en fonnant dc^ la 
trompe^ y en criant y Voylecy fuyant y 11 dit ^rayy en 
nommant les Chiens qui dreferont y et ameutera eux. 
Tlm y faut entendre quc^ les Chiens ne courent pas fi 
bien dedans les chemins y et n'y ontj pas fi grand fenti- 
^nent commç^ ilzj ont^ ailleurs y pour beaucoup de rai- 
fons : qui font y que dedans les 'voyes et chemins toutes 



138 VENERIEPAR 

efpeces d'animaidxy pajfent^ incejfammep^tj , qui met- 
tent la terre en foudre auec les piedi, de telle forte que 
files Chiem y mettent^ les naz^eaux pour ajfmtir Ja 
poudre entre deda?is ^ qui les eftouppe y etofie le fentt- 
menLy ^ et aufi la véhémente chaleur du Soled qui 
donne incejfamment dejfus ,oJle l'humidité et fraifchevir, 
défie chant la poudre y deteUefiorte^quela ou /<o Cerfi 
pafifcy la poudre coule, et couure fioudainement la marche 
du pied la ou touche t ongle, qui ell tout lefientiment que 
les Qhiem peuuent auoir dedans les ^ojes et chemins, 
d'autant quil nj ha ne bois ni herbes ou le Q^^fi p^ijfc^ 
toucher des ïambes ne du corps , et y ha tan4Lj d'autres 
raifions.que ie laifife a caufie de brefiueté, qui empefichent 
le fientimentLi des Qhiens es Chemim. En teïl^ lieux les 
Cerfiz^ont la malice défaire leurs ruz,es et houruanz^, 
ou bienfiuyuentj longuement ces grans chemins pour 
fie dejfatre des Chiens , ayans cefte finejfe et cognoijf an- 
ce donnée de nature , qu'il^ penfient que les Chiens n'- 
ajent pas là fit grand fientiment qu ailleurs. T^ar la pou- 
uom cognoifitre que nature donne a chaficun cognoijfan- 
ce defion contraire ^ et fie fiauuer. 

^luandles piqueurs fie trouuerontj a telz^ endroitZj 
en dejfaut, doiuen-L^ mettre^ tœden terre pour 'veoir fi 
le Cerfi ha point fait de ruz^es et houruariz^. Et fi da- 
uanture ilt^ <vojotent^ quil fiuH allé et 'venu fiurluy ," 
Hz., dojue?pLj crier a leurs Chiens, Voilecj houruarj, et 



I A Q^V ES DV FOVILLOVX. i^.rj 

dejfaire la ruz^e a tœil , et leur ajder tot^Jîours iufques 
a ce quilT^ ayent trouvé la fortie des erres par ou flen^ 
tre dedans le fort , en les faifa7itj> requefier par les co- 
fieZj des vojes et chemins, et non par le dedans, car ïïl 
•y auront^^ beaucoup plus defentimcnt^ j et ne leur fur- 
allerontj pasftoji qu'ilzj ferojcnt dedans les chemins , 
par ce qu'il y ha des hobes , des boys , et autres chofcs 
qui gardent la fraifcheur et humidité de la terrt^, et 
aufi que le Cerfj touche^ des ïambes et du corps , tel^ 
lement que les Chiens en pcuuent auoïr plus grand fen- 
tïment. Et faut que les piqueurs ietteri/tj des brifées 
par tout ou ilT^ n; errent ,faifantrequejîer leurs Qhiens^ 
en les refwiijfant , et fe courante le mieux quilT^pour- 
ront, 6t fi quelqu'vn des Chiens droiffe , dojuent aller 
a luy et regarder que ceïi : puis filz^ 'veoje?îtj que ce 
[oit le droit filz^ funneront et ameptteronL> les autres^ 
en nommant le Chien , ha Cleraud, ou ha a^Iirault, 
amme l'aj dit cy de fus. 

^ufi il adulent aucune s foù que les Qtrfz^pafent^ . 
au trauers des brûlis , la ou les Chiens n'en peuuent a- 
uoirfentiment , par ce que la fenteur du feu eft plus 
grande que celle du Cerf- en telzj endroitz^ les piqueurs 
doiuent regarder quaîid le Qerf entre dedans , dc^ quel 
coïîé il ha la tester tournée^ , et poujfer toufiours 
leurs Chiens outrer , fans s'arreBer , puis quand il'^ 
feront pafe\ outre les brûlis , faut quflKj facent reque- 
lier leurs Qhiens ^ en parlant a eux , et n*eft pofiblc^ 



I40 VENERIE PAR 

qt4^ïlz^neles redrejfent aïnjî ^ oh bien en prenant leurs 
cernes au tour j par lej jraifcheurs. T^lm fil adulent 
qu'vn Qerf fe forpaifaji dedans les campagnes , et que 
cefuft entre le midj , et les troys heures ,fi les piqueurs 
<voy oient que les Chiens fujfent hors d^ haleine , ilX^ nt^ 
les doyuent pasprejfer , mais les refioujr feulements le 
plm quilzo pourront. Et s'Hk, 'vojotent que les bons 
ne fonnafent et n'appellafent point fur les erres , et 
qu'ils ne fijfent feulement que branler la queue , îlz^ 
ne s* en dojuent pas esionner y carilzjpourroyent faire 
cela a caufc^ de la grand' chaleur , ou bien ferojentj> 
hors d'haleine . T^our telle chofe ne dojuent lai fer a 
les fuyure tant quilz^pourrontj aller f fans les prefer^ 
comme ïaj dit : puis filz^ cognoifent que les Chiens ne 
puifentplus aller .faut qufïl^ iettent 'vne brifée aux 
dernières erres quilT^ auront ^euès , et mener les 
Chiens refraifchir en quelque village , en léUr donnan^L» 
du pain et de le au : ou bien fe mettre fouhT^ quelque^ 
arbre attendant la grandJ chaleur a pajfer , et fonner 
de la trompe^ parfît , pour appeller les ^valetz^ de Li- 
miers . et autres aydes, T^uis quand il^ verront quil 
fera furies trois heures . doiuent aller a leur brifée re- 
prendre leurs dernières "voyes ou erres. Et fil y ha ^n 
njalet de Limier auec eux . faut quil fe ?nette deuant 
auecfon ^hien . en le refioityjfant et parlant a luyjans 
aiioir crainte de le faire fonner et appeller fur les erres j 
car les autres Qhiens d^^ la meute toyans fonner et 

appellery 



lACLVES DV FOVILLOVX. i^i 

appeller , fourrent redre/er leurs de faux. ^Infi dot- 
uent'îlzj aller tretttds requell^^.ns et fourchaJTam mC- 
ques a ce quil^taj entrelancé. Il faut encores entendre 
qu'alors que le Cerf efi las et mal mené :, fon dernier re- 
fuge eH a te au y et defcend communément fins toïl a 
*val le cours desriuieres , qu'il ne monter en contre- 
mont , et frïncifalejnentfi le cours en eïlroidc^. Au fi 
qu'il ha bien cefie cognotffance , que les Chiens auroïent 
plus grand fentiment de luj en montante contre l'eau, 
qu'ils, n'aurojentpas en défendant , d'autant que Ic^ 
cours leur emporteroit toufours lafenteur, et aufi qu'il 
trauaiUe beaucoup plus a nager contre l'eau qu'il ne fait 
pas de défendre a <val Et deuezjffauoir quefinjn Qerf 
ha couru longuement , et qu'il ^vienne a rencontrer ^ne 
riuiere , ilfe mettra dedans , nageant parle milieu d'i- 
celle j etfe donnera garde le plus qu'il pourra de toucher 
aux branches , ou autres chofes , quiferontL^ des deux 
cofie\ de l'eau , de peur que les Chiens y prenent fenti- 
ment de luy : fujuantLj longuement la rimere fam [or- 
tir de dedans , s' il ne trouue quelque tronce^ de boys 
au trauers , ou autre chofc^, qui tcmpefche de pajfer, 
alors il eft contraint d' en forttr. Il faut qu'en telXjieux 
les piqueurs yfojentfages , et qu'ils leîtent. njne bri- 
fée a l'entrée de l'eau , regardant de quelcofé /o Cerf 
aura la teftc^ tournée : cequ'ilz, pourront.» coo^noiftre 
et ^eoir par les fuy tes , ou a leurs Chwu, lefquelz. ilz. 
I ■ dojuent faire entrer et nager en l'eau, qui en pourront 



142 VENERIEPÀR 

prendre fenîimc/i^Lj aux ioncZj &t herbes qm feront de-- 
darî^s , oti bien eux-mefmes le pourront^ cognoiflre aux 
lieux les plus fommes de la rimere ou le Qerf auroit pap- 
fe\qui pourrait auoir troublé l eau enpajfant ^ ou tourné 
les herbes, et autres chofes. Lors qud'^ auront certains 
iugementZj de quelle part de la rtuiere le Qerf 'va ^ //7 
doiuent appeller leurs Qhiens hors d'icelle^de peurqu*il7 
fegafient et refroidifent : et s* Hz^ font trois piqueurs 
enfemble^ ^ deuxfe doiuent mettre^ aux deux coïiez^ 
de la riuiere , t autre s'en doit aller g-ai^ner le deuantL» 
au long du coïlé que le Qerf aura la tefie tournée^, pour 
^'eoirfd le 'verra nageant ^ ou autrement. Les deux 
qui feront demoureT^aux co^teT^dela riuiere ^ doiuent; 
faire requeïier leur s Qhiens de cbafcunfon coïiéy et affeT^ 
loing de i eau , car il'7^ auront plus grand fentiment a 
njingt ou a trente pas près , quùlz^ n*auroyent pa^ fur 
le bord d'tcelie. La raifon efi , quand le Qerf fort dc^ 
l'eau il en e[i tout couuert et chargé , parce que le poil 
qui eït creux fç^ remplif d'eau , et alors qud fort , il 
f(L^fecoue volontiers, et la fait tomber le long des iam-^ 
h es en la former du pied , tellement que les erres fonùj 
fi elauées et moUiUées que les Chiens n'en pourrojent^ 
auoir aucun fentiment, s^^ais a dix ou douXe pas loing 
du bord , il^ en pourront^ reprendre et ajfentirplm ai-* 
fémcnt, par ce que l'eau fera tombée, Tout es fois les pi-- 
queursfe dojuent touft ours tenir près de la riuiere , car 
aucunes- fois le Qe>f fe cache tout Àedam l'eau , comme 



l 



I A CLV ES DV FOVILLOVX. 143 

i'aj dit cj dep^y et fourroîtfiuuent demeurer en quel- 
que brofe de wncs oh défailles ^ de telle Jorte quilT^lç^ 
laîjferoyent derrière eux , et quand tlz^feroyent outre- 
pajfe^j il pourrait fortir de teaii y etf'en reîotirner fur 
l&s erres par ou il ferait 'Venu: car communément tl ha 
cefe malice de laîjferpajferles Chie?2J etpiqueurs , puis 
quand il les'veait pafeZj^fe defrobhe d'eux j et feu 
retourne par ou ileft 'venu, codais telles chofesn'arn- 
tient pasfouuent yf cen'efioit que les rmiercj fu^ent^ 
couuertej dc^ hojs ^ et près des foreftz^, oyJ ccfle eau- 
fe ileft requis quilj ajt quelqu'un des piqueurs ay^ 
ant toufiaurs l'œil en teau, et quc^ les autres facent re^ 
que Her leurs Chiens a doul^ pas près y et faut qu'ilzj 
aillent tam enfemhlt^ ^infitout du long^ tuf que s ace 
qu'ilz, ayent trotiué lafortie ^ et conirr.e ïay dit cj def 
fuSyf'ilX^ trouuent quelque trcnce dehojs ou efclufe de 
moulin ^ doyuent bien regarder aux houtz^: car commu^ 
nementles Cerfz. f aillent plm îof en telz, endroitz^ qu- 
mlleurs.et princtpaUement quand ilxj fe forp ai fent, d'- 
autant qu'ilz, fuiuent plus longuement les eaux ^ fc^ 
lojans forpaifeT^y qu'autrement : au fi qu'Hzj n'ont 
plus défiance en leurs iamhes.ne de fort?:, pour leur ca- 
cher y dont alors font ccntraintz^ de fujurc^ les eaux, 
^lîisfaut entendre quilj ha deux manières de ventz,^, 
que nous appelions Galerne et Hautain y autrement 
nommeT^vent de Nort y et de A4idj, lefquelz^le Cerf 
craint gr an demeiityCar quand il fort des fore fz^ et qu'il 



I 



144 VENERIE PAR 

fe fortpaifepar les campaignes ^Jîl'qjn d'îceux ventT. 
regnc^ , il nefuyt iamais la tejie tournée dedans ^ mais 
fait au contraire^ y car il luy tourne le cul ^ etfuyt a 
'val. Ce qutl fait pour beaucoup de raifons , dont la 
première efi^que It^ "vent de G alerne efl arre et froid, 
defechant grandement, et ccluj d Hautain eïi chaut et 
corrompu , pource qu'ilpafefouhl^ la région du Soleil, 
lequel le putréfie et corrompt a caufe de fa chaleur ^ Et 
Jï dauanturc^ le Qerf fujoït la gueule dedans i'vn di^ 
ceux 'ventZj , il taltereroit , et luy defecheroit grande^ 
ment la gueule^ ^ et la langue^ : ct^ aufi que ces ^ent7 
font communément grandzj et tempefiueuK : et fil fuy - 
oit la tefle dedans ,fes cors feroyent "Voile , qui luy por- 
teroit grande nuyfance a courir. Et le fait encores pour 
njne autre rai fou , c'esi quil ha bien cognoijfance qut^ 
fil fuy oit dedans le "vent , les Chiem auroyent le fen^ 
timent de luy, fans mettre^ le nez^ a terres , et aufi 
qu'il njeut auoir toufiours touyr de la 'voix des Chiens, 
Combien que Thebm die que les (erfzj fuyent commu^ 
nement a 'val tous les 'ventz^ , fi eïl- ce que i'ay <veu le 
contraire par expérience ,principalemeyit quand le "vent 
de Q^Mer règne , lequel eïl humide , dz^ 'VonL^plm toft 
le neX dedans, qu autrement, allais quant au *vent 
de Galerne et Hautain , queiay mentionnez^ cy dejfus, 
il efl certain qu'ilT^ font crains et redoutez^ des Cerfz^, 
et de tous autres animaux , mefmes des Chiens , lef 
quelzj ne veulent chafer quand ilzj régnent. Outrer, 

fapit entendre 



lAQVES DV VOVlllOVV:. 145 

faut entendre que le Qerffe forpaife pour beaucoup de 
r uif on s ^principalement en Aunl et en A4aj, qu'il h a 
la te fie molle ^ et en fang .-par-cç^ quefilùs Chiens le 
chajfent^ Hnofe fujrpa r les for fX^ de peur de heurter 
ethlefierfa tefie aux branches ^alors efi contraint d' en 
fortiry etfuyraupays cler pour fejloigner d'eux et 
fairc^^fes ruz^es : oubien le Cerf abandonne les fortX^ 
pournjne autrc^- raifon^ laquelle^ efi ^ qu alors quil 
fujt dedans le fort ilfe trauaillc^ et lajfe a brofierle 
bojs, ne fe pouuant ejlcigner de^ Chiens ^ ne faire fes 
ruXes ydJ auta7i^t^ quHlKontplus d' auantagc^ a couru 
par dejfoubz^le bojs^ que n' h a pas le Qerf a jaillir ^ ou 
abrofi er au trauers : acefiecaufèilefi contraint de 
Jortirauxfufiajes y oupajs cler ^ la ou il faut que l&. 
Fiqueursfojent bunfages : car il donnera plus tofi U 
change enpajsfojble que fort : parce que les Chiens 
ont^ tejpace de leur ejlargir, et efcarterd'^vn cofié et 
d'autre y en courante de grande chaleur et ^^tfi'ejfe^ : 
et alors pourrojenLj outrepafi[er les routes , filz^ e- 
fiojentjpreJjeX^desT^iqueurs , oubien bouterojent^ 
le change ^ ce quily ne ferojent^ pas fi ajfement^ de- 
dam les fortz^ , parce quillfujuent^ toufiours la 
routc^ et men /c^' par ou le Cerf ^a ^ et nefe^peu- 
uentL^ € [aster dJi)n cofié ne d'autre^ ^ car ilz^ont peur 
de perde les erres par ou le Q^^f fujt, ^lui efi la 

caufç^ pourquoy onfc^ dojtplus tofi donner garder 
du change^ dedans lesfufiajes ^ que dedans les tail- 

. K 



151 VENERIE PAR 

les, daumntj que les Chiens le font 'valoir, et le tranf- 
fortentplm toji en telz^ lieux qu aux foril: au^i qte 
le Cerf fejloigne^ et fujt mieux dedans les fujtayes, 
et ha fins grand lojjlr de chercher le change^ , et faire 
fesruXes ethouruariz^, que non pas au fortvajs. Le 
Cerf feforpaïfe encores en "vne autre manière ,c eft 
quand il fe "veoit pourchafSé et vrej^é des Chiem , et 
qu'ilcognoifl q'Mrien neluy 'vaut : a l'heurta ^(/^^~ 
ftonnc^,et pertfon ef^rit, ne fâchant vlm ouildojt 
aller : alors entreprend les camuagnes , gaffant par les 
"villages et autres lieux . En telle chofc^ le^ Piqueurs 
fe doyuent^ approcher près de leurs Chiens, etj'ill^es 
voyentLf tomber en dejfaiit , ne doyiient^ iamais re- 
tourner en arrière^ pour le de ff aire ^mais Pouffer ton f- 
tours les Chiens outre : car lamais Ce'fmal mené, qui 
fe for^aïfe^^, ne fait de houruaryfur luy, mais paffe 
toufours outre tant quil aura force , fi ce nejtoit qu'il 
eujile vent de quelque eau , alors fe pourroit de four- 
nerpoury aller, autrement non . // efi bien vray que 
filentreprenoitles campagne s, pour les raifons cy deC- 
fus mentionnéùs ,fans ^efcre malmené, il pourr oit faire 
des ruXes &t: houruariZs : mais fil efott malmené, non: 
fi ce nëjtoyt qu'ilfe voulufv letterfur le ventre , alors 
pourr oit faire quelque petite ruz^e pour demowrer, 

Plm, il faut entendre qu'il y ha grande différence 
de de ff aire les ruz^es entre les for eftzi, et les campa- 
gnes, parce que dedans les forefvz,il faut faire les cer-^ 



'lAQyES DV FOVILLOVX. ij^ 

nt5 fhis fres de la menée ou le Qerf aura fait fa ruz^e, 
etles f lus efiroitz^qu on fourra :â'auta?iT^que files 
Ptqueursprenojentles cernes ^rans et larges, tlz. four- 
rojeyit^trouuerdu change, lequel fe fer oit valoir de- 
UcrMles Chiens, qui leur fer oit ^'n grand ennuj. Mais 
au^ campagnes ,il^peuuêt prendre leurs cernes grans 
et larges , fans auoir crainte du change, par lesfiaif 
cheurs et lieux plus commodes pour eux, et ou les 
Chiens en pourront auoir plus grand fentimet : par-ce 
que dedans les gueretz^, et lieux fecz^et arides, les 
Chiens ne cujderont pas redrejfer, a caufe de la pou- 
dre qui efi dedans, laquelle leur entreroit es naseaux, 
es de la chaleur du Soleil, qui auroit defeché U ofé 
l'humidité de la terre : aufi quHln'j ha herbe ny autre 
chofe ou le Qrfeuft touché, par ou les Chiens enpeuf 
fent auoirfentiment . ^i efi la caufe pour quoj les 
Pîqueurs dojuent prendre leurs cernes par lepajsle 
plmfratX^ et le plus couuert, ou la terre aurait gardé 
fa Jrafcheur, Et filz^ ne le pomojent redrejfer au 
premier cerne, ilzj en dojuent faire ^n autre plus grad, 
etfd\np le trouuojentfortj ne de Nn ne de t autre, 
ilz^pourrcnt prefumerquilfera demeuré en leur en- 
ceiniie, ou bien qu'il aura fait ^n houruarjfurluy. 
A l'heure dojuent ramener leurs Chiens au comman- 
cément de leur défaut, et les mettre^ fur la menées 
et erre s par ou ill^font ^enuK.,lesfaifant. re que fier, 
enparlar]4:^ a eux, ^t les refoujffa?^t^ ,tant de la bou- 

K i) 



ijo VENERIE PAR 

autre manière^ ^ c'efi qu'il aura la gueule noire et fe-^ 
chc^y fans efcumc^y et la langue retirée au dedans. 
Ouhien le pourront cognoijlre par le pied y afes fuj^ 
tes y car bien fouuent^ il fermera l' onglc^ y comme fil 
alloit d'afeurancc^ ^ puis tout foudatn il f efforcera, 
et l ouunra ^faifaniL> de grandes gltjfées^ donnant des 
os en terre le plujfouuentj , et fuyura communément 
les routes et chemins Jkns ruT^rque bien peu : que fil 
^ient-> a rencontrer quelque haye^ oufofé^ tljra du 
long pour cercher'vnefortie a pajfer, par-ce^ qu*tl n'^» 
aura pas la forcer et ^vigueur de faillir ^ et fauter par 
dejfm . Tous cesfgnes donneront^ a cognoifirc^ aux 
Tiqueurs que le Cerffe n;eut rendre^ ^ et qu'il ejt mal 



mené. 



le mettrajfn a ceprefent^ chapitre ^priant^ les Pi-' 
queurs et cognoijfeurs m'excufer^fii'ay obmis ou de^ 
laifé quelque chofc^^ parce queie ne puis pas fi bien 
mettre par efcrit t exécution de mon efprit, qneiefe^ 
yojsfi i*efiois al'œuure^ d'autant que tefiat requiert 
quc^ les Fiqueursj foyent^ fm .fubtilzjyet foupfon^ 
neux, et qu'ilz^fe^gouuernentj félon ce qu'ilzj'ver^ 
ronLj deuant eux^prefumans la malice^ et force des 
(erfzj : enfemble la bonté et ^vigueur de leurs Chiens , 
et félon quilzj^erront faire les ruT^ et houruarizj.et 
les lieux ou elles feront^ faites . 6t au fit fe dojuent 
gouuerner^et faire leurs cernes grans oupetisjongs ois 
efroim^ félon la commodité des lieux ^ etlç^ temps 



lAQVES DV FOVILLOVX. 151 

qu'il fera et lafaifon : car aux chaleurs , et au ternes 
des feurs ^ que les herbes ontfenteur^ les Chiens fur^ 
allentflus toji les befies qu'en autre faïfon . En tel 
ternes et lieux il ejt befoing défaire les cernes grans ^et 
par plujleurs fois :, e,n cherchant les lieux faizj et com- 
modes four lefentiment des Chiens : et par ainji il efi 
fort malaifé quele Qerffe defrobe à^'vn bon Fiqueur, 
et pénible^ fi ce n'eji par la faute des Chiens . Et en-^ 
cores que les Chiens abandonnaffentj le Cerf, a eau- 
yo de la nujt , qui les pourroit furprendrc^ ^ ou 
bien qu*ilz^fuj[entjlaset haraffeZj^fi ef-ce^ quele 
Eiqueur ne fe dojt eftonner , mais faut qu*il brifefes 
dernier es^oy es ou erres four le retourner chercher^ 
requérir^ trouuer^ et prendre le lendemain* 

Comme il faut que les Piqueurs fonnent de la Trompe^ 
&: parlent aux ChienS; pour le Cerf. 
Chappitre XL L 



Kiiîj 



If i 



VlNERîE 



P AB 




a; 



V- 1 o V R- D H V Y : 'ilj ha -peu d'hommes quifa^ 
chent^ bien fohner delà trompe, et parler aux 
Chiens en cris et langages vlai fans .comme faifojentj 
les anciens : car a prefent^ le "veoy qnc^ les Piqt4^eiirs 
nc^ prenent pas grand plaifir a "veoir cbunr .nefairç^ 
chajfer et requejler les Chiens : mais feulemerpL> lenr 
fujifl de 'veoir prendre et mourir 'Vn Cerf , pour auoir 
la bonnes gracc^ dc^ leurmaifrc^'.et fairc^ leur 
proft : et dejlors qu'il eft lancé, nen défirent que la 



tAQVES DV FOVILLOVX. i^ 

Curée. Ce que ne faïfojentles anciens : lefqi4elX^fe 
deleBojenP ^ et prenoyentplaijtr a bienfarler et con- 
duire les Chiens ^ comme récite Fhebm^ qui loue gran- 
dement le duc d'^Alanfon^ tfuet de Nantes ^ ^/ /c^ 
fire de (^lommorançy : lefquelz, efioient oujs &t en- 
ten dus fur tom a utres . Or ap res auoir entendu et 
tractiqué quelque peu de leurjijle defonner \ et ma- 
nière déparier , crier ^ et hucher de la 'voix : t'aj bien 
*voulu icj en noter et mètre par efcnt quelque chofc^ 
félon l'intelligence de mon ejfnt. 

Comme il faut Tonner de la Trompe:,& houpper de la 
voix, pour s appeller IVn l'autre quand on eil a la. 

IT^x^^ ■ ^'^ ^^ Ghappitre XLIL \ 

>^ELVY qui'Voudra, 

\^^ efian^t^ a la chaJJ} ;, - : | ::^~=:=ig ^ziziziinz: 

tk "t^ppeller fon com- R"-^ ■ — if ^— ^ .-^-— 

pagnon auecfa Trompe Tran. ' • 

doyffonner ^n mot lonT 

amf. 

Les autres luy doyuent 

reJj)ondre en mefme fon y^£i?::^::m:z:=:rrrrrr:z:: 
auec leur Trompe , en §zi:i:z::;z:~i:n~::r:::-: 
cefte manière, commz^ 
amfl. 



'i w*s ■* vlL 



Tran. 






PAR 



4^ 

-_JL_, 






154 VENERIE 

£t lors qid^'tlj^auront re- 
Jpondti , tl doit reâoMer \ 
deuxfojs de fa Trompa 
en cefie forte, q-^an Iran. 

Semhlahlement celuy qui voudra : • -^5^^^^^- 

hoi4'pper,et appeler fon compagnon p-£i:r:~ii:i:~ 
de la "VOIX , dotthoHpper "vn mot Houp. 

hïenlong^aïnfiy 

Stftlrejpond, ildoitrejpon- 
dre en mefme 'voïx longue^ . 

Vuis celuy qui ^voudra rap- :i:z^ziE^^~3:~ 
peler , redoublera fa "uoix en "' 7r ' 

houppant en cejie manière, 



^oup Hoiip. 



. : Vojla comme les Veneurs et liqueurs fe dojuent 
appeler les "vnsles autres , tant de la T'rompe que de 
la 'VOIX, 

Et note Zi que tant pour f appeler t un l'autre delà 
Trompe, que fonner pour Chiens, il enfautfonner d% 
grejle: car en toute chofepour la chaffe du Qerf on ne 
doit point fonner du gros de la T^rompç^, 



Comme il faut fonner de la Trompe pour Chiens, &: aufsi 
comme il faut parler a eux de la voix quand ik chalfent. 



lAQVES DV FOVILLOVX. 155 

^jiandïci Fiqueursferont 
a U queue àes Chiens ^ efians 

les Chiens bien ameuteT^, ilzj : ; "^""^ j"""'T"'^"i-y^ 

dojuent-jfonnerfouuent de la ^-^^^----^^^-ii—zz: 

trompe : a a chafcun coup ^^^^ ^^^^ ^^^^^ 
trojs motz^ de moyenne lon- 
gueur^ comme ainjî, 

Semhlablement quand le liqueur fera a la queue 
des Chiens ^ e fi ans les Chiens bien ameutel^ il doit 
parlera eux , ainjiy 

// "va la Chiens , il 'va la ha ^Jl^vala ha, 

// ^a la ha ha ha ha. 

(tAutre manière de forhuer et parler aux Chiens 
êuecla "voixy quandil^chajfe7it^,et font^ ameutez^ 






=*^SÉEéîi 




IrCauil fujtla Chiesjlfujtla, il fujtlajlfujpla. 



k-i. 



,5(5 VENEUlE PAR 

i:^iEEtft|t||i:|iî|i;li!lllilllT|i| 

La ira Chiem, la ira ^ la ira, ha , ha , 
O'yitre ira Chism , outre ira, outre ira, ha, ha. 

Comme il faut fonner veuë auec la Trompe , ôc comnic 
il fliut parler aux Chiens auec b yo^ , quand on voit 

leCerfaveue. ^ %'-^ 

Sile^ Fiqueurs ^^ . --• -- "^"-^ ir-— — 

Je trouuentj an fi:f::i::--z:-=r-i:;-T::-:.i -:;.i-:r: l:~_::=:r 

deuant. de la ^^.^^ ^ ^^^^^ ^^^ ^^^^^ ^^^ ^^^^^^^^ 

meute , et quilzj 

'voyentle Qerf a'veu'é :, ilzj dojuentj forhuer et fon^ 
ner de la 'Trompe plu/leurs fois, en mot\long$ ainfi, 
Semhlahlemer^t^files 'Tiqueursfe trouuent au de^ 
uant-j des Chiens, etqu'dz. "vojentle Qrf, tlz^le doy^ 
uent-j laijferpajfer deuantj eux , puis forhuer et par- 
ler aux Chiens ainji, 

T'hia hiJlaud, thia hillaud. 
Et ne ce/feront d.e forhuer ,et crier, lufques a ce que 
les Chiens foy en t 'venm a eux : puis quand ilX^feront 
'venpfl^, le "Tiqueurhs dojtlaijferpajfer, etfemettfe 

d la qu eu é , en cria nt-> , 



TAQVES nv rOVTLLOVX. 1^7 

lliliMiliîi:iî^Ëiî^ri=Ë;iMiSEii 

Fa/e le Cerf, fap, fajfe, fafe, pajfe, ha, 

^iilËEii^iili 

Vuis quand il fera en l'eau ^ ou qu'il taurapajféc^ 
on doit crïerainjiy 

oAuilha^tCeau (hïes^ ïlha4^ l'eau, ij.ilbt^ l'eau. 

Comme il faut fbnner de la Trompe aux deffaux : 6c la 
manière de parler de la voix aux Chiens pour le def- 
faut^ afin de les appeler a fby, ôcreleuer le deffaut. 

Si on 'Veut faire retourner les Chiens a quelque ruz^e 
ou houruari, ouhien quon euflaifé le relais , et que 
la meute feu f en def-'aut , qu'ilfaluf que le Fiqi/^eur 
aPpelafifes Chiens après luj Pour les loinàre , il faut 
qu'il fonne trojs ou quatre foys : appelant fes Qhiem 
après luj Vour les rajfemhler , en cette forte. 



— jf'r«S' — -^ , ^.— — ^=~— g— — ^". g 



Tran, tran, tran, tran, tran, tran^ 



X'1 



15» VENERIE PAR 

Tareillementfile T^iqiyLeur njent rappeler les Chiens 
pourles faire retourner a luj^ illes àoithucher aïnfi 
auecla^oïxy 

iillIiflpiiiîPlfiiiiiiiil 

Mourua a moy theau ilpiyticj, 

^^andle Cerffforpaije ^ le Vïqpieur âoyt former 
delà "^Trompe dei^xfom longs en cefe manière y 

Tran tran tran tran. 
Si le Tiqueur ^ojtfes (Chiens en deffant, il doit par- 
ler a eux, pour leur f aire reqm fier le dejfaat et pour 
lesrefioiiir^ ainfl 

ïÉliiiEiiiliillipiiiipi 

t^au ou efi il allé le Qerf : 'vailla di,appele ap- 

pelé appelé, 

^l^^and les Qhiens ont releuéle deifaut, il faut par- 
ler a eux : et nommer parleur nom ceux qui dreffent 
U font la pointe du relief , en les rwmant parleurnom. 



rAQVES DV FOVILLOVX. ijp 

Qj fyyt ^ ALraiid a Bn^auâ a Cjerbaiid, 

Comme en doy t crier, &: forhuer, ô^ parler aux Chiens, 
quandleCerfafaiclvneruze; ou quand vn Chien 
fetran{porte. 

Si le T^ïqtieur *vojt cjue le Cerf enfifaict 'vne rule 
en 'vn chemin yil doyt former de U Trompe ^vnfon lono-: 
et più cneret appeler fes Chiens , en U manière mi 
fenftijt, 

%Jauleci horuari le Cerf Vduleci homari Vauleci 
horuanU 'voje. 

Tuisfile Tiqueur^ooit quetvn de fes Chiens tranH- 
porte le Cerf , et qpiden ^oyelùs fuites , tldoyt crier 
en cefiefortc^^en lettant^ne hnjée, 

Vaulecj fuyant fil dit 'vraj^ 'vaulecy fuyant^ 

y aulecj fuyant] 



,<^o VENERIE PAR 

Comme on doit fonner les Abbois de la Trompej&r 
parler aux Chiens, de la voixj quand le Cerf fera 
aux Abbois 



C^andle Cerf fer a aux <tA.hhois^ les Piq'Murs doi- 
uerit fonner de la T'rompejlxoî^fept fom fort mftes 
et courtT^ et le dernier "vn feu flm long , et les refon- 
nerflufieursfojs, comme il f en fuit , 

Tran tr.tr.trJr, tr.tr tr.tranytr.tr.tr.tr.tr JrJrJr.tr, 

oAuft le liqueur, quand le Cerf fera aux Ahhois, 
doit parler a je s Chiens en ce fie forte ^^ 

Jrfau halle Chiens :, halle ^ halle :, halle ^ halle. 

Comme il faut fonner auec la Trompe la mort du 
Cerf: ôc comme a fa mort il faut crier &: appeler ^' 
les Chiens. 

^u^andle (jrf fera pris , tous lesTiqueurs doiuent 
fonner longuement , par fons longs ^ en cefce forte et 
manière , 



.»; , , M«.>.,>._1 






Tran, tran^ tran^ tran^ tran. 

Stauf 



lAQVEs Dv Fovîr.icv::, ,<j, 

Et auft leâPtfAems doynentj crier et appeler lu 
Chiem a la mort dn Qerf^ awjl, 

oAla mort Chiens, a la mort, a la mort. 

Comme il faut fonner la Retraite auec la Trompe: 
ac comme il faut crier ^ appeler les Chiens 
quand la Chalfeelt faite. 

^anâla Chafe fera finie, etqueles Viqueurs fe 
voudront retirer , il faut fonner de la Trompe trojs 
motz.fort longs : pnù les redoubler par deux plm 
bnefs , et entiers qui fera femhlahle aux deux pre- 
miers fons , commepourre\yojrnoté icj deJfouhT^ 

Tran, tran, tran, tran, tran, tran, tran, 

SemUahlcmen-t. tl faut crier et appeler les Chiens a 
la n traïBe, en cefte manière^, 

The au Chiens éeau h au haute haute tliie tfne 
ha ha ha ha ha ha. 



I6z VL^KI^Îlin PAR 

Comme il faut fcnner de la Trompe pour faire la Curée: 

&: comme il faut auec la voix forhuerles 

Chiens a la Curée. 



^luand on af fêlera les Chiens pour 'venir a la (urée , 
ilfautfonner auec la Trompe^, comme il eji icy noté;, 

Tran tran tran tran tran tran tran tran. 

Et aufi quand le Fiqueurs 'voudront faire la (urée 
aux Chiens , faut qu'ilzjforhuent et crient ^^ iufqms a 
ce qu'ilz^fojent tous "venuzo, en cejte manier ç^^ 

The au le hau^, tl'jeau le h au. 

Comme on doit parler aux Chiens, quand ilz mangent la 
Curée : & de ce qu'il leur faut faire. 
^lu and les Chiens mangeront la Curée ^ les Fi- 
queurs les dojuent frafer de la main , enleurfaifant 
chère et les appelant par leur nom , principalementj 
ceux qui ont mieux fait leur deuoir^ en criant et par- 
lant ainfe aux Chiens y 

Ha Adiraud, ha Brifaud, ha Cjerhaud. 



lAQJ/ES DV FOVILLOVX. 1^5 

Comme il faut fonncr de la Trompe après la Curée : 5c com- 
me il faut fonner pouï ramener les Chiens au Chenin. 

^^andla Curée fera mangée^ , on doitrenuerferle 
Cîijr du Qerf furies Chiens , en leur monftrant la tefte 
du Qerf, et former de la Trompe ne f lus ne moins qu"-- 
aux (tAhhoiz^, comme pouueX^ojr cj deff^oubzj, 

l^rantr.tr,tr.tr.tr.tr.tr,tran^tr.tr.tr,tr,tr.tr,Pr.tr.tran, 

Tuù quand le tout fera fait , et qu'on 'voudra ra^ 
mener le s Chiem au chenin ^ on doit fonner deux briefs 
fons a chacune fois en ce fie manière^ 

'^7 an tran tran tran tran tran tran tran. 

Voila en hrief'vne partie dufijle de fonner et crier 
pourQhie?is ^ lequel les bons Ftqueurs doiuent fauoir 
et entendre. Et y pourront augmenter fur chacun ar- 
ticle telzjmotx, et termes de parler et crier quilz^ vou- 
dront, fen eufe mis grand nobrep or efcnt.fmon qu'il 
euft ejte longetmalaifé a no ter, A ce fie caufe ilmefu- 
ffid'en efcnre les fons etmot%fesplus comuns ^ pour 
en donner intelligence aux apfrentifX^ 6t aufi parce 
quùlj a beaucoup d'hommes qui n'ont pa^ la 'voix a 
commandements , povtr prendre^ les cris &t termes 



.A 



i^^. VEMERÎB PAR 

âe V ene.'kft hautains ^ ie m* en fuis remis a la defae- 
tion de leuwoix : font eff ois que les hautains etvLti^ 
fans cris forjL> dé àïez,-^ ourla chajfe du (erf ^ et les 
has^ rudes et furieux pour la chajfe du Sanglier: com- 
me de crier Hou, TJeles cy aller, Houla houla, etau^ 
ires rudes Ungages : mais f ourla cbafje du Cerf , ilzj 
foniLj défendus , fur ^eine dc^ defroger a teftat de^ 
Vénerie. 

Ccn^.me il faut tuer le Cerfquand il fera aux Abboiz, 
& de ce qu'il faut faire, C H A P. X L 1 1 1. . 





ÏAQVËS DV FOVÎLIÔV^C. î6'5 

VAND hj CerfzjforJL> aux (ïAhhoiz,/ît7font^ 
^dangereux ^pmcipalemenLi a lafaïfon du Rut, 
'^arleur tefic^ ejiflus 'veneneufc^ qu'en autrç^ 
temps. Et four ce fie raifon on dit 'vn commun fro- 
uerbe, ^u QerfU bterc^ > et Au Sanglier le Barbier, 
Ce mi nha efié dit Pour néant, "veu les accïdentZj qui 
en font arnueT^s comme Ion Peut ^veojrpar exemple. 
j\Qou4 lifom d'ijn Smpereur nomme B a file, lequel a- 
uott gaîgné maintes batailles, &tfait de grande s pr ou- 
effes en fon regnt^ y et toutefi-fojsfut vaincu et tué 
a'vn Cerf, le 'voulant afi^aïUir aux Abbojs . O for- 
tune qu tu es 'Variable ! Vn Frince ayant fait tant de 
'Vaillances entrer les hommes , efire vaincu d'vnc^^ 
hefic^ . Etj a tu?j^t^ d'autres exemples que le laijfe 
a caufie de brefuetc, Mais cefiuy cj dojtfiujfire aux 
Piqueurs , pour leur faire cognoifire et entendre qu'il! 
dojuent aller fagement aux Abboiz^du Cerf , comme 
te declareray cj après . Et pour ce il faut entendre^ 
quilj ha diiference des Abboiz^de l'eau , et des ^Ib- 
hoïl^de la terre : car fit le Qerfefi en eau profonde , ou> 
lePiqueurnepeufiallera cheual, la première chofie 
qu' il dojtfaire ,c efi de coupler les Chiens , pour beau- 
coup deratfions :car fitlzj eficojent longuement en l'- 
eau, ilz^fie refioidirojent et gafierojent : aufiifi c'e- 
efioit en quelques rimer es ou efiangs larges etgrans , 
ilzjfieroyent en danger de leur nojer : parce qu^vn Qrf 

L iij 



166 VENERIE PAR 

malmené ne ctijdç^ pasjortir de l*eau qttanàil njeoit 
les Chiem et 'Tiqueurs après hij y et nage volontiers 
toiifi ours parle rmïieu ^fam f approcher âela rme : qm 
ejlla caufepourquoj le Fiqi^eur doit prendre^ fe s 
Chien<s , et fe cacher ^attendant le Cerf a Jortir : cc^ 
qn il pourra faire n'ojant point de hrmt , ouhien ilf- 
approchera de la riae , en heu ou le '^Piqueur luj pour- 
ra donner "vn coup d'ejpée. Et fi d' aduenture le Qerf 
fortuit de l'eau y il le doitlaiffer efioigner affez^loing 
premier que de decouplerfes Chiem: car fi le Qerf oy oit 
fi foudamement hrmt après luj, ilpourroit encore s re- 
tourner dedans ^et le Piqueurn' auroit pas le loifirnz^ 
l'efface deluj donner vn coup d'ejj?éc^. Etfdvoyoït 
que le Qerf ne voulufi fortir de l' eau ^ il doit enuoyer 
quérir "vn bafleau ^ oubten f dff ait nager faut qui' il 
fe defi)ouille tout nud , ajaniL> vne dague en tv ne de 
fes mains ^et fe mette a la nage pour l'aller tuer : mais 
fe doit bien donner de garde de l'affai!lir,fi ce ne fi en 
lieu profond , par ce que fi le Cerf prcnoit terre , il le 
pourroît bief e^ de fa tefie : mais en lieu profond tin'- 
ha force ne puiffance^ . J'en aj tué en cefie fort e plu- 
fieursfois, enprefence de beaucoup a hommes -.puis 
les pouffots a la nuc^ en nageante . dAutrementfi le 
Cerf tient les Abbois a terre ^ et qu'daitfa tefie fia- 
jée et brume y le Tiqueur doit bien regarder en quel 
heu cefi : car fi cefi en heu plain et defouuert , ou H 



lAQ^ES DV FOVILLOVX Kjy 

n*j aitpcwtde hojs , tlj efi dangereux et mal- aïjé a 
tuer : mauftCeji au Icngd'^ne haje.ou en quelquo^? 
fort de h oj s, ce fendant qu il famufe aux Chtcm , le 
Ftqueur mettra pted a terre, et ira fecretement far le 
derrière de^ brojjes, et le tuera aifement^, ^^f^K ^^^' 
fîcnott que le Cerf tourna fi la teftefour ^uemr a luj, 
doit foudainement prendre ^'ne branche, ou ^nfeml- 
lard,&tlefecouerrudement:lors le Qerf ne faudra a re- 
tourner, fans luj faire mal. Le Fiqueur le pourra bien 
tuer encores en "vne autre manière, Cejt que quand 
il "verra le Cerf aux ^bboiT^ il doit h aller et crier afes 
Chiens , et lors qu'il'verra quHl tournera la te fie pour 
fenfujr, il doit piquer fon cheual, et laccouér déplue 
près qu'il pourra, afin qu'il naît pO'S le lojfir , ne le 
lancs de tourner la tefiepourle blejfer, et ainfi le pour- 
'ra tuer. 



Comme on doit defFaire le Cerf; 6c faire 
la Curée aux Chiens. 

CHAPITRE XLIIII. 

Liiij 



isz 



VENERIE PAR 

j 1 ■ _._^,,^^...„,„^,„.^^,„^,tmUÊâtmtÉÊÊSmài)Sm^ 




lACLVES DY lO/lLLOVX- i(?p 

aVAND le Cerf fera pris , tomlesVeiiears.et 
T^iqueurs, qm U feront ,àoju'ethuchere4 former 
"^la mort ^afin de faire affembler les compagnom 
de la Vénerie^ et les Chiens . Ehx e flans affemhleZj, 
et que le Roj ou maïfire fera arnué ^ feront fouler le 
Cerf aux Chiens : ce fait y les doyuentrecouùer ^ puys 
le teneur qui l'aura defiournéj dojt prendre fon cou- 
fléau , et leuer le pied droit ^lequel il prefentera au Roy 
en la forte quil eft cy deffm pourtrait : puis auant que 
faire aucune chofe,faut quilT^coupent de lafemllée, 
laquelleil\jfj?androntpar terre , et mettront le Cerf 
deffm y le couchautfurtefchine, les quatre pieds et le 
centre contremont , et faut mettre fa tefie fouhT^fes 
deux efpaules ^ comme pourrez^ "veoir parla pourtr ai- 
Bure cy deffm faite. Ce fait ^ il faut faire ^ne four- 
chette qui aitl'^n des coftélplm long que l'autre, co- 
rne pourrez^ "veoir par cefe pourtraiture, de dam la- 
queUe fourchette faut mettre tous les menuZj droitz^qui 
aPpartienent au Roy , ou au Seigneur de la Uenerie, 
i'tiis auant que défendre le cicyr du Cerf, la première 
chofe quon doit le uer^ font le s dyntiers ^vulgairement 
appelle! les couiUons, attfquelz^îlfapit faire 'vn petit 
pertuis en la peau, pour le s mettre a la fourchette. A- 
presfaut qu'il commance a defhouiUer le Cerf en cefte 
manière^. 



'7° YENKRIE PAR 

Tremiereme-atj , tl doit commancer aie fanâyeala 
gorge fny mm tout le long du -ventre^, tu [que s an, liât 

des <^Jfit'C7J:pms le doit prendre parle pied dextre de 
deu&tit^, etenctferlapeaii tant au tour delà iambe,ati 
d.ej]ou\,ie la lomchre , et la fendre depuis t encifure 
tiifques au noyau de lapoictnne : a en fera autant a 
chafcme des autres uimhes , et fi faut qu'a celle de 
derrière les encifures fmijfent au droit du 'vit , de cha- 
fcim cofte . (t^] près faut commancer parles ïambes , 
ou parles poinaes des encifures, a le dejpomller. Et 

T^^mddjera al'endrcitdcs caftez,, faut qu'dleue a- 
uec la peau i ne forte de chair rouge , que nom appe- 
Ions le parement, qui iHentpardeffmu l'enaifon des 
deux coftc\du corps. Fuu après que le Qerffera tout 
deftouiUé, fors feulement la teftejes oreilles, la queue 
et le cul, ( lefquelles chofes doyuent demeurer auecle 
fod) auam que toucher au corps, le Veneur doit de- 
mander du ^m , et boire le coup : car autrement , fd 
defaifottle Cerf fans lojre , La venaifonfe pourrait 
tourner et gafter. Le Hoj du Seigneur dojt faire ap- 
porter fn im, auec la chaufrette pleine de charbon 
lif et lajaulfe en %ne efcuelle bien afmentée, com- 
me d eft requù : et amfi corne d-oerra défaire le Qerf 
au Veneur,^ dojt prendre fes appetis, et chercher les 
morceaux friandz,,pour les mettre fur la chaufrette, et 
faire fôs carbonnades, en beuuant, riant, et faifant 



lAQVES DV FOVILLOVX. 171 

^rand' chère ^ deuifant des Chiens qui cnt le mieux 
chajfé :, fourcha f[é yVe que jvé , et rejfauté , les faifant^ 
nJtnirdeuantluy pour "voir de^faircleCerf^ carainjî 
faijoj ent les bons et ancle7^s V rinces amateurs de la 
Vénerie^. oAlors le Veneur prendra fou coujieavi^ 
ç^t commancera a de jf aire le (jrfen cejïe forte , ejlar-^ 
fîfiant le cuyrjur lajeuïllée^ . 

'Premièrement ^faut quilleue la langue, et la mette 
ala fourchette. Apres doit leuer les deux neudz^.qni 
fe prenent entre le col et le s efpaules :ilj en h a deux 
autres ci fe prenent aux flancs ^ etpource en les appe- 
lé fane ars -.tons ces quatre neudsfe doyuet mettre a la 
fourchette. Ce fait , faut qudleue t ejp aide droite la- 
quelle appartiet au Veneur ^qm aura laijfé courre, puis 
leuer t autre efhaule , qui appartièt atom l^ autres. 
^ela fut ,faut leuerla hampe Mui appartient au grad 
Veneur jpuisles foulT^q'ufe prenêt au bout de la hape 
fur la potchine du cofté d'icol, ce qui appartient a ce- 
luy qui ha laife courre. Apres doit 'Vjderle 'vetre^et 
ojierle vit.puisleuerU ^cene dai cueur ,et le fac-boj- 
au et tout chaudemit le tourner et nettoyer ^ot le mètre 
a la fourchette. Apres faut ouurirle cueur^ùt en 0- 
fer L'os, et leuer les nombles ,qui fe prenet 'être les cuyf 
fes , puis d.oit leuer les cuyfes: et après faut le 11 ei' le cy- 
mier depuis le comancement des cofiei^e-t de longueur 
iuf^s au bout de la queii é, en eflargfat fir les cuyjfes 
iuCoiues aux lomt.yjaifantl'os corhin to.U francien luy 



ijz VENEKIE PAR 

donnant deux coups de coufleau furie haut d.es deux 
cofiezj, pour?nonfirerla njenaifon : et en faut ofier du 
bout de deuersles cofie^^ troys neudz^, qu'on appeler 
Les cinq &t quatre^ ^ qui appartienent au grand Ve^ 
^neur. Lesnomhles ^ cuyjfeset cimier appartienent 
auRoj. Apres faut le uer le col, qui appartient au 
'valet de Chiens : puis enleuerles coJteZj, lefquelz^ ap^ 
'pertienent auRoj : après leuertefcbmée ^ qui appar^ 
tient au 'valet de Limier, 



De la Curée des Chiens courans : &: pre- 
mièrement des Limiers. 
CHAPITRE XLV. 



îACLVES DV FOVILLOVX. 



17 




T A C V R E E des Limiers fc doit faire en cefit^ 

*^ forte, Pemierement, qnand on dcjfera le (jrf, il 

faut que les Limiers foyent^refens a le 'voir def- 

f^-ire, et qu'ilz^fojent tenuT^u attacheXjn quelques 

li^ux^ ou ilz, ne fefuijfent battre et toucher les "vns les 

autres, ^uis le teneur qui taura defom'né , doit 

f rendre le majfacre ou4efe du Cerf, et le cueur , pour 

faire le premier droit a fon Limier , pour autant que 

l'honneur luj appartient, yîpres auoirfait le deuoir 



I 74 VENERIE PAR 

afin Chien, il donnera la tejic^ a fis compagnons ^ 
tourfairevareiUementjleàeHoira leurs Limiers, Qc 
fait y f en irontj boirc^ y -pendante que les ^aletT^de 
Chiens acoufireront la cm ée pour les Chiens courantZjy 
laquelle fe peut faire en deuxfiortes. T> ont la première 
ejt ,qu' mccntineniLi que le Cerfefipnns^les Piqueurs 
ayans fonné et amafieks Chiens delà meute pour fie 
troiiuer a la mort, ilz^ dojueniL> mettr^^ pied a terrc^, 
et dejbouiller fioudainement le col du Qerf^ce pendante 
qu'il e fi chaut : puis luj donner fiept ou h ujt taillades 
de confit eau affin que les Chiens puifi^ent auoirla chair 
plus ayfiémcnt, et tout chaudement leur faire la (urée 
du collet de la ceruelle du Cerf, Et deuezjfiauoir que 
telles Qurées chaudes et fioudamemewtjf algies ,fion.Li 
meilleures j ans comparaifon que celles quifiefiont^ a.u 
logis y &t mettent bien plus tofit et mieux les Chie?u a la 
chair. Celles quifiefiont au logis , quon dojt nommer 
Qurées fioidùsfie fiont en ceft^^ manière^ : Fautpren^ 
drc^ du pain, et le decoupperparpetis lopins en vnc^ 
pofic^j auecdufiourmagc^ : puis prendre le fang du 
Ccrfi, et en arroufier lepam ctjourmage^ . Alors qu'- 
on 'Verra le tout bien brunj de fing, faudra prendre 
"vne grandie potée de laiB chaut, et arroufier et méfier 
le tout enfemUt^ . En après e fendre le cujr en queU 
qut^ beau lieu fur l'herbe^ bien nette, et mettre fiou^ 
daine?nentj> la Quré^L^ defikî .-par-cc^ que fi elle de- ^ 



rAQVES DV FOVILLOVX. lyj 

meuroït longuement^ en la ^oijlc^, tarainou lelaiB 
la pomrojent aigrir. Lors que la (uréeftra bien ejlen^ 
due fur le cujr^ faut mettre le majfacrc^ ou tefic^ au 
milieu^ et emplir 'vne pot/le d'eau jrefch^^ auprès de 
la Qurée^:, pour faire boire les Chiem -.puis faut met- 
trele forhu aubout d'^m bajionjeqneldoyt eftrebien 
'vuyde^ ei net, de Peur qu H face mal aux Chiens , ce- 
luy qui leporterafen dojtallera cent pas de la . T^uts 
le Roy ou Seigueur^ot^ celuy qui reprefenterafa per-^ 
fonne^j dojt commancer /c_^' premier afonner delà 
Trompe^ y etforhuerles Cloiens ^ par autant que t hon- 
neur luy appartient^ y et alors les Veneurs 7nettro"ntj> 
tous la T'rompt^ a la bouche, pour fonner^forhuer, &t 
rejlouyrles Chien^s, Le'valel de Chiens dojt efire fur le 
milieu de la curée ^ auec deux houfmes pour la dejfen- 
drcy afn que les premiers ^venuXjittendét les derniers^ 
Et incontinent qu'il les 'verra tous abbojantz, au 
tourdeluj.ilfe d.ojtofeeryUleslaiJJermager,enlcs ref 
ioujjfant et faifant chère de la ?nain .-puis quand il7 
'Verront que la Qurée fer âpre f que mangée ^celuj qui ha 
leforhu dojtfdneret crier ^Tj-ha HiUaud^ Les valctz^ 
de Chiens qui feror^îL^ a la Qurée dojuent menacer Us 
Chiens y et Les faire aller a luj, alors il leurmonftrera 
le forhu :fuis quand il les 'verra tous autour de luy ^ 
jettera f on forhu par le milieu d'eux. oApres quilz^ 
t'auront^ mangé ^ faudra les ramener fur le cujr, et 
0)nner de la "Trompe^ en tournante- le cujrfur eux. 



,-75 VENERIE PAR 

încorAineniL^ que la Curée fera faites , frincipale-- 
ment quand elle ejï froide, il faut mètre les Chiens au 
Chemn , carfilz^trauaiHojent^preSy ilz^fourrojent 
rendre leur^or^e : mais fila chair eft chaude efpurc^ 
tlz^ne la cuydent^as rendre^ . £t quand la Curée fe- 
ra faite ^ les compagnons f en iront^ hoire^ . 

Fin de la chajfe du Cerf. 




Q»V 



Tt(/ fsrt âoiix^ 



^finL <^>^ c/iaritiatii^J) 

/ / A ^ \ 









.: \ 



I A QJV ES DV FOVILLOVX» 177 

De la Cha fse & propricte' 
du Sanglier. 

Chap. XL VI. 




A p B. E s auoir dejcrit de la Vénerie du Cerf, félon. 

l'intelligence de mon efprit ^ ie^ferayfeulemenij 

icy vn Petit traicléde la cbaffe etPfop-tetédu Sanglier, 



>" 



I7S V E N E R ÎE P A R 

combien cju^ll nc^ dojt pas eltre mis au rang des )• 
heftes chafées a force de Chiens courantT^:, mais efi Ic^ 
^raj gîhbier des maïlins, et leurs femblables : d* autant 
que ceïi^ne beflepefante , et de grande fenteur ^ la-- 
quelle nefejie qu'en fes dentZjy et deffen/ès, ne 'voulant 
fi4yrnef'e/iotgner des Chiens, a cesie caufe ne peut en 
co:^noiftre la bonté et "viftejfe d' te eux. i^ujsi a la mérité ^ 
lime femble que c' efi grand dojnmage de faire courir a 
*ine bonne meute de Chiem telles fortes de befies ^pour 
les rafons quiferfdjuent, 

Premièrement^^' le Sanglier eBle fui animal qui 
peut tuer etfertr d'^n coup, car fies autres ejpeces ef- 
gratignent^cu mordent y il y ha toufours moyens dc^ re* 
mcdier a leur moifure y mais au Sanglier ^fd blefe *vn 
Chien de la^den-L-y au coffhe du cor^s ^ il n'en cuydera 
iamais efchapper. £t ha celle malice que fil njeott ^une 
bonne meute de (Chiens, qui le chajfent de près ^ il fujra 
dedans le plm grand fort qu'il pourra trcuuer ^ la^>ou il 
les penfera tuer afin aife^. Ce que l'aj ^o eu par expe^ 
rience plufeurs-foisy et eyjtr' autres d'vm^anglter ^ qui 
auoit cinquante Chiens courantZj après luj ^ lors qu'il 
les a ojoit tom bien ameutez, et enfemble ^ tl tournait fa 
hure deuers eux, et donnoit dedans le milieu de la meu^ 
te , de telle fortt^ quil tuojt aucunes- fois fx ou fept 
Chiem d'^ ne 'Venue : et des cinquante^ Chiens cou^ . 
rant\j il n'en fut point ramené dix fatns au logis. Et 



IAQ^VES>DV FOVILLOVX. 17^ 

aufi que fi 'vne mente de Chiens efi <vne foù drefiéc^ 
•pour ie Sanglier , tl^TJe ^veulent ^Im courir les belles 
legieres , far ce ^^^'//^ ont accoulhimé dt^ chafer de 

4YÙS ^ et auoïr grand jentiment de let^r besîe: ce qui eft 
tt tout contraire aux heïies legieres. Tour ces caufes 
te ^ eux concli4,re q%e tout homme quï'V eut prendre Iz^ 
Cerf:, Qheureul , ou Lïeure a force ^ ne doit point f air e^ 
courir le Sanglier a fes Qhiens. (^lais par ce que les 
hommes font de diuerfes opinions , et cherchent^ leur 
plaifir félon la commodité de leurs maifons ^ ie leur def^ 
criray icj la propriété du Sanglier , et comme on /c_^ 
doyt chajfer , et /i^ moyen de Iz^ tuer auec l'ejpieu , et 
tejpéey cornm^^on Iz^ pourra 'veoir parles pourtraitX 
cy après mis. 

Du naturel 5^ malice du Sanglier, 
Chappitre XL VII. 

LSS Sangliers font de telles nature^ que quand 
ilzj naifent erfortent du nj entre de la mere^ ilzj ap^ 
portent toutes les dentT^ quilz^ auront iamais, et ne 
multipliront plus leurs dent\Jînon en grofeur et lon-^ 
gucvir . flX^ en ont^ quatre entre autres, lefqueRes fç^ 
nomment dejfenfes , dont les deux de def^m ne blejfent 
point , mais feruen^^ feulemen/tj d'agmfer celles de def- 
foub^, defquelies Hz, blejfer^t^ et tuent,». Sùl adulent 
quz^ les Sangliers fe creuent les jeux y Hz^ganlJenL» 

^/l ij 



iSo VENERIE PAR 

fotidainement.JtX^peuîientj ^uiurc^'vwgt et cinq ou 
trente ans. En^milct Alay ilzj font.*flm aifezj a 
mettre aux toiles quen autre fatfon : la raifon efi^, qu" 
slZ: dorment flpts fort en ces deux mois quen autres 
temps j par ce qu'ilT^ mangent les herbes fortes ^ et la 
gette du hojs :, qui leur efmouuentj /c^ f^^g^ et font^ 
monter les fumées au cerueau:, ce qui les endort. Au fi 
que le Prmtemps leur renouuelle le fang ^ qui efl caufe 
de leur grand repos. Les Sangliers njont au rut enuiron 
le moys de Décembre j et dure leur grande chaleur près 
de trois fepmames^ Et encores que les Layesfojent r^- 
foidies y les Sangliers ne bougent de leurs compaignées, 
qui ne fott enuiron le mois de I anuier: alors fe départent y 
et 'Vont prendre leur bujjfon^fe rec élans aucune s fois dc'^ 
dans leur fort deux ou trois tours fans en fortir ^ et 
principalement^ quand HX^ ont ouuert leur fougc^ 3 et 
qu lit trouuent la racme de fougère douce. Les San^ 
gliers portent^ aucunes fois des foreftT^^ et 'vont chercher 
leurs mangeures bien loing :, le plus fiuuent au temps de 
^andanges ^ et demeurent là ou le iour les prend , fans 
regarder le lieu, mais leur fuffi(i feulement de demeurer 
en quelque gros haUier de ronces ^ ou d'ejpines ^ atten-^ 
dant la nm£t avenir, JIkj efcoutent l'homme de bien 
loing , quand iïl^font au dejjoubl^du ^ent.mais quand 
ilzffont au deffm, n'en ont fentiment que bien peu. Les 
Sangliers ornent de toutes fortes de bledT^jfruitz^JegU" 
mes, comme pomme s ^ pojresy prunelle s ff aine ^ gland^et 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. i8i 

aHtresJemblahles, et de toutes racwc4, excepté de rahe^s^ 
etnaueav^x. ^lu^i en oylpunl et A4ay itî mangent U 
gette d:i prunier, et dn- chefne , et toutes bonnes fleurs j 
q '4* ilzi peuuent troupier, principalement celle du gène fl;, 
ll\yont aux charoignes du Cheual,et non d'autres be-*. 
fies, Jlfaut entendre que le Sanglier ha cefte propriété, 
qu'il ne dément iamais ladre, comme ^n 'Tore priué, 
^luand les Sayjgliers font aux mareZj , ilzj 'viuent d'-^ 
anguillts , d'afchetZj y et autres chofes qu'ilz^peuuen^tj 
trouuer. A la cofie de la ^i!Mer ilz^ ^viuent de toutes for^ 
tes d,e coquilles , comme rnou/les ,hujtr es, et leurs fembla^ 
blés. Leurfaifon et venatfon commance a la mj-Sep'^ 
tembre,et finifi enuiron le commancement de Décembre ^ 
qu'ilzj commancent a aller au rut. Communément^ les 
Sangliers fe font abbajer aux Chiens en leurba-ige, ou 
au partir d'icelle , etfontj plus tofi leurs demeures de^ 
dans les bojs fortT^d'efpines et ronces , qu ailleurs. Et 
quand ilz^ fontj chaJfeX^ des Qoiens , Hl^fujent le fort 
pays , et couuert , nefe ^voulant defbucher de leur fort 
qu'ilz^ nefentent la nuiB approcher. Et fî de fortunt^* 
il j ha njne compaignée de befies,et qu'ilj en ajfvnc^ 
quifedefuuchc^par'vn endroit y toutes les antres la 
fumront , etfortirontj par mefmç^Ueu. Les Sangliers 
.abandonnent plus toft les foreftz,^ pour aller au loing 
chercher des buy fions , quç^ ne font pa^s les Qrfz^ : anfi 
fil du- on que Ic^ Sanglier n*efi qu-vn hoïie. Etfiida^ 
uanture les Sangliers fiont leur d^emeurc en njnbujjjhn.et 

aM iij 



i82 VENERIE PAR 

quilT^fujent njenuT^ de quelque fore H loing de la ,f'iU^ 
j font chafeZj ^ ilT^s'en retourneront fi^rles mefmts er- 

^ ^cjpar ou il^ font ^enuT^, et depm qu'tïJ^fe dejhu^ 
chent d'^n hujffon ^ tlT^fuyent toufwurs , f^ns leur 
arresier^ïufques a cc^ qudz^fojent au Pays ou tl7^ ont 
effé nez^ ^ duquel il^font-j 'venuZj^ : la ou Ûzj efimcnt^ 
leurfauuegarde , et le refuge d.e leur force. Ce que i'ay 
^ eu par expérience d'^n Sanglier , qui eHoit 'venu en 
*vn bujffon , lequel des le lendemain laifé courre de^ 
uant les Chiem^ et tout foudam deft?ucha du hi^/yffcn ou 
ie le lancé , J'en retommnt^ fur fes mcfmes erres par 
ou il ejioit 'Venu ^ èn%ne fonH', qm ejfoit afept lieues 
Icing de la^et par les lieux ou lipcfoit le ^oyoù les 'vieil- 
les erres par ou ilejioit n^cnu. h cfi 'vraj quc^ fil eft 
nourrj en <vn p^js, et oj^e les Chum le ch^ffcnt ^ ïl ne^ 
cujdepéts dtfûucher d^^ fcn fort ajfcmeniu , maïs bien 
mettra la hure hors du fort pour fen cuyder aller y en 
fentant et prenante le <vent^ de toutes partz^ , puis fil 
ojt quelque chofe , il retourne fcudainement fur luj^ et 
après, quelque hrujt que pmffent^ faire les pïqueurs ne 
les Chiens , due cuyder a pas r effort ir par ceji endroit, fl 
ce nefi 'vers le fotr : maùfd ejioit 'vne foisforty ayant 
€ntrepri?i^ fon chemin ^ il ne laiffepour homme , ne pour 
hruyt a paffer outre. Le ma/le ne cuyde pas crier quand 
on le tue, principalement ^jn grand Sanglier, 7nais la fe-- 

. melle ouy .^luand le Sanglier fuyt deuant les Chiem, il 
ne fait point de ruz^es^ ^ d'auta?j^t^ qutl esl pefantj ^ ef 



lACLVES DV FOVILLOVX. iS^ 

^He les Chiens lefkjuent et chajfent de pr&s. Je trouue 
dedans le T?roprîetairc^j qu'on cognoift la 'vieille fe d:4 
Sanglier a la iamhe ^ a laquelle y h a for ce petites fouf^ 
f et tes OH rides , et autant que la iamhe en marquz^ ^ il 
doyt auoir d'ans : mats quant a moj ie nc^ 7narrejit^ 
qu'aux traces y a la hure , et aux dejfenfes. Les femel- 
les ne fort ent qu'^vne fois l' an. Les Sangliers fnt plm 
hardis ^ et f addrejfent pluf toftaux hommes y four leur 
counrfm, quand ilz^font leur pourchaifon de nou\illeSy 
et de faine , quil^jne fontij pas quand ilzj la font dc^ 
gland, ou d'autres mangeur es. Vn ieune Sanglier enfon 
tiers an, ne dojt e[ire affaillj pour prendre a force ^ car 
il courra beaucoup plus longuement que nefera vn ien^^ 
ne Qerf port antjjix cornettes. 

aM iiij 



VENERIE PAR 

Des moti ôc ternies qu'on doyt vfer 
pour le Sanglier. 

Chappitre X L V I I I. 










f^ o M B I E N qu'en U chajfc^ du Qrf, au chap. j /, 
^-^ i'aye parlé quelque peu des mot z^ ef termes dc^ 
Vénerie^ ^ qu'on doit njfer pour la chajje du San^ 
glier y l'aj bien "voulu icy en donner aux Veneurs plus 
amplt^ intelligence^, Premièrement^ , fi ^n Ve-- 
neurjc^ trouuc^ entrer les bons maiïîres ^ et qu'on 



I A QJ/ ESDVFOVILLOVX. 2S5 

Ihj demande qut^ c'efl qi^^'^vn Sanglier njenant a fon 
tiers an , il peut ref^ondrc , que c'eji ijne ieiine hésita 
qui ha lai fêles compaignées cefte année ^ et quc^ ia- 
mais Sanglier ne laijfe les compatgnées quiln'ajtPaf- 
Je deux am. ^Puis Jl en luj de?nandç^ que ceji qu'- 
^n Sanglier a fon tiers an , peut re^ondrc^.que c'eft 
*vne bejîe qui ha trois a?ps accomplis ^ 'venantj a Jon 
quart an : puis fi on Iw^ demande^ que c'efi qu*'vn 
Sanglier en fon quart an, il peut reÇpondre , qut^ deïl 
'vne heïïe qui ha quatre atM accomplis:, n^enant^ au cin-' 
quiefme. Eî tout ainft qucn dit y Qrf de dix cors 
ccurahle , au préalable^ peut on dire, Sanglier en fi)n 
quart an courahle , n'ajf.nt^ point de reffuz^. Puis 
fi on luy demande que ceji qu'Hun grand 'vieux San- 
glier , il peut dire, que c'eji <vn Sanglier quihalaifié 
les compatgnées il j ha plus dç^^ quatre^ am ,ou au-^ 
trementj le peut dirt^ T^orc entier , ou grand 'vieux 
Sanglier. En après fit le Veneur fait fin raport , et 
quon luj demande ou le Sanglier ha ejïé njiure la nuit, 
il peut dire qu'il ha e Hé faire fies mangeur es aux gai- 
gnages , qui fie prenCfiL^ pour champs , et autres lieux 
ou croiJfeîJt toutes fiort es de bledzj , comme l'ay dit. 
QyMats fi' il ^ojoit qu'il euH fiait fies boutis dedans des 
preZj ou fiaificheurs , il dojt appeller cela 'vermeiller: 
comme difiant , Ic^ Sanglier ha 'vermeille en tel lieu. 
Et fi dt^ fiort une^ il auojt fait fia nuici aux fiou- 
ges, ou au parc, le Veneur dojt dirc^ quilha fait fies 

M <v 



rS6 VENERIE PAR 

ùot^tis a^ parc ou a lafougz^: car il faut entendre que^ 
toiitc^j ejj^ece de fruitX^qiitl pei4t manger farM fouger, 
pTj doy ne fPt^ nommer manç-emes ^et toutes les autres 
cLofes , ou îl leuc la terres auec le ne\faHtrementLj ap^ 
pelle houtouer ) pour auoir les racines , yo doyuent^ 
nom?ner fouge^: mais aux lieux jrais là ou il ne fait 
qu(Ljleuer 'vnpeu la terre auec le bout du boutoiier.cela 
fc^ doyt nommer 'vermeiller , qui eji auta?pLf adïrt^y 
que chercher les Vers en la terrc^. Il j ha aufimu^ 
lotevy qui eïl quand Ic^ Sanglier ^a chercher les caches 
et greniers des mulot Zj , aufquelzj ilz^ ont affemhlé Ic^ 
bled y gland, et autres fruit z^. Et quand ilz^ ^ojît. - aux 
preZj, et autres lieux, paiïlre l'herbe y telle chofe fe dojt 
nommer herbetUer^ commt^ difa^ • , le Sanglier ha her^^ 
betllé en telzo lieux. J/^oyla comme le Veneur dojt (pe^ 
ctferles termes delà Vénerie^ du Sanglier , en faifantL» 
fes rapportZj' 

Des iugementz que le Veneur doyt fçauoir pour 
cognoiftre vn grand Sanglier, &: pre- 
mièrement du iugement du pied. 
Chappitrc XL IX. 

1^ ommvnement on cognoift lesgmnds ^ieux San^ 
glters aux traces , defqueUes les formes en dojuer]/L> 
efre grandes et larges, les pinces de la trace de deuant^ 
rondes et greffes , les couppantz^ des coftezj des traces 
"vfez^ ,fam fc^ monftrer tranchante, , le talon larges. 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. 187 

lc5 gdrdcs grcjfe4 et cuuerttS:, de f quelles il doyt donner en 
terre [ur le dur par tout ou H marche^. Les traces dt^^ 
derrière doyueri'-Lj marcher au co fié, par le dehors de celles 
de deuarit^y démon flran/U lagrojfeur des entre- cuyjfes. 
Les rides qui font entre les gardes et le talon, fe doiuent 
former en la terre ^ en demonïlrant^ telpejjeur et rude f 
fe du po //, fes a Heures grandes et longues, La m arche 
delà tracc^ doyt efre profonde et largç^^ monïirant^ fa 
pefanîeur . 

Du iugemcnt des boutisj 
Chappitre L. 

Qv A N D le Sanglier fera des houîis dedans les haye^^ 
^ pour auoir à'^ne rc^cine quon appelle le Tare, le 
Veneur pourra cognoiBre lagrojfeur et longueur dç^fa 
heure, en regard an^ùj la profondité et largeur des boutis, 
<iAuft li le pourra cognotftre aux faifcheurs , là ou ilva 
faire les boutis pour "vermeiUcr, et en autres lieux. 
Le iugement du Souil. 
Chappitre LI. 

I E Veneur pourra cogncifre parle Souif fl cef "vn 
grand Sanglier , en ^voyant la longueur , et largeur 
et grandeur d'iceluy Souil: ou bien au partir dt4> Souil le 
pourra cognoifre aux entrées desfortZj, aux fueilles , et 
aux herbes ouïe Souil touchera, par ce qu'alors qu'îlen 
fort il emporte la boue et fange fur luj , laquelle marqua 
lesfueilles en entrant dedans, par lefquelles on peut "ueoir 
et tugerfa hauteur et greffe t4r. Ou bien adment fouiioi- 



i88 VENERIE TAR 

tc^fois qu'après que le Sanglier Ç eïi fouillé , ilfe vajrot-* 
ter contre^ "vn arbre, a laquelle il marque^ fa hauteur. 
Et fil ha efié fafché des Chiens, ou quil foit de(pit deu 
quelque choje, il donnera 'volontiers deux ou trois coups 
de fcs dentZj ou dejfenfcs dedans l'arbre , commt^ft cV- 
ftoyenLf coups de dagues : la ou le Veneur en pourra a^ 
uoir iugement, tant de fa hauteur, que delagrojfeur et 
largeur des dejfenfes» Ilfe peut iuger aufi par la bau- 
ge, car communément les grandzj Sangliers en leur 've-- 
naifonfont leurs bauges profondes en la terres , et au 
partir d'icelles iettenL.^ leur fiante, quife nomme en ter- 
me de Vénerie^, lefes, le [quelle s dojuent^ eïlre grojfes et 
longues, demonftrafptj la largeur du bojau.car tant plus 
vne belle eft vieille, et tawu plus elle ha le bojau large: 
combien quc^ le Veneur nèfles doyt poin^L: apporter a 
tajf emblée^, mais doit fujf ire dc^ les regarder aux lieux 
ou il en trouuerra, 

La différence d'entre les Sangliers^ Ôc les 

Porceaux priuez. 

Chappitre LU* 

T Mf différence^ d'entre^ les San^ûers €t Morceaux 
blancs eft telles, que les befies noires en leurs alleu- 
res mettent toufwurs la tracer de derrière^ dedans cel- 
le de deuant, ou bien près, et appujent plus delapinfe 
que du talon, fermant l'ongl^^ de deuant^, et donnentj 
commun eme^vLj des gardes en terrt^, lefquelles ilzj, ejlar- 
gîjfent par dehors , les coBeZj des ongles des traces tran- 

chant'X^ 



I A Q^V E s DV FOYILLOVX. iS^ 

chant?:, et couppaniz^ la terres : qui eH au contraire^ 
des T^orceaux blancT^, car iIzj ouurep^ les ongles de de-* 
uanùj i en laiffantj» tout plein de terrt^ entre deux y et 
font communementj rondz^ et '^feX^, appujarj/t^ plm du 
talon que de lapïnfe : au fi qu'aux Morceaux blancs le^ 
pied de derrière^ ne marche points dedans celuj dc^ 
deuant^ , et leurs gardes fi^ fichent toutes droites en la 
terrt^y fans f'efcar ter ^ et les coHeT^ des ongles nefont^ 
que fouler la terres fans la trancher, <tAufi que /c^ 
deJfouhX^de la folles des Tores blancs ellplem de chair y 
qm ne peut pas applanir la forme dt^ la trace ^ commet 
fait celle du Sanglier. Il y ha pareillement^ grand' dif 
fer en ce aux boutes :, car 'vnebefe noire les fait plus pro^ 
fondzj y a caufe qu'elle ha la hurepm longue^ et quand 
elle arriue dedans les champs femez^ ^ ellefujt volontiers 
*vn rayoUy naz^iUantij et vermillant^ tout le long d'vn 
feîllo?jy iufqucs a ce quelle foit au bout : ce que ne fonL> 
les Forceaux blancs ^ car Hz, ne fuyuenL> pas leur bou- 
tis comme fontj les Sangliers ^ mais feulement enfonL» 
*vn en 'vn endroit ^ l'autre^ plus loing , en trauerfantj> 
les fe liions , fans que leurs boutis f'entretienent^ l'vn ^- 
uec l'autre^' Semblablementj on les peut cognoiftrc^ 
l'-vn dc^ l'autre^ aux gaignages , quand Hz, 'VontL> au 
grain^ car les Sangliers abbatentj /c^ bled tout en rond^ 
la ou les T^orceaux blancs ne le font pas. 



A\ 



là 



ipo VENERIE PAR 

La différence des Sangliers entre le maîle ôcîafemeller 
Chappitre LlII, 
^^ O AI BIEN que les Venei^rs njeulent^ dirc^ 
qtsiln'y ha ingement^ne cognoijfanct^ aux hefics 
de compaignée , qm fontfoubzj l*eagede deux ans , pour 
cognoifire les ma/les d*auec les femelles: fi eïl- ce que ï*ay 
^eu plufieurs'fois des cognoïffeurs en ces pays de Toî-^ 
£tou , quicognoijfojent le majle d*auec la femelle entrer 
les cochons neZj de l'année, fujuans la mère , defquelzj 
ay "Voulu entendre les raîfi)m\ quifi)nt>: Q^e les mafi- 
les ejtantz^ après la merefiefcanent communément plus 
lomgque les femelles ^ et'vonL>nazjUer et ^vermeiller 
a doùl^ ou a quinZjC^ pas loing de la mère ^ par- ce qu- 
tU^ ont plus grand* hardte(fe que n'ont les femelles :Uf^ 
quelles font le contraire :, car elles fuyuent la mère /o 
■plî4S près qu'elles peuuent j d'autan/Lf quelles n'ont pas 
le cucurne la hardtejfe deleurefcarîer^ comme les maf^ 
les: et le cognoifient encore s aux alleures.dfans que tout 
maJle efiargiïl plus les iamhes de derrière en marchanLfy 
que la femelle^ y et que communemnt.^ d\jnetten^ la 
trace de derrière^ fur le hort de celle de deuanlL> par /c^ 
dehors^ acaufc^ des entre-cw^jfes.&t des fuytes qui leur 
forjtj ejlargirles iambes de derrière^: ce quc^ les fe- 
melles nc^ font) pas , car elles fonùj ^uydes entrer les 
c'^yff^s , qui les cauf marcher plm ejîroit , et au dedans 
des aile ur es, ^lufit le peut on cognoijlrc^ aux gardes ^ 
carie Sanglier m ajle les ha communément^ plus greffes. 



tAoyEs DV FOvrtiôvX. fp} 

cas, et quand ilz^l'aurqyeritj 'vnfeu efchaujfé , ;/ r^- 
vrendrottfon cueur , et ne ferait que tenir les Ahhoïl^ 
en courant fu^ a tout ce qu'ils err oit deuant luj , 
Alais quand il fa "voit chargé de Chiens et de Pi- 
queurs d'arnuée, quileprejfent vn petit , ilfefonne, 
et perd le cueur , alors eji contraint defujr et drefer 
pais, Jl faut mettre des relajs, mais ce dojuent eftre 
desplm 'vieux etfages Chiens' des meutes, d'autant^ 
que fi on mettoitlesieunes Chiens rifles et rigoureux 
aux relaiZij alors que le Sanglier auroit accourcj fes 
fuy tes, îlles pourrait tuer en telle furie. Adaisfic'efoit 
quelque Sanglierfuj art, qui euji accoufiumé de pren- 
drç^ Us campagnes, et tirerpajs, on ne luj dojt don- 
ner que huyt ou dix Chiens de la meute, et mettre les 
autres au relays, a l'entrée du pays ou il 'voudra aller: 
car telzj Sangliers ne cujdentpas tenir les abboi^qu- 
ilzjne fojent forcez^ : et quandït^es tienent, les Pi- 
queurs y doyuent aller le plmfecreteynent qu^ilz^pour- 
ront,j^n<s mener hrujt :puu quandilzj, feront auprès 
du lieu ou fer a le S^ nglier, ilz^fe dojuent efcarter tous 
autour du lieu ouil ef , allans d'^one courfc^ droit a 
luy letn'eftpofihle qiiit{ne luj donnent^ "vn coup 
d'ej'péc^ . Et ne faut pas qu'ilXjtienentL> la main 
bajl^c^, car lïl donner ojentij dedans la hure^, mais 
fautqu'ilz^ leuent^lamam hautes, et donnentL>les 
coups d'efpec^ en plonge arpL>, fe donnar^tj garder le 

N 



IP4 VHii-ivîû VAIL 

Tiqîieur dc^ donner au Sanglier d^ coflé dc^ fon 
chenal^ mais de l'autre^ cojié : car du cojié qnz^ 
le SanJîerfefe7itjbleJ?é, tl tourne tncantmentla hure ^ 
qitï feroU c.iufe deqiioy tltueroït ou blejferoit fon che^ 
uaU ^It^ e ['il eft en pajs deflain?y il doit mettre^ ^n 
manteau deuantles larnhos d-e fon chenal : fuis doit 
tuerie Sanglier a pajfadcâ,faj'^sfarrefier. Qefi ^ne 
chofe certaine que fi on met des colliers chargjZj defon^* 
net es au col des Chiens courant Zj, quand iIzj courent le 
Sanglier, il ne les tue pas fi tofiy mais dfenfujm de-» 
uant eux, fam tenir les Abboiz^, 

Paj mis icy lespourtraitz^, comme il faut tuer le 
Sanglier apiéet a cheual , er^fajsfojble , etenpajs 
fort. 



1 y//i/ 











lÀ. OJES I>V «rOVïLLOVîC. 



Ï9 5 



liïi i r i jnl JÉi n i lli i llllMiU i i i iTtf i 'r'n " "" nW«f i ^ ' ''Ti ii ^i i i ^ rnuji ' iy ji j ^ 




Fin de la chajfe dî4^ Sanglier. 




N ij 






t9S 



vbnêrïb pas 



lièLa CHafsedu Lieure. s» 




LIEVRE ie fuis de petite ftaturc, 
Donnant plaifir aux Nobles & Gentik ; 
D'cftre léger ôc vifte de nature, 
Sur toute bcfte on me donne le pris. 



lAQVES DV FOVILLOVX. ipy 

De la propriété du Licurc; de pour cognoiftrele 
Mafle d auec la Femelle. 

CHAP. LV. 

E COMMANCERAY aux "vertuT^ prof n^ 
I etez^du Lieurc^, lefqueUes font grandes y félon la 
fature de la hefc^ . 

Fremierementy le fangdu Lieure efi grandement^ 
dificatif .'Jl'vom t appliquez^ fur quelque rongne ou 
d'artre^ il la dejfeche e^gariji. Le Lieure ha "vnpeUt 
os dedans la ïoïnSiure des ïambes y lequel eji fouue^ 
ramemet bon pour la C clique- paf ion. Sapeaubrujlée 
et mife enpouldre ^ efi njn fouuerain remède pour ar- 
referlefangd'^neplajey en t appliquant dejjus. 

Le Liem^e nom a mon fret' herbe de la Qcoréefau^ 
uagey laquelle ef fort borme aux melancholiques :par 
autant qu'à ef l'an im aile p! m trifie &t melancholiq 
que nul autre : etpourfeguarir de fa tnfejfefen "va 
gifler ^volontiers deJfoubXicelle herbe , laquelle les an- 
ciem ontnommée PAL AT IVM LEPORIS,^//* 
^alajs du Lieure^ . 

Le Lieure de fa nature cognoifl de 'vingt et quatre 
heures en vingt et quatre heures la mutation du teps, 
^It^and il va au gifle ^ il ne ^eut point que l'egail ni 
l'eau luj touchent , a cefle caufe ilfujt les gr ans che- 
mins et voyes. Et bien fouuent la femelle fait de pe- 
tisfentiers ^ en coupant t herbe et petites branches a- 

■" Niij 



i^^8 VENERIE PAR 

uec les dentz^. Et ^ar autant q:4Hl j en ha o^iielc^nùs 
^ns qui font ladres y qmfujuent les eaux , ce]^x la ne 
font point de fentiers ,et ne fujuentgueres les chemins 
mais font leurs ruz^es dedans les eaux . 6t deueZjfa - 
uoir au on ne trouue gueres de femelle s ladre ff es ^com- 
me on fait des majles : a cefte caufe.le Piciueur pour- 
ra luger quel Lieure c'ef, &t ou tlferagifié y en ^oj- 
antfa nuit. 

Les Lieures ^ontau rut communément en Januier, 
Feuner^ &t Mars ^allant cercherles femelles ^ tufques 
afeptou huit lieues lomg d'où ilz^fontnez^, fuyuam 
les gr ans chemins : comme le de clair eraj ci après, 

Lemajle attend mieux les Chiem et de plus près au 
gife, que ne fait pas la femelle , a çaufe qu'il fe fent 
plu^ "Vif e Je corps plus dijj)os et hardi. 

Si au partir du gifte le Lieure leue les oreï!les,ne fu- 
yant point de puiffance, et qu'ilretrouffe la queue fur 
tefchine, c' eft figne d'vn fort et malicieux Lieurc^, 
Combien que Thébus die qu'il n'y ha point de luge - 
ment entre lemajle et la femeRe des Lieures ^ fi eji ce 
que ie luj prouueraj le contraire. Car le majle ha com- 
munément fon repaire ou fes crottes plus petites ^ plm 
fecheSj et plus agui lionne es au boutique nonpa^ la fe- 
melle , laquelle les fait groffes , rondes , etnonjlfechùs 
que le ma fie . L a raifon eji ^ que la femelle n e fait pas 
tant de pajs la nuit ^ et aufi qu'elle eft beaucoup plus 



lAQJV'ESDV FOVILLOVX. ipp 

grande: qm ejî cauje qu'elle tettefes crottes flm gref- 
fes SPar autre mojen cognotfirezj le majle aux Chtes, 
en dejfatfantfa nuit : car lihat ^lus les grans chemins 
et carrefours .prenant ^Im gr ans pajs en lieux defccu- 
uers, que la femelle, etfaitfes ruz,esplmfott&s,et de 
plm grande ejpace : la femelle les fait vlm courtes , et 
tfar lieux plus couuers y en tournojant comme 'vn fon- 
ml autour des hrojfes. Et fi la femelle 'v a faire fa nuit 
dedans les ble\jv ers, elle ne trauerfe gueres les feillon^s 
mais lesfujt de long, et farrefe aux p)lm fortes hrof 
fes du blé pour 'viander :ne luj fufjifant pas d'en man 
gerfonfaoul : car elle le couppe, etlaijfe dans les fetl- 
lom . Plus on ccgnoift le m a fie , en le -vojan t partir du 
gif emparée qu'dha le derrière tout blanche afire , com- 
me fil auGit eféplum é. Ouhien le cognoiftrez^par les 
efpaules , lef quelles font communément rongea , ayant 
parmy quelques poit\longs . Semblablementle cognoi- 
fcre\^ la te fie , laquelle il h a plus courte et plm lofi^ue 
que la femelle , le poil et barbe des loués longuet ha 'vo- 
lontiers les oreilles courtes, larges et blanche afires , qui 
efi au contraire de la femelle : car eUe ha la tefie lon- 
gue et efircite, et les oreilles grandes : lepoild.e deffm 
l' ef chine d''vn gris tirant fur le noir. Et 'volon- 
tiers quand les Chiens chafent la femelle, elle ne fait 
que tournoyer autour de f on pays', paffant fept ou 
huit fois par vn mefme lieu , jans fie vouloir lamais 
foYpayfr, Lemajlefaitle contraire^ , car fi les 

Niiij 



010 VENERIEPAR 

^U'tour dc^ fongifiç^ ^ alors il prend congé dc^ fa 
Chiens Ic^ chajfent, et qitîl y fajt fait deux tonrs 
meutç^^ et fen^a aucunes fois trois ou quatre lieues 
loing fans fan efier^en quelque pajs ou il aura efiéau 
tresfois^ duquel il fourroit ejlre 'venu : caries Lteures 
'Vont aux faffages a fept ou huit lieues loïng ^ et les 
pourrez^ cognoifire en cefte manière, ^^and vous 
^erreT^que voz^ Chiens trouuerront la nuit d'vn Lie- 
ure dedans les carrefours ou chemins ^ et qu'il aura 
fort ruZjé fur quelques petis couftaux fecz^Jam auoir 
gueres fait de fajs ^ ne fefire pourmené dedans les 
hlez^ , c'cjlfigne que cefi vu Lieure qui 'nef que ve- 
nu yle quel fe fera arre(té au plus haut lieu ^ pour regar-- 
der le pajs et le lieu ouilirafairefongijîe ^ et pour fe 
fauuerfiles Chiens ^ ou autres chofesle rencontroyent. 
"Vom lepourrezj encores cognoifre en cefefortc^ . 
Communément les Lieure s de paffage font leur gifle 
au couuert j par autant quilzffont en doubte et crain- 
te : et quand les Qhiens les trouuent ^ilz^font les rom- 
puz^Jefaifant relancer deux ou trois fois -.parce qu'il 
leurfafch e defortir du fort y ne fâchant le pays : mais 
alors quilXjooyent que les Qhiens les prefent^il^pre- 
nentles chemins par ou ilz^font venuT^ etfen retour- 
nent en leur pays, Tar ainfifî vn Lieure fe fait re- 
lancer deux ou troysfois auprès defongific^yCejiJî- 
gne que c'efe vn Lieure de paffage, qui pourra emme- 
ner les Chiens bien loing. 



lAQVES DV FOVILLOVX 

Des fincHes &: malices des Lieures, que les Pic-ueurs 

dovuent entendre pour les prendre a force. 

CHAP. LVT. 



20I 




[ E njeux bien dire la chajfe au Lieure efrre flm plat- 
^ faute, et de flm grand ejprit.pour les Çennl^hom- 
mes, que de nulle autre befie, d'autant qu'ilz^trou- 
uent leur plaijtr a tout es heures , &t auecfetk fraiz^, 
voyant toufiours courir leurs Chieris deuant eux :par 
quoj Peuuentiuger, fans prendre grand" feme ne tra- 

N V 



202 VENERIE PAR 

uail, lefquelz^fontles meilleurs , a mieux chaJfantX^ 
remerantX^ etforcenanlZj. Et aup que c'eftgfand 
plai/ir de 'voir tejprip de ce petit anim^ l ^ et des ruT^i 
^ji/il fait pour Je défaire dcsChiem. Et faut que l&s 
Piqueursjfojentfm.&t d'efj^rit.pour entendre fes 
ruzje4 , et malices : ce que l' ay pratique toute rna ^vie^ 
qui ma cauf émettre par efcnt ^Jne partie des expéri- 
ences qu en aurojspeu veoir^cognoifire, et entendre. 
Premièrement, le Piqueur qui fera après les Çhiem , 
doit regarder au partir du gfie plufleurs point{^ Sa- 
UGir efi^quel temps il fera : car fi ceft en temps deplu- 
je^le Lieure dreffe etfujtplus les chemins quen autre 
temps, et filarrme a quelque boys taillis , d n'entre 
pas de dam , mais fe relaiffe au bort, et laijjepafferles 
(chiens : puis quand ilz^font outre-paJfe\j il fen re- 
tourne fur fes mefmes pas par ou il fera 'venu, aupajs 
ouilaura efvé popffé,parce quilne 'veut pas entrer 
dedans lesfortT^ a caufc tegail,qui efl parmi le hais. 
A telles ruz,es, le Fiqueur doit demourer a cent pas 
près du h où, par ouïe Lieure fera venu, canine fau- 
dra point a le v oir retourner fur j es pas droit a luj : et 
pourra atheurelePiqueurforbuerfesChierks , et les 
rappeler, d'autant qu'il feroit mal-afe qu'ilz^redref 
fifent telles ritz^es, parce quilT^je cujdcntpa^ que le 
Lieure fott retourné furluj : aufi qu'dzjpenferoyent 
que cefuf le contrepié. Plm doit bien regarder en quel 



.AQVES DV FOVrr.lOVX. 205 

i^teu on troutterra l^ gijte ài4> Lievtre ^ et de quel "vent il 
fejl caché : carji c'ejl du ^ent de (jalerne on Hau- 
tain:, ilne CM^y dérapas f'diY le ne'XdedaPi^ :, mais le co- 
gnotjïra , oi4 Uj to-Amera le câL (t/luf^i que fil fa itf 
gifte en l'eau^, c'efvfigne qvi'il ef ladre : a teflJLieures 
le ^Viq'uur doit prendre garde tout le lonr deiam les 
eai/uX : car ilz^yfont volontiers letws raz^es etfnejfes. 
^Dauantage^ le ^Tiqi^eur regaderafi cefc vn majïe 014^ 
'vnefmelle.etfdejïnO'Arnai'ipays : ce qu'd pourra 
cognoifire par- cc^ q^et'aj déclaré cy dejjm : car cefç 
""Une chofe certaine qii'Vn Lieurc^ nourrj au pays ^ et 
principalement la ferneile , fi le Piqueur regarde lèpre- 
mter pays et cernc^ quilpmdra la première fots'au 
ûarttrdpigife, e fiant deuantle^ Chiens ,tom les autres 
qtiilfera tout le tour feront^ par me [mes Le ux ^ et fe- 
7'ont par mefnes pafil^ecs et mufies :ficenefi, com?nt^ 
l' ay dit y quelque Lieure 'ûiajle qmfufi 'venu de lomg^, 
ouhié que les Chiens t enfilent fi malmené &t lafié q-i'il 
fufi contraint d^ abandonner fon pays , et feforpaifer: 
ce qu'iilfont^ volontiers quand ilzj0?itL> efié chafiez^ 
deux heures fam defavtt . ^a commancement que 
les Chiens chafient^ les Lieures , îlT^efont que tour- 
noyer, paffant cinq ou fix fois par vn-lieu, et fur leurs 
inefmes pas .6t faut entendre que fiAes Chiem cour ans 
f aillent a prendj'e vn Lieure vn lour, le Piqueurpeut 
hien regarder le pays, et les lieux par ou il aurapafé, 
car fi vue autrefois il le retrouue^ ,et. que les Chiens 



204 VENERIE PAR 

le chajfent .il^ajfera far mejmes lieux, et fera mefm^ 
riiz^es au il aura faites le lour qu il fe fera fauué : e^t 
Par ce moyen fourra cognoïfirefa malice , et lepajs ou 
îl 'Voudra aller, et beaucoup ajderafes Chiens, 

r aj 'veu 'vn LiePtre jî malicieux , que depuis qu'il 
ojoitla Trompe, il feleuoit du gifie ,et eufl il efié giflé 
a 'vn quart de lieue delà, et f^en alloit nager en vn e- 
fking , fe relaijfant au milieu dHceluy fur des ioncs y 
fans eflre aucunement chafé des Chiem : puis a la fin 
te defcouurj fa flnejfe ,car le m'en allaj cacherfecrete- 
ment au log de l' efl ang,pour fauoir quildeuenoit,lors 
allay faire d.ecouplerles Chiens la ou ie lepenfois trou- 
uer, et mcontment qu'il omt la T^rompe, ilfe leua d'- 
ejfroy ,et flen vint deuant rnojfe relaijfer au milieu de 
tefiang, et pour pierre ou motte que le l^{y feuffe ietter 
ne voulut bouger delà : alors iefu contraint me def 
pouillerpour le faire defloger : et attêditprefque a ef 
treprts auecla main, premier que vouloir bouger : me 
voyant Près de luj , il fe met a la nage , et fortit de- 
uant les Chiens , ou il courut encores tejj?ace de trojs 
heures, premier que d' eflre pris , nageant et faifantj 
toutes jes ruz^es dedans les eaux, J'ay veu courir 
Lieure bien deux heures deuant les Chiens , qui après 
auoir couru venoit pouffer vn autre , et fe mettait en 
fagifi'c^ J'en aj veu d'autres qui n âge oyent deux 
Oi trois eft^ngs , dont le moindre auoit quatre vingt z^ 

pas 



IA.QVES DV FOVILLOVX 205 

tas de large, Pen ay 'veti d'autres après auoïr efiéhien 
courue l'ejhace de deux heures, entraient par de flous la 
forte d'^vn te Ha brebis, et fe relaïjf oient parmi le bef- 
taiL Ven ay ^eu, quand les Chiens les couroïent, qm 
f alloient mettre parmivn troupeau de brebis, qm pat f- 
Joit, par les champs, neles 'voulans abandonner ne laif- 
fer: dont fu contraint de coupler mes Chiens , et faire 
toucher les brebis a la Bergère lufques dedans le te ci : 
et alors qu^il'vitles maifous ,fe depart,et fen va: la te 
découplé mes Chiens, U le pris, l'en aj "veu d'autres, 
que quand ilzjOj oient les Chiens couranz,,fe cachoient 
en terre, Venay "veu d'autres qui alloientpar 'vn cojïé 
de haje ,et retoumoient par l'autre, en forte qu'Un i 
auoit que l'ejj^ejfeurdela haje entre les Qhiens et le 
Ijieure, J'en ay veu d'autre s, quand lïî^uojent coU" 
ru demje heures, fen alloient monter de fus ^vne "vi- 
eille muraille de fix ptez^ de haut, et fallojent re- 
laiferen 'vn pertuis de chau-faut, couuert d.e lierre^. 
J'en aj a; eu d'autres qui nagoient 'vne nuierc^ ,qiii 
pouuoit auoir hujtpa^ de large :ct la pafoientij et re^ 
pafoient^ en la longueur de deux cens pas, plus dc^ 
vingt fois deuant^moy. 

fiA ce fie cauf(L^,faut que^^ le liqueur fit caut, et 
fn,pourchaJferleLieure : car ilefi certain quc^fbs 
(Chiens fauent bien prendre le Lieure aforce, ilz^pour- 
roniL> courrir toutes befies : e^teft Ic^ vraj pi'incipc^ 
et commancement pour les dreferct a^merle nel^ 



v.l 



■ 20^ VENERIE PAR 

T/^^-f quand on les "veut drejferfour le Cerf ^ ilz^ha- 
hanâonnent.^ ajfémentle Liemc^ .farceqt^ela 've- 
naifon au Qrf eji fins jri^nde que celle du Lieure ),et 
plus dejlree des Chiens couranz^ : au fi que le Qerfha 
-plus grand 'Vent et fenùme7it^. Les Lïeures ne ^i-- 
,ue?tt quefePt ans pour le plm ^ e4: principalement les 
maflùs, Jiz^ ontcejie malice :, que Jl le majle e^la fe- 
melle font accompagnez, enfemhle en'vnpajs ^ iamais 
Hjlaijferont demourer autres Lieures ejlranges , filz, 
psuumt.fi ce nefojent ceux qu diront engendre!^ St 
pource dit on : T'antplus on chajfe en vnpajs^ et plus 
on y troune de Lieures: parce que ceux des autres paj s 
j'vienncnt. 

Comme on doit drefler les ieunes Chiens pour le Liéurc. 

CHAR L VIL 

PREMIEREMENT^ a la chajfe du Lieure ^ il 
ejl reqnis quilnj ajtque deux ou troisFiqueurs^ 
pour le plus: dont faut qu'il y en ait ^yn qui menace 
les ChierA qm demoureroitt derrière : les autres les doy - 
uent faire chajfer être q>ie fer: car filT^fiojent grjind 
nombre de Piqueurs qui parlajjent aux Chiens ^ ilZ 
ro?nprGjent les erres du Lteure^ ouhicn efionneroye?stL> 
les Chiens aux deffaux : parce q^sele Lieure fait tant 
de ri^^zjes que les Chiens ne fanent aucunesfois ou il^ 
en font : et ne font que leuer la te fie ^ pour demander 
fecGurs a le:sr m^ flrc : lequel alors doit prendre fes cer 
nés et enceintes amour du défaut^ en les rejlouïjfant : ' 



lAQVESDV FOVILLOVX. 207 

ceqti'il ne fauroît faire fil efi oit f ode des liqueurs. 
Q'Uy qui dreffe ofr fait chaffer les Chiens , doit porter 
'vm (Tfande gihheciere de totle,pleme de fiandifcs poyir 
leur donner, afn qnilzjle cognoiffent : car les Chie?îs 
veulent firtout cognotftre leur maifrre y fa ^'o'ix, et fa 
trompe : &tlors quilles fohuera , ilcognoifra q'ddz^ 
tiendront vUfoft a fa 'Voix qu a celle d'^n autre : 
laifam toutes cbofes-pour ^vemr a luj : aufi ne les doit 
ïliamais forhuern a^^elc^ en faut ^^ . 

Et pli aduient qu'il veille faire retourner ou "venir 
les Chiens a luj, four les faire entreren quelque taillis 
ou fort y il les doit a^ fêler en cefie forte , 

Hourua a moj tloe-hau. 

Enfonnant de la T'rompe ^vn ; | :§ziâz::ir:z:izzi: 
fon bien long:, comme ainfl^ '"^Zl/ ' 

. Puis quand les Chiem feront tous arr'iuez^a luj ^ il 
doit regarder quelque beUe mufe ou pajféc^ ^ pour les 
faire entrer dedans le taillis : alaq'4>elle mufeild.oit 
ietter une poignée de petites fiandafes defagthbeciere^ 
en frappant de fa gaule , et criant ainfi, 

^ guère cy aguerecj h^u il ha pafê icj. 



AT V 



io8 ^ • VÈNÈRiÈ PAft 

Et faut entendre^ qu*onnedoitiamais fonner en 
ùîiefie legrejle de la Tromfc^,mais bien leffrostanL» 
qii on 'Voudra, fi C(L^n*e jt oit c^ue leTïqueur 'voulufi 
appeler fe s Qhtens a luj : oubien quilles Voulujtfai^ 
te retourner d'^vn pais pour aller en 'vn autrc^ , com- 
me t'aj ditdefius : alors poutroit fonner "vnmot long, 
toutfeul, dugrejlc^ de la Trompe^ . Et quand les 
rhtem feroient "Venus a luj , il nc^ faut pas qu'il f^ 
oublie de leur letter quelques petites friandifes , afn 
dt^ nefe moquer points d'eux, Qar lors qu'ilfon- 
neralegrejle, il faut quefes Qnem entendent^ quc^ 
le Lteure efi debout, e^ que leurmaiftrc^ les appeler 
ouforhue^par autant que f \l fonrioit le grejle en la 
quefte,les Chiens n'entendrojentet m congnoiftrojer^ 
la dijfeence d'entre la que fie et leforhu, 

flfaut icj noter deux fecret7^donL)l(Lj premier 
efi : ^j^efi le Tiqueur ha vne ieune meute de Chiens 
a dreffer, il dojt regarder le pays ou il leur fera les pre- 
mieres curées, et de quoj : carf félon les lieux ou ilT^e- 
Yoniij dreffe\aH commancemeniL) , etffelonl^bejt3^s 
qu'on leur 'voudra faire courir, et dequoj on leur fera 
curéc^, il leur en fouuiendra toufiours. A cefic^ 
cauffLy ,fi au commancement^ qu'on dreffie de peums 
Chiens, o^v leur accoufiumt^ d'cfire^i dcfcouplez^e^t 
drcfftZj aux plains ,fdz,y pOHJfenlL> des Lieures,ct 
quiiTi^y ajét plaifir, toute leurvie il leurenfoumeiidra 

^ alojk^ 



I A QJV E s DV FOVILLOVX. ,205» 

Et alors qu^on les defcouplent dedans les boys , ilzj 

ne feront cas dy qtiejler , mais iront chercher les clames 

et champs , on ilZj auron/L> accouUumé d'auoir flaijtr, 

et troHuerles Lïeures, 3X^plpvs ni moins en ferortt^ 

ilz^ aux bocages, fi an commancemen^L» ilzjj fonLj dref^ 

feZjy et qu'ilX^y ajenùjheuplaifr yfenfa?pLjj trouuer 

toufioms leur gibbier . Et far ainfi il efi befoing de droij^ 

fer les Chiens dedans le pays ou lonfc^ 'veut tenir: car 

Chiens courantz^ quifon^tj nourris aux plaines nt^ peu^ 

uentj accouïlumer les bocages : ne plus ne moins quc^ 

ceux quifonîL, nourris aux bocages ne peuuent^ accou- 

fumer les plaines. L'autre^ fecr et efi, qu'il ne faut 

iamais drotffer , n' accouïlumer les Qhtem a chajfer les 

matinées , a caufc_j de la rouféc^ ^ et faifcheur de la 

terre : d'autant^ que fi 'vous leur accouïiumez^ telles 

faifcheur s et humtdttezj, et qu'après vom les vouluft- 

eZj mener a la chajfefur le haut du tour, et qu'il^fentif* 

fentj> la chaleur du Soleil ^ et la roufée tombée, ou quel-* 

que petit venùj arrc^ , ilzj ne voudroyentj chaferne^ 

queïier, mais f en iroyent chercher les ombres pour fe ca-^ 

cher. Et par ainfiileïlbefomg d'accouHumer et droijfer 

les Chiens fur le haut du tour , et non aux matinées. La 

droite fa fon pour commancer a drotfer ieunes Chiens^ 

efî en Septembre, Octobre , et Nouemhre : par- ce qut^ 

le temps efi tempéré , &t que^^ les chaleurs ne fiont^ trop 

'véhémentes, et aufi que les ieunes Lieures fontfotz^, 

■ et n'ont^ pomt de corps, ne fâchante faire encores leurs 

O 



SI» VENERIE PAR 

ruz^es etmaïtcts.etfefont^ relancer flufiem-sfoys de-^ 
uant les Qhiemjefquelz,j p'eneyi4ijjort grand flatftr, 
etJL^ drefent mieux qv/tl^ ne ferojent fasfil^fpiy^ 
oîént ^ et jefioignojent d'eux, 

Jl eft tout certain que lej Licures ont fins grande^ 
fenteur , et {ont mieux couruz, des Chtem quand Hzj 
^iandent etpaifent les hledT^ *vert7y qu'en toutes au- 
tres faiÇorM de l'année^. Toutesfois il j en ha qui dc^ 
nature ont flm grand' fenteur les 'vns quc^ les autres ^ 
et qui font plus defiréJ^ des Chiens ^ commet les grans 
Lteures de hojs ^ et ceux qui font ladres ^ lefquelT^fc^ 
tienent près des eaux, optais les petis Lieures rou- 
ges , qui font du genres des Conntlz^ y n'cn4L.> pa^ fi 
grand fentiment , et ne font pas tant defirez, des Chi- 
ens courantz^quelcs autres, feux qui 'vi an dent fur 
les pelouses oupetis coujkiux, a'^ne herbe quifeno?n- 
me Serpolet y ou Poliot ,font communément fonT^Lie- 
ares , et courent longuement . oydufi tlj ha des Lte- 
ures plus malicieux les ^jns que les autres ^ et principal- 
lement les femelles ^ car elles font leurs ruz^es plus cour- 
tes, e^t plm fuuentj que neftntj pa^ les mafles , ce que 
les Chiens n'ajment^pas : par- ce qu'il fafche a (Chiens 
^jigoureux et de cueur dc^ topirnoyerfifouuent^, d'au- 
tant quiî\^defirentj 'vne hefc^ qui fuye deuant eux, 
pour courir a leur forcer. <l4 tclzo Lieures qui rusent, 
fifouuenLj^ il eïl requis défaire^ les cernes gratis^ afn 



I A QJ/ ES DV FOVILLOVX. m 

d'enclorre toutes leurs niz.es , et ri en trotmer qut^ la 
fjrtie : ce faifant^ on ahbregc^ bien leurforce^ , et les 
cmtraïnt on de nc^ mz^erplm. Il y en ha auj?i aui 
fi^yenti lu chemins &t njoje^^ defquelzj les Chiens nz^ 
fe%:ientj auoir Centime n4ij , a caufe^ qn'il n'y ha hmn^ 
che, herbt^ , n aucune humiditc ou ilzj toucbajfent^ dt4 
corps, par ou les Chiens en feujfent ajfentïr , ainfi au" - 
i/^ ferojent ftlz, ejtoyent.^ en autres lieux couuertz^ , 
comm? boys, bledzj, et autres fraifcheurs. Et pour-ce^ 
quand lepiqueur trouuerra tclT^ Lieur&s^ et qu'il ^erra 
le défaut de^fes Chtem en 'vn chemin, il les doyt pouf- 
fer oiUre^ tout le long du chemin ^ les fujuan^ toufiours 
iufques a ce que les Chiens en trouuent^ la firtit^^ ou 
bien qu'il ajt trouué ^jne petite ^valéc^ oufaifcheurpar 
Ic^ milieu du chemin , ou les Chiens en peufentL} auoir 
fentimenty Et luy-mefmes dojt mettre^ pied a 
terrc^j regardante en la poudre^, ou autres lieux, pour 
en reuoir par pied , ce q%d cognoijlra ay Cément ^ car la 
foryne du pied du Lieure eïl aigue^^etfatctc^ a lafem- 
blance^ d'vne pointe^ de cou f eau , ajan/Ljfes petis on- 
gles jjcheT^ tous droitZo en terre :, qui marqueron^tj tout 
au tour y 'venante t ouf ours en appointiffant : d'autant^ 
que iamais le Lieure^, quand il fuyt, n'ouurc^ Us on- 
gles j commet fonte les beHes puantes, mais tienL> tou^ 
fours fa pattc^ ferrée , en former d'inc^ pointe dz^ 
couteau» Il y ha aufi certains pays et faifns ou les 
Chiens n'onte aucun jentimente des Lieures : commet 

O tj 



212 VENERIE PAR 

en HjueYy au pays des -plaines, ou les terres font^ graf* 
fes y ei fortes : far- ce que le Lïeureha la patte pleine^ 
de poil, et quandil fuj/ty la terre qui eji grajjt^ fe prent 
de contre^ ^ laquelle il emporte^ aucc le pted, qm cou- 
ureet'cfle^ tout lefentimen^tj que les Chiens en pour- 
royen^Li auoir. Et aufi qu'aux plaines il n'y ha nt^ 
hranch&s ni herbes ou il peujl toucher du corps ^ non plus 
quc^ dedans les chemins. D'auantagc^ ^ il faut en- 
tendre^ qiitlj ha aufî certains mojs èfquclz^ les Chiens 
n'ont point de fentiment^y commet alafaifon du Frin^ 
temps y acaufc^ delà ^ehementc^ odeur et fenteur du 
fleurs y qui outrepajfç^ celles dti Lieurc^- Semblable^ 
ment ffautfe^ donner garder de mener les Chiens a la 
cha(fe^, quand la terre ejt gelét^.car ilz^fe dejfoleroyeniL» 
les pied^y etperdrojenîj les ongles : qui efl au contrai- 
re^ des Lieures y qui courent^ mieux en cc^ temps la, 
qu'en autres, a caufe^ qu'ilz, oniL> les piedz^ fourrez^. 
Il faut parler aux Chiens quand ilz^ chajfent^ en mef 
mes termes qu'on parler a la chafc^ du (erf fors aux 
forhuT^y car en lieu de crier, Thia Hillaudy il faut crier^ 
Faulecy aller : et mefines fons dc^ trompe^ ^ excepté en 
la quejlcj, auant^ que le Lieurc^ foyt bouté, car on ne 
dojrfonner quelle gros y commet i'aj ditcy dejfens. 

Vous deueX^ entendre cc^ fecret, qui eft ^ que quand 
on dre/fera des Chiens courantT^y onne^ leurdojtia- 
mais donner curée^ auec les Leuriers :par-ce^ qut^fi 



lAC^VES DV FOVILLOVX. n^ 

on accoutume de faire prendre les Lieures aux Le- 
uriers deii^nt^ les Chiens courantTj y depuis qu'on crira 
etforhueraj les Chiens coHvantZj ne feront^ que leuerU 
t^ftey fenjantj toujîours ^eoir le Lieure deuaniL> les 
Leuriers , fans 'vouloir mettre le nez, en terre y ne faire 
femhlantj de queïier ne de chaffer, <^Iais les droytes 
curées qu'on dojt donner a ieunes Chiens , doyuent eftre 
auec 'Vieux Chiens cour antz^^f âges ^ lefquelzj les drejfe" 
rontJ et apprendront a faire leurs cernes. 

O iif 



414 VENERIH PAR 

En que! temps 3^ faifoii on doy t chaffcr le Licure pour 

le prendre a force. Et comme il le faut faire 

quefterj requérir, 6c lancer aux 

Chiens. 

Chappitre ' LVIII. 



JlK^iJlr^ 




I (iy/ DROITE 'veverie et faifon four ^renàrz^ 

le Lie me a force anec le4 Chiens courantz^.comman^ 

ce a la my -Septe?nbr(Ljy et fmiB a la mj-Aurïl, a cau-^ 

/o des jlem$:,et "vchemenîes chalem'Syqui commancent 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. aij 

a régner y qui oftc^ aux Qhïem Ic^fenttme?^ • dti Lie- 
ure, DomLi en Septembre^ lùf fiqueurs doyuent com^ 
mancer a donner cméz^ a leurs Chiens^ et les renouueU 
1er : car en ce temps la^les Lieuresfont^ ïeunes etfoibles, 
commz^ t'ay dit, et aïnfi que lafaifonfepaj^c^.leurfor^ 
ce et vertu paugûtent^^, J^Qj plm ne moms efl tl des 
Chiens , car tanL^ flm dz, courent^, et ont de curées, et 
plus ^onLj ilz^ meilleurs et vigoureux : et au fi que l'Hj^ 
uerfapprochey qui augmente les fraifcbeurs, 1 1 lors que 
Us Qm^ns ont pafé deux an^, on les peut champ ayer:, ^t 
mener alachajf:^ trois fois la fepmain^^ ^ car îIzj, en 
valent mieux. 

^l^and le Seigneur voudra aller a la chajfc^, le va-- 
let de Chiens- doyt regarder le temps et lafaifon ou il fe- 
ra , a fn daller chercher le Lieurc^ aux gaigna^es,fce^ 
Ion qudz^ feront^ en csluj temps ^ commet aux menus 
hledl^, auojnes ypreZjy et autres lieux aufquelz^ il doyt 
defcouplerfès Chiens. "^Puis fil y ha quelques Chiens 
qui vienentj a rencontrer de lanmà du Lieurc^, Ic^ 
piq'Aeur fedoyt arrêter tout courte et les laifferfatrc^. 
Et alors qutl verra qu'ilz^ commanceront a leur affem-- 
hier, et efchauffer tous enfemhlc^y il les doyt rcfouyr en 
parollcs loyeufiSy et nommer ceux qud verra qui feront 
le mieux y commis difantL^^ Hau Gerhaud ^ Hau A'Iy- 
rapA,ou eji tl allé ? 

*fl efi tout certain que les Chiens ontj plm grand fen- 
timcnt au viandj du Lieure, qudX^n*ontpaf quand il 

O nij 



11^ VENEKIEPAR 

en fort y four aller en/on gifte , combien qu'il f en aiUe de 
meiUeiir temps, La mijon efl, quand njn Liemx^ eji 
aux champs ^ et qu'il viande^ y tlfafted ^volontiers, et 
touche du corps a terre: au fi qu il pajfe plujieurs'fois par 
'vn lieu, et en pajfanL: et prenante fon "viandj, H don^ 
nefenteur aux herbes de fon haleme^ , ou bienj laijfcy 
fes crottes ou repaire^ : qui eji toccaflon pourquoj les 
Chiens j oniL>plm grand Centime ?it^ qu'dz^ n'o7itj pas 
quand il en fort , par- ce que^ quand il fort defcn i;i- 
andj pour aller au gtfle, dfujt 'volontiers lesgrap^is che^ 
mins, routes , ou f entiers , y faifant fes ruTLes etmali" 
ces y en bondffant et allant:^ le^ plus legeremcTpL» qu'il 
peut. qA ceftc^ caufe, quand le piqueur ^cerra que^ 
fes 0oie7is auront^ dejfait la nuiB du Lieure^ au i;/- 
andj, et qu'd^ commancerontj a trouuerla [ortie par 
ou il dreffc^ pour aller a fon giïle, ce qu'il fait commu^ 
nement.^ par quelques petis flntiers eu chemins , il les 
dojt laifer fairc^ , et aller tout bellement^ après eux, 
fans fe hafler : et s'il ^jeoit quc^ fes Chiens tombent^ 
en dejfaut , c'efifignc^ que^ le Lieurç^ ha fait 'vne^ 
ruzjç^y et qu'il eft allé et *venu fur luj. (t/llors dojt 
crier y Hau ou eïl il allé , Horuaamoy Theau^fans 
bouger du lieu ou il fera, car fd apprcchoit près d'eux, 
il les ferojt outre-pafer les erres du Lieurcu , et là 
les dojtfairc^ requeïfer , en les regardante fairc^ , et 
les refoujfan^ de la bouche. Et fU aduenoit quc^ 
fes Chiem nc^ peuffent deffaire^ les ruK,es dedans les 



lAC^VES DV FOVILLOVX. ai 7 

routes ou chemins ^ il doyt prendre fùs cernes au tour de 
là parles frajfcheurs, et lieux plus commodes pour le nez» 
defes Chiens, par ce quef'iltrcuue la fortie des ru%es 
que le Lteure pourroit aucir faiâes dedans les chemins y 
pour entrer en quelque taillis ou fort , alors f es Chiens le 
pourront aller quenr ay Cément, et luy-mefmes doithat^ 
tre les hrojfes auec la gaule pour leur ayder a /o bouter. 
Etfdaduicnt qu'il îrouue quelque ^ieux gifie , îldoit 
mettre la main a lagthheciere, et letter quelque friandi-- 
fe dedans y et appelier tous f es Qhiens a luy, en criantji 
Haguerecy, Theau ^oy lelî£t. Et faut noter que le pi- 
que ur doit auoir ^vn loppin de lart grillé, enueloppé en 
fa gihheciere ^ de-quoy il dottfroterle bout de fa gaule, 
car par la pourra accoutumer f es Chiens a ^enir fentir 
le bout dHcelle, Et alors qu'il les n;oudra faire paffer a 
^ne mufe , il n'aura qua mettre le bout de fa gaule en 
terre, et les appelier.il^ nefaudront a 'venir incontinent, 
fe bat ans a qui paffer a le premier, 6t fi d'auanture les 
Chiens ne trouuoyent le Lieureforty defes cernes Jepi- 
queur doit ramener tout bellement^ fes Qhiens au 
lieu ou aura efté fin deffaut,et regard.er de quel coHé 
le Lteure auoit latefie tournée quand il eïl entré de^ 
dans le chemin: et fil iauoit tournée au al, il doit ap^ * 
pellerfes Chiens , et les fairc^ quefter des deux cojlez, 
fort longuement : car aucunes fois les Lieures fuiuent^ 
les chemins , pour fairc^ leurs ru^cs , plus d^n grand 
quart de lieues fam en vouloir fort tr. En telz, lieux Us 

O V 



3iS VENERIEPAR 

Chiens n'en ^eii'/.r/pL> a mr fentime^it^.a caujedz^ U 
■poïsfiere , et ct'itres raifons qne l'ay dîtes cy dtp4S , et 
i&s Liem'cs demeurent filment fi4r le bord des chemins^ 
opthïen^res de la, a cejie calife celuj cji4Ï mènera les 
Chiens les doit faire quejier aux cojlez^. Et fi tous cci 
cernes ne pouuoyent encores redrejfer les (Chiens :, le pi^ 
quetir peiit bien pe}7fer que le Liet^re ha fait 'vn hour- 
uary fkr luy , et pourra rappellerfes Chiens de la on il 
n)ierplLj , enfoiiUant et batta>pL> topi^t autour ^ en pre-^ 
nantfes cernes plm grans:et n'efipofiible que les Chiens 
ne redrejfent les erres , ou q'-^'ilX ne le boutent : toute f 
fois qu'ilz^pajferont bienfiuuenùj dejfm quelques Lte^ 
ures y premier quùlzj, cueillent fortir de la gijh, ou bien 
fe laij^eront prendre dedans. Combien que le loué gran-^ 
dément de 'veoir défaire la nuiSl duLieure aux Chiens y 
et t aller quérir et pouffer en la gifle ,fi efi-ce qu'il me 
femble que ceji i;;/o chof^^ trop longuç^ , et dc^ 
peu de plaifir , par atitant qu'ilzj nefonL> que balancer 
et troRer. oi^r^is feroit beaucoup plus court , et dc^ 
plus grand plxifify de le trouuer et chercher en la ma- 
nière qui s'enfuyt. 

^lu^and trois bons piqueurs feront enfernble, et qu'il'^ 
* ^erronL^ que les Qhiens rencontreront de la nuiB d'^vn 
Lieure y en quelques bledz, , ou autres gaign âges , ilzj 
doiuent regarder la faifon ou lU^ (eron/U, et quel temps 
il fera , car fi ceïl au Printemps ou Eslé , les Lieures 
r*efegiftent pas au fort ^ acaufe des Fourmi, et autres 



T A oy ES DV FOVILLOVX. ^ip 

BarboîT^y et des Serpem et LaifarâX^^qui les cbajfent 
des fortz^ , alors font CGntraint7 de leur ^^ifter dedans 
les bledX^jgueretZo , et lieux foitles. En Hjuer Hz. font 
le contraire y carilz^fegifentm quelques gf os h ailiers 
oufortz^yfnncifalementquandles n^ent'X^ de Galerne 
et Hautain régnent, lefquelzj tl^ craignent grande7nent. 
Or donc félon le iemfs et les lieux ou d\ 'verront^ que 
les Lieme s feront au gifte, îlz^j doiuent appeller leurs 
(jhiens , et battre tout de rang y et en accoutrant les 
Qhien^ a telles queïles, lïl^ trouueront plm de Lieures, 
et auront plus de plaifir, que non pas de leur apprendre 
a dejfatre la nui^. Et pourront drefer leurs Chiens dc^ 
telle forte , qu en frappant ^jn coup dc^ gaule fur les 
broJJ'es , les Chiens fe battront^ a qui entrera le pre^ 
mter, comme font^ les Chiens d'oj féaux a la remifc^ 
des Terd.nx. 

§lnand le Lieurefera lancé et bouté, lepiqueurfen 
doit aller fur les ^vojes , et appeller tous fes Chiens en 
forhuant ^ et fonnant de la trompe ^Jam bouger du liei^ 
ou il fera/tufques a ce que fes (Chiens ayent tot4^ pafé 
deuant luy. Puis quand il les ^erra tovts outre- pajfez^y 
et ameute^ fur les eircs du Lieure ^ il les dojt fuy^. 
ure tout bellemeri/t^ fans approcher d'eux , ne les preffer, 
etfamguerescrier,nefonner delà tronipc^^ , par ct^ 
qur' au comm an cernent que les Chiens l'Gn4L> bouté , la 
chaleur les transporte njolontiers y et fi Ic^ piqueur les 
prefoit y il les efchauferoit encores d'auantagc^ y qvti 



.t 



ti. VENERIEPAU 

feroit canfc^ qu'ilz, outrepajeroyent les erres, a^ali 
quand îl\^ ont couyh tejpace d'^ne heure , et qu'ilzj 
font bien efchauffeKj fur les fujtes ^ il fourra approcher 
défis Chiens, par- autant qu'ttT^ auront^ perdu la cha- 
leur^ et qu*dz^commanceroY2tj a courir jagement. Et 
fiir tout 3 il dojt regarder les premières ruXes et malices 
que fera le Lieure ^ comme i'aj dit cj deuant , et fç^ 
gouuerner tout le iourpar la : car toutes les autres qu'il 
fera femhleront a iceUcs. Et félon les ruz^es qu'il ^ erra y 
et le pays ou il fera , ildoit faire fis cernes, grans ou pe^ 
tis, longs ou efroitZj, en cherchant les lieux les plus com^ 
modes, et plus fraizj pour lenez^ de [es Chiens. 

Jl y ha deuxfafons de prendre le Lieure a forcer, 
qmfont^, que les ^ns le prene •vLj fans forhuer , mais 
fuyuentj fulementles Chie^ts par ou ilz^ ^onL» ,fans 
abbreger les ruz^es. Et mefimble que cefie prtfi^ eji la 
plus honorable , d'autant qu'on cognoilî la bonté , force j 
et 'vigueur des Chiens, 

Les autres le prenent autrement^, car depuis quil%^ 
ont 'v eu faire le premier cerne a <vn Lieure , et quit\ont 
heu cognoijfance du pays qu'il tient en fis fuytes , ilzj 
^ont gaigner les deuantX^ pour le ^veoir a njeu'é , et en 
cefl endroit forhuent leurs Chiens, abbregeans les ru^es. 
Et quand les Chiens fin^L* dreféX^en cefie forte , tlzj 
font défi bonne créance , quill^ latjfent leur droit pour 
aller auforhu , qui ef caufe que les Lieures ne courent 
quebien peu deuant eux. Et certes qui 'veut faire^ 

grande 



lAQJV^ES DV FOVILLOVX. % u 

grande execi4tion de prendre Lieures ^ ie loue gr an de-- 
ment les Chiens qui frenent de grans cernes en leurs 
de^aux : toutes- fois que four hien 'veoir chajfer^ îln'efi 
queQhïens qui^fuyuentle droit, Adaispour ahhreger 
les LieureSy ie donne la loUange a ceux qui frenent les 
grans cernes y far ce qu*îlzj enuelofpent dedam Joutes les 
ru\es et malices des Lieures, 

J*eiife defcnft plus amplement le moyen de bien hal- 
1er les Chiens , mais d'autant que t'en aj donné intelli- 
gence, tant^ en la vénerie du Qrf, quaux chaffitres 
cj deuant, trait ans des malices e^ ruT^s des Lieures: 
par lefquelz: chaffitres les fiqueurs feuuent cognotftre 
entièrement les fecretH^ et mojens dc^py gouuerner , et 
au fi qu'il j ha tanùj de bons maijtres qui entendent^ 
l'ejlat^ ie me fuis deforté d'en faire plus ample récit. 



0-1 



2 2 2 



VENERIE PAR 

Comme on doy t faire la curée du Licure aux Chiens^ 

Chappitre L I X, 




QV u4 N D le Lieure fera pris , il faut qt4.e It^ 
'^'Valet de Chiens coupj^e de petites gaules oui houf- 
fines bien déliées a ^jn arbre ^ puis prendra le Lïenre^ et 
le portera en quelque beau lieu ,fus de therht^ la plm 
nette qu'il pourra trouuer. oyllors le piqueur dcfcendra 
de Qheual ^ qui fonnera la mort du Lteure ^ pour ap-- 
pellertomfes Chiens. Ce fait Je -valet de Chiens défendra 



I A Q^V ES DV FOVILLOVX. 22:5 

la curée des Chiens, auec fes gaules , lefquelz^ ahhojront 
tout au tour de luj. Le pc^ueur formera toufiours, corn- 
7ne deffus , en frottant fcj Chiens auec la main , leî4r 
monïirant^ le Lieure y en difant^ "Va le mort, Tpiis le 
Prendra &tl'ouurira ^ après le de^oiîtliera deuant eux, 
en luj osiari/Li le pas ^ lepoulmon , et la peau y lefôjuelX^ 
il encruchera en quelque arbre, de feur que les Qhiens en 
mangent , par ce qu'ttX^ leur font fort contraires «, telle* 
ment qu'ilz^ en tombent malades, ^luandle Lieure fe* 
ra dejpouiUé et ouuert, le piqueur prendra le pain, four* 
mage y et autres friandifes ^ le f quelle s il mettra dedans 
le corps du Lieure y afin de les arrouz^er et brunir dc^ 
fang. Puis prendra le Lieure y duquel fer a les efpau- 
les et la telle y qu il mettra en fa gibbeciere ypour donner 
a quelqu'un defes ieunes Chie7iSy le quel n'aura ofé ap* 
procher de la curée, oyllors le ^ alet de Chiens aura fa 
corde toute prefle pour bien attacher le Lieure par qua* 
tre ou cinq lieux y afn de faire tirer fes Chiens , et qu'- 
njn n'emporte pas tout : puis le cachera y et fen ira a 
cent pas de la porter fon forhu. (j pendant /(O piqueur 
efiendra fa curée de four m age^ y et autres friandifes , 
brunjes dufng du LieurCyfurtherbe nette y et la def 
fendra des Chiens auec fa gaule. Cela fait y ilcomman* 
cera afnner pour Chiens y et leur lai fer a manger la eu* 
rée y en les refioi4jfû.nL>y et frottant les cofieX^ fonnant 
incefamment pour (Chiens, ^^and la curée fera pref 
que acheuée ^ le --valet de Qhtens qmferay comme^^ dit 



ÎÎ4 VENERIE PAR 

esly a cent pas loing du fiqueurj doitforhuer Je s Qhiens 
auec la trompe : foudain le fiqueur les menacera, et 
fejfera aneclagaule , en criant ^ Ef coûte a Ihj ^alet. 
oyllorsle njaletde Chiens lenrmonïirera le Lieure, le te- 
nant leflm haut qu*il pourra auec les mains: et dojt 
tenir fa corde par 'vn bout^ a laquelle le Lieurefera at^ 
taché par l'autre bout. Tuis quand il ^v erra fes Chiem 
tous au tour deluy , // iettera fon Lieure^ au milieu 
â eux y et leur latjfera manger , après les dojt mener 
boire auant que les coupler, G t encore s pour bienfairc^j 
les faut ramener au logis tous defcoupleT^ afin dc^ les 
la'tjferpaijire, par ce quil%Jon^fubie£tZj a eftre mala^ 
des quand ilzj> ont mangé de la chair de Lieure.-puis doit 
auotr du pain, pour leur donner après la curée ^ftlT^ en 
veulent manger, de peur quHt^ ajent mal au cueur , et 
quUlZi rendent leur gorge, 

^Fin de la chajje du Lieure. 



I A QJ/ ES D V F O V I L L O V X. 227 

faire entrer. Et fefauthïen donner garde an comman- 
cernent qu'on les droijfe de les rudoyer y ne auelcs T^ef- 
fons OH P\.egnardzj les blejfent en terrc^^^ par autant que 
ftlzjj efloyenlL>hattîiS on outragez,» ^ ilz^ n'y ^ou^ 
d^'oyent^ plus retourner, oA ceflc^ cauf^^ on nt^ 
doyt iamais fairz^ entrer les 'BafetT^es terres ou il y 
ayt de vieux T^effon^ ou Regnardz^, que premier ill ne 
foyent^ drejfez^ , et quilzj n'ayent leur an accomply, 
Encor es faut- il mettre toujiours vn 'vieux Bajfa de^ 
uant eux , qui endurera la fureur des Tejfom, Vom 
pouucK, droijfer les Bajfetz, et mettre a la chair, en plu- 
Jîeurs manières , do}îlL> la première eïl ,qu en la Jaifon 
que les Regnardzj et Tejfons ontj leurs petis , il faut 
prendre tous les vieux Bafet\ ^ et les latjfer aller en 
terres : puis alors qu'tlzj com?nanceront a abboyer . on 
doyt tenir tous les ieunes au près des pertuysy vn a vn, 
de peur qu'dz^fe battent, et leur faire efcouterles ab- 
hoizj* Apres que les vieux RegnardX^ou Tejfons feront 
pris, et q '4^' il ny aura plus que les petis faut prendre tous 
les vieux jiajJetZj,et les coupler,puislai(?er aller les ieu* 
nés, lis hardtfant en terre, en criant, Qoule a luy Bafet, 
Qoule aluy, hou, prenez^, preneT^ Et alors qutlX tien* 
dront qtietque leune Tefonneau ou Regnardeau, il leur 
faut latjfcreflrangler dedans la tranchée oupertuys ,fe 
prenant bien garde que^ la terre ne tomber fur eux, 
de peur quelle leur nuyfe. Ce fait faidra porter tour 
lespettt2^ Tcjfonneaux ou Regnardeaux au logis, et en 

T tj 



123 VENERIE FAX 

faire fricajfer les fojcs et le fang, auec au fourmagç^y 
et de la greffe, fuis leur en faire curée , en leur mon^ 
frantji la tefte de leurgtbhier. oyJpres que la BaffetK^ 
auront^ mangé la curée, ou bien aufar-auanL> ^ îl les 
faut lauer d'eau tiède , auec dufauon , four faire tom- 
ber la terre , qui fera mefée enîrc^ le poil et la peau, 
car autre7nentj> ilzj pourroyent deuenir galleux, d'njne 
galle qui ferait fort dtffcile a guarir. On les peut en- 
cores drotjferen ^jne autre marjierc^ , ffauoir eH: Il 
faut faire^ prendre^ de 'vieux Ti^egnardX^ ou 'j efforts 
tous 'vifz^ , parles 'vieux Baffetz^ , et auec des tenail- 
les propices a ce faire j comme pomnTL^^ecir en pour- 
traiB-ure cj après , les prendre, et leur ccupper toute la 
mafchouére de dtffoubT^, la cî^fcntfcheX^ les gr ans cro- 
chi'tT^, et ne toucher point a celle de djfus, par autaTit^ 
qu'elle montrera toufiours la fureur de la befc^ , fans 
pouuoir bltffer ne faire mal ^pres faut faire faire des 
terres en in pré, Ufquclles doyuent cflre ^ffeT^larges , a 
fn que les Baf^etz^ ajen^tj e[f)ace de Itur tourner et 'vi- 
rer, et entrer deux tout de font , puis couurirles terres 
d'ais , et de gaXon. Qlafait , on dojt mettre Ic^ Tefcn 
dedans, et lafcher ttm les BafetZj leunes et 'vieux leur 
donnant' courage , et les enhardifant commet art Ic^ 
requiert. Et quand ilz^ auront^ af^ez^ ahbajé , faut 
frapper fept ou hujt coups de bejche au ccHé , pour leur 
donner hardieffe quand ortbefchera, T^uis faudra leuer. 
les a^^ a l'endroit ou fera le Tefon , et le prendre^ auec 



lACLVES DV FOVILLOVX. 229 

les tenailles j en Iz^ tuant deuant eux y ou bien le faire 
efirangler a quelqw.^ Leur ter , pour leur enfairc^ cu^ 
reçu, 6t faut auotr dufourmage en 'vnt^ pochette, pour 
leur ietterfoudainemeniL^fur leurgihbier quand il fera 
mort. 6t fi d'auanture on ne 'voulait rompre^ la maf- 
chouére de defouhzjdu Tefon, tl luj faut coupper tous 
les crochetz., et toutes les maiftrefes dentz^^depeurqtiil 
morde ^ et face mal. 

T iij 



23» 



VENERIE PAR 



Du naturel Se cornplexion des ]^e*-^ 
giiarJz, ôc Blereaux. ^ 

Chap LXI. 




TO VT ainfi ^u'il y ha deux eJJ?eces de BajfeîZjy 
il y ha jemhlahlement deux efjjeces de Tejjom^ et 
de RegnardT^, ffauoir eji des TeffonSj de T^orchim 
et de Chenms : et des Regnard^ ^ de grans^ et defetis 
Gotipilz^. (ymhien que plujieurs 'veulent dire quelles 
TeJ^onsfonLi tous d'^vnemefme forte ^ et qu'il n*y ha 



I A QJV ES DV FOVrLLOV}^. 131 

point de différence^ entre les Parchim et Chenins , (i 
eji-cz^ que ie letir proaneray le contraire y tant par la 
couleur etfa^on des b estes , que par leur naturel. 

Le naturel des T^orchins efi tel, qu^anfortir de leurs 
terres tl7^fo?it^ ^volontiers leur jiante : etnelafo?pLj la-^ 
maïs qu'dT^ nefacent "vn petit pertuis anec le bout du 
nez. , ou bien auec l'ongle, puis jiantent dedans , ce que 
nefjntpasles Chenins, et font les Torchins plus com» 
miinement leurscan'Crnes dedans le fable , et autres ter-' 
res aifées a motmoir , qu'ilz^ nz^ fontLi pas ailleurs y 
et en lieux defcouuertZj , pour auoir la chaleur du 
Soleil , dormans inceffammeniL> : aufï y prene?pL> 
Hz, plus dc^ S^^f^^ quc^ les Chenins. §luant au 
pelage^ , les Porchins fon4Lj plus blancheajires , et 
it^ le poil de defu^ le nez^ y et de deffoub7 la q^orge^ 
beaucoup plus blanc que^n^ ont pas les QhenimyCt file 
cor f âge en eïl 'vn peu plus grande la tesie et le nel plus 
gros : combien qu*ily ha peu d'apparence fi on n'y r^- 
gardedehienpres. Le naturel des autres, qu'on apVeU 
le Chenins ,eft tel, etles cognoifra on en cefie manière. 
Ceft qu'ilz^ 'vontj aux pour chat z^plm lomgqueles au^ 
très , faifantj leur fiante au lomg, de telle fapon que 
celle des Regnardzj. flZi fe tiennent ^volontiers dedans 
les fortes terres , ou dedans les rochiers , faifant leurs 
foffes et cauernesplm profondes et efiroicfcs qnz^ non 
pas les Porchins : tontes- fois qu'Un y ha pas tant^ de 

T liij 



232 V E N E R lE P A R 

mères ne de carefcurs qu*en celles des T^orchins , d'au^ 
tant quùizj nefeuuentfas mouuoirles terres fortes et 
rochïers , comme les autres forptij le [ahlt^ ^ e-tlcs terres 
mouuantes. (es deux ej^eces nefe tiennen^îLj foint en- 
femhle, et a peine les pourra-on trouuer a 'vne li eue près 
t'vne de l'autre. Les Chiens de terre craignent bien plus 
les Chenim que le4 Porchim, car ilz^J ont plus mauuaisj 
et plus pu an tl^. On les pourra en cor es cognoiJJre aupe- 
lage , lequel ejt tel. Les Chenins cnLj la gorge ^ U nez^y 
et les oreilles iaunaïlres, comme la gorge d'^ne JVtartrey 
et [ont beaucoup plm noirs ^ et plmhautT^fur iamhcs 
que les autres Les deux ejj)eceé n.iuent de toutes chairs, 
et mefmes njont aux charc ngnes. 11%^ font g^r^n d dcm^ 
mage aux garennes, et principalement auxpetU lapre-- 
aux , qui font^ dedans les raboulieres : car il?i, per- 
cent droit deffus la rabouUerç^ , la ou le Rcgnard fîiyt 
du long. Je leur ay "veu prendre^ deu^^?pL: moj les pe- 
tis cochons de laiB, lefquelT^ ilT^ îrainoyent^ tous 'vifz^ 
en leur terrier. Ceïl ^ne chofe certaine^ quilz, en font 
plus friand^ que^ de^ toutes autres chairs , car fi on 
paffe njn carnage de Force au par deffus leurs terrier s, ilT^ 
ne faudroniLj tamaisdefortirpourj aller. JiXnjiuent^ 
de toutes fortes de gibbiers, comme oj es .pouletZj^et leurs 
femblables : /o /<o ffaj par expérience^ , car t'en ay 
nourry de priueT^ iufques en teage de quatre^ ans: 
ilz:p)ntplaifans et de bonne nature^ , fans mordre ne . 
fairc^ aucun mal^ ne faifantj que iou'ér auec les petis 



I A QJV ES DV FOVILLOVX. 253 

rhiem , et dormir la refie du tempsiet quand ie les appel- 
loys .tïlyenojent amoycornme Chiem, me fuyu^nt la 
fart ou taUojs. 'Jl^font fort frot dur eux , e4r fi on les 
laijfe en quelque chambre ou il y ayt dufeu, tlz^feny^ 
ront coucher dedans, et fe hrujlercnt les pedl^, lefquelT^ 
font fort difficiles a guarir. fl^fi nourrtjfent de pain, 
depetis off elet\,fomm âge, fuit agç^, raifim , harhotz,: 
fomme ilz, mangent de tout ro cj^u'cn leur 'Veut donner* 
^■and îlnege, ou fait autre fort temps, tlXj^efortent^ 
point hors de leurs cauernes , aucunes-fois dc^ deux ou 
troys tours, ce quc^ t'aji 'veu par expérience^ : quand 
la nege efioit tombée deuant leur pertujs , te ne trouuois 
point qudzjfufcntfortjs , et y fuis allé par deux ma- 
tins eîifujuans, et au dernier les trouuaj fortis ou ilzj 
allouent pourchafer leur i;ie. Qeft plaifir de leur <veoir 
amaferle bourre, comme paille, fougère, fueiUes, et au^ 
très chcfeSy Hz, affemblent tout en 'in m.onceau, puis ^- 
uec les quatre iambes et la tefe en portent et trajnent 
autant en in coup en leurs cauernes , qu'Hun homme en 
ffauroit porter d'in bras foub'^fcn aifelle. L'z^ont cejle 
malice, qu alors quilz^fe 'vojent abboyeT^des Safetz^^il^ 
ferment les pertuys de leurs cauernes après eux, de peur 
que^ les BaffetT^lesfujuent, Etfion les fait ahboyer 
deux ou trois foys dedans les terres , Hz, remuent^ leur 
mefnage, et fen 'vont en 'vn autre lieu.flz, 'vïuent lon^ 
guement, et quand Hz- font bien 'vieux, les 'vns deuie^ 
nent aueugles, quine peuuent fortir de leurs fcffes: fife 

T -0 



234 VENERIE PAR 

font^ les majïes, les femelles les noi^irrifent, et fifefontj 
les femelle s y les ma/les fo7pL> le femhlablc^, Ilzj meu- 
rent atijst dc^ d*artres qui leur njïenent par tout fur la 
peau, comme Ion "veoit njenir aux Chiem : qui effla rai- 
fon pourqtioy on dojt lauer les Baffe t^j» comme i'aj dit 
cy dejfus , par-ce^ que la terre engendre^ les dartres, 
fay "veu toutes ces chofes cj deffus mentionnées par 
experienc^^' 

Les Tefom font de dure 'vie , car ïay njeu plufieurs^ 
fois de bons et fortz^ Leuriers après les Teffom, qui les 
mordoyent (l ajj}rement quilz^faifojentforttr leurs trip- 
pes hors du 'ventre^ encores fe deffendojent^ et ne njou- 
loyentpa^ mourir. Ce fi "vne chofe certaine que les T^f- 
fons craignent le nez^ grandement^ , au fi ne leur f^au-^ 
roit on donner fi petit coup dc^ bafon defus qudz. nz^ 
meurent foudameme72t^. 

Quant a la chaffe des Regnardz.y ilj ha peu deplai-^ 
fir, principalement en la terre y par- ce que depuis qu*il^ 
fentent les Bafetz, qui les ahbojeprtjy il^ bouclentjj et 
fortent foudamement dehors , excepté en la fa f on quni^ 
les femelles ont leurs petùjefjuelz^ UXjie veulent aban-- 
donner. Jlz^ font 'volontiers leurs terriers en lieux maU 
^jfez, a befchery comme dedans des Rochiers , oufoubT^ 
^quelques arbres, et n'ont qu'^v ne mère, qui vafortloingy 
laquelle efv fort eïlroiEiz^, 

^lu and les BafetJ^onfvne fois accdé les RegnardT^ 
ilzjfe deifendent quelque peu s mais ce neftpas de telle 



I A C^V ESDVFOVILLOVX. 2:5 

'vigueur et hardiejfe quc^ les Tc^qîm ^ et n'ont Idmcr' 
fure Jî danger eufe, St en pent "vne Regnarde en la far 
fon quelle^ eft en amours ^ et' qu'on luj couppc^^ la nar 
ture, et le boyau qui la tient:, ^^^c ce les petù roignons, 
qmfon/iL> caufe dt^ tengendrement, qui eft ce quc^ les 
chatreux ojient aux Chtenes quand ilz^ lesfennent:, pus 
mettre le tout^ coufp par petis loppins, en quelque pe- 
tit pot ^^ tout chaudement :, et prendre du QaJbanunL^^et 
le mettre dedans , en méfiant tout enjemvle, et couurirle 
pot, de peur que le toutfefuentc^, cela fe pourra garder 
toute tannée^ , qui feruira alors qu'on voudra fairt^ 
quelque traînée^ pour faire 'venir les B egnardzj.en pre- 
nant du cuyr ou coHanne de lard, la mettant Jur le gril, 
fuis quand ellc^fcra bien grillée, et toutes chaude, il la 
faut tremper dedans le pot ou eft la nature de^ la Re- 
gnarde, et le Galbanu7?u , et en faire toutes les traînées: 
alors *vom njerreT^ que les Regnard^ ojous fujurcnt par 
tout. Aiais il faut que celuj qui fera la tramée , frotte^ 
la femelle de fcs fouliers de bouT^e deVacLe, de peur an^ 
Hz, ajent le 'vent defes piedzj. Voyla comme il faut fai- 
re 'Venir les R egnardz^ pour les prendre au pege , et pour 
les tuer aufoir auec l'arbalefte^ ^'^fi '^^^ ^hcfe certaine, 
que fi onfotte "vn Bajfet de foujfre , ou dijujle de ca- 
de , et qu'on le fact^ entrer en des terres, ou il y ajt des 
RegnardT^ou Te fions, ilz^ fie remueront^ dc^ la, fans y 
retourner de deux ou trois moys. 



%SS VENERIE PAR 

O^mmc ilfautbefcher^Sc prendre les Regnardz.&: 

Tcflbnsj &: des inftrumcntz qu'il faut a- 

uoir pour ce faire . 

Chappitrc Lxil.' 




I VS Seigneurs qui'voudrorzt^ exercer la chaj?c^ 

dej Chiens de terre, il faut qutl^fojent eqmffeZj 

et garnis des chofes qui penfujuent- Tremieremen^t^y 

d'^vne demye doulame^ de forts hommes, four hefchery 

à'^ne dernje douz^aïne de bons Chiens déterre, four It^ 

moins. 



I A CL V ES DV FOVILLOVX. 2:7 

moins, qui ajentj chafcun njti collier au col , large dz^ 
trojs dotgtT^ y ctgarny defonnettts , pom t entrée^ ôm 
terres, afin que les Teffons f acculent flm tofit , et au fi 
que les colliers les garderont a'eftre l^lejfe\j Et a t heu- 
re qu'on ^ erra les Teffons acculeT^, ou que les BaffetZj, 
foje?pL las, et hors d'haleme, ots bien quc^ les fonnettes 
fufftnt pleines de terre^, il faudra prendre^ les Bafetz^y 
et leur oficr les celliers : mais au commancement ilzjfer- 
uent grandement , d'autant qu^ le Tefon Çen accule^ 
plus toft, T^lus, pour reuenir au propos, le Seigneur dojt 
auoir fa petite^ charrettc^^ la ou il fera dedans, auecla 
fillette^, aagée defezjt^ a dix et fept ans , laquelle luy 
frottera la teBe par les chemins. Il doyt auoir demyi^ 
douT^inç^ de mantes , pour ietter contre^ terrt^, afin 
d'efcouterl'ahhoj des Bafietzj: ou bien pourra porter 'vn 
Itct plein de ^^tnt , lequel on pourra faire en cefie maniè- 
re, 'jl faut coudre des peaux enfemblc^ en carré , et 
de la grandeur d'<vnepaillacc^, et que les coufiures en 
fojent aufifubtiUes que celles d'^ne balc^^: puis quand 
tout fera bien coufu tout autour , il faudra mettre^ a 
^n des coings 'vn petit buffet, en fa f on de celuj d'^nc^ 
baie ou d'^ne corncmeufi^, qui fe ferme de luj-mcfmes 
quand le 'venL^fera dedans, puis Remplir auec njne fe- 
ringue^, ou auec "vn bonfouftet , fait a la femhlance^ 
de celuj d'^n Orfebure^. "Toutes les cheuiUes et paux 
de la charrette^ do'^uentj» eïïre^ garnis de faccons et 
bouteilles^ et dojt auoir au bout de la charretée ^n cof 



238 VENERIH PAR 

jre dc^ hoys,ple'm de coqs d'Inde fioidzj, iamhom ^ Lan- 
o-uts de Bei^fy et autr&s bons harnois de gueide. Et fi 
c'efi en temps d'Hyi^er , il fourra faire porter fin petit 
pauiUon, et fairc^^ du feu, dedans pourfic^ chauffer , ou 
bien donner 'vn coup en robbe^ a la nymphe. Les in^ 
firument\pour befiher, doyuent efire premiereme it^ 
des tarières, de deuxfiortcs de p ietes : fifauoir efi, de lar- 
ges et deftroiîesy'vn coup ar^ fait en façon drune pieté, 
lequel dojt elîrc^ acéré pour coupper les racines, 'vnc^ 
befichefort larges, pour tirer la terre, 'vne racle pour ou- 
urirles r/ieres et gouletz^, de laquelle on tirera la terres 
hors j des tenailles pour arracher et tirer les Teffons des 
pertuis, des paelles dc^fer et d^^ bojs , des fiacT^ pour 
mettr^L^ les Teffons /vif^ dedans, <vnepaelle ou autres 
^aiffeau pourfairc^ boire les pet is Chiens, Stfaut quc^ 
le Seigneur marche^ en bataille^ de cefie façon, equip- 
pé de tous les ferrements, cj de [fus rnentionneT^, a fin 
d'aller donner tafaut aux gros Teffons etl^ulpins en leur 
fort , et rompre^ leurs chafimates, plocu , parajpetz, , et 
les auoirpar mmt^ et contre-mine , lufques au centre^ 
de la terrc^, pour en auoir les peaux a faire des carcans 
pour les arbaleïticrs de Cafiogne. l'ay pourtratt cj a- 
près la forme et façon de ch a fie un des ferrementZj, 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. 141 




Paelle de fer ^ pour befcher. 
*\B^cley foHY nettoyer le>s mères et ùertfiys. 
Coupant acéré', ponr coupper les racines. 
Facile de hjs.pour ietterla terre* 



^ 



e4- VENERIE PAR 

Comme on doyt lafcher les Bafletz fc elon les 

terres qu'on veoit. Et ce qu'on doyt faire 

pour befcher &: miner les 

Teflbns, 
Chappitre LXIIL 




Il F <^VT icy entendre^, que fremter qut^ laf^ 
^ cher les Bajfet^, on doyt regarder Us terres quelles el- 
lesfontj, a le lien ou elles fintjfnuées, e4 la ou fofîtj 



lACLVES DV FOVILLOVX'. 145 

les acC'iiZj, car autremcntj on feroit tout an rebours de 
la chaj^e, â^ autant que (î l&s terres eïîoyerît^ en pante^ 
de coiiftaiiXy il e fi requis de n^ettrele^ BafetZjfarlc^ 
dejfouhz. , deuers la vallét^ , a fin d' acculer les Tlefi^ 
fiom Jtir le haut du coujkiut y la ou Us terres ne font P/ts 
fi profondes, pour les beficher plus ajfiémentj, (t/iutre- 
ment .filles terres eïioyenL) en ^une mottc^ , et qu* elles 
fiufient toutes rondes, la ?notte efiant afiifie^ en lieu pla^t, 
ilfiaut mettre les "BafietT^ aux pertuis qui font-j les plus 
hautz^ ,fiur la fiormnité de la mottc^* <i^4ais premier 
que de les laficher en telles terres, on doyt fiapper 'vingt 
OH trente coups de la te fie des pietés fiur Ic^ haut des ter- 
res , apn defiairc^ defiogerles TefiofM du milieu d'iceU 
les , pour les fiairc^ deficendrc^ aux acculz^, qui fionlL> 
au bas de la motte^. On dojt toufiours laficher a l'en- 
trée^ deux ou trois BafietZj^ afin quen leurfiureur ilz> 
puîfientj deibranler et départir les Te fions , qui fieront^ 
enfemble , et les chafier aux acculzj, . Jlzj ontj vne ma- 
lice de fie fiaire abhoyer aux carrefivurs, et tienent fiort en 
telK, Vaux contre les BafietX^ (té t heure qu'on veoit qu'^ 
ilzj fiant aux abboil^en telzj endr^itT^, il ejl requis fi^ap- 
per deux ou trois coups depiete.et Çilz^ ne veulent def.o - 
gerpour telle chofe, îlfiautfioudainement mettre la tariè- 
re ronde pour les deficouw- tr. Et alors qu'on verra quilz^ 
fieront a taccul on ne doyt pa$ po cer au droit d'eux, mais 
fiaut percer au droit de la voix du Bafiet , pour autant^ 
que fil on perçoit droit fiur eux , //^ retoumercyenLf 



k 



344 VENERIE PAR 

dedans les grandes terres ^ et forceroyentL» le Bajfet y a 
cejie caufe il faup percer y comme ïay dît y au droit delà 
njoix du Bajfet y auec la tarière ronde y car eUc^ enleuc^ 
fa terre fans quelle tombe dedans : puis foudam€me7vL> 
mettre la tarière plate dedans le pertuis du rondy a fn 
qu'il ferme la mère tout au trauers , de peur que Ic^ 
Tefon reculaft fur le Chien, Stfd eïtpofihle à*enfer^ 
mer le Chien par le derrière de la tarière , H fer oit fort 
bon y carfi c'e/ioit par le deuantj , les Tenons le pour^ 
roycn/L) battre et rudoyer : par- ce qu'aucunes- fois il 
pen trouue en n^n accul fix ou fept , quipourrojentj 
battre et rebuter le Chien, ^ and la mère eft fermée 
de la tarière plat te y il faut faire fcudainementj la 
tranchée auec les pietés et paelles y afn d'auoir cjpace 
pour ranger 'vn homme dedans : et a t heure latfer en^ 
trerles Bafetz, en la tranchée y et les faire ablojer en 
ce lieu là ou on ^eoit batailles et a faux de toutes fa^ 
çom, Jlfefaut donner garde que les Tefom nefc^ 
couurentj de terre y ce qu'ilT^fcnt volontiers quand 
ilzj font acculez^ , tellement,^ que les BafetZj for^tj 
aucunes-fois defus y et ne ffamnLj ou ilz^font^ allez^. 
Buis quand on ha defcouuert leur chafmate et fort y il 
faut auoir les tenailles pour les arracher : mais il j ha 
miHere a les prendre^ y par- ce que fi on ne les prent qu'^ 
au corps y ilzj mordent^ et bleffeniLi les Chiens quand on 
les tirc^ dehors , toutes-fois on les peut prendre^ ert 
ceFic^ fortes : il faut ouurirles tenailles y et leur en 



I A Qjy ES DV FOVILLOVX. 54^ 

m^ttrc^ la moytiê en la gueule^ , l'autre moitié parler 
d^Jfoubz, de la machouerc^ , puis ferrer les tenailles, et 
^OHS /o tiendrez^ parles mafchoueres de defouhl, car 
Jl "vom le preniez^ par la mafchouere de dejfm du colié dvt 
ne\j, il mounoït fouhdainemeTvtj. Et alors que le tien- 
drez^ auec les tenailles, il Ic^ faut tirer etmettrt^ de^ 
da?M lefac , puis le porter en quelque^ court ou iardïn 
renfermé de murailles , et le laijfer aller , mettant les pe-* 
fis BaJfetT^apres: quand il fera efchaujfé, il ^viendra af- 
faillir les hommes comme fait "vn Sanglier. Et a telles 
cbajfe il eji requis d^eftrc^ botté, carplufieurs-fois ilm*-* 
ont emporté /c-^ lopin de la chaujfe, et la chair qui efioit 
par dejjouhH^. f^^Jf^^ traiBé plus amplement^ de^ 
ceïle chajfe , mais par- ce que peu d'hommes y prenenL» 
plaifr , fen aj efcript fuccmBementj, 

^ Finde laVenericS^ 



248 



VENERIE PAR 



lAQJVES DV FOVILLOVX. «41 

m Rcceptes pour guarir les 

CHIENS T> £ T L F S I^ 
E V R S MALADIES. 




^ ES Chiens fintj fubiecfzj a flufteurs maladies y 

maU laplm grande de toutes, c'eftla ragc^ , dont il 

y en ha/ept ejpeces. La première e(i appellée la ragc^ 

chaude^ ,&îrdefefperéc^ y laquelle nc^Je peut guarir , 

tiîj 



248 VENERIE PAR 

far- ce qu'elle eïltant ennemje âufang, qu'incontmentj 
cjtd^e le <venm eB mejlé par-mj , il le hrujle^ et infeBc^ 
Joudamementj: et alors que la ceruellc^fefptj les fumées 
de ce *venm, elle Je tormentc^ de telle façon que foudain 
elle fait defefperer et trau ailler le corps de^ ces paumes 
animaux , comme on peut ^eoir par expérience^. On 
cognoifiles Chiens qui ont cefe ejpece de ragt_j enpluji- 
eur s fortes. Fremieremen/L», quand ilz^ courent , ilz^le- 
uentla queue toute droite ^ ce qu'ilzj nc^fontjp/ts en 
toutes les autres rages, JIk^ courent fus a tout ce qu'ilT^ 
trouuent deuant eux^ tant aux befies d'aumaillc^, qu'- 
autres, fans regarder par ou ilz^pajfentjjfoit au trauers 
des riuieres ou ejkings : et fi ont la gueule fort noires y et 
fans efcumt^. De cesie efpece de ragc^^ ilzj ne courent^ 
que troys ou quatre iours pour le plus^ a caufc^ du mal 
et trauail que leur donne cefle maladie^, ^luand il?j 
ne Peuuent plus aller ^ H\Jûurknt i)ne façon d'hurlement 
tout café y et rancç^^ non pa$ naturel ^ commet filz^ ^- 
foyen^fains. Toutes les heHes quilz. morderonLfy 
tant-j Chiens qu'autres animaux ff il en fort du fang^ 
ïlz^ enrageroTit^ fans aucun remedç^. 

La féconde ejj?ece dc^ rage.fe nomme rage courant t^'^ 
laquelle eïi femhlahlemenLj incurable^ ^ mais la morfu- 
re n'en eïipasfi njeneneufe ne dangereufe enuers les au^ 
très animaux y que de l'autre^y par ce qu'elle ne tieniL> 
poi incefamment^. Et quand 'vn Chien efi enragé de 
ceftc^ efhecc^ de rage ^ /c-^ premier Chien qu'il mort 



lACLVES DV FOVILLGVX. i^p 

au comfnancement^ du tour , emporte^ tout fon 've- 
nin, et fera en danger d'enrager : maM tom les autres 
qu'il mordra après la refte du iour ^ ne cuyderontj pa4 
enrager. §luand tlzj ont^ telles ragc^^ tl ne courent^ 
ahefies ,ne ahommes y quaux Chie?is ^ et p en 'vont 
efcoutans pour ouyr les abboi\ des autres Chiens- :, afin 
de les aller dejbrajer et mordre. Ilzj fujuent les grans 
chemins, et mettent la queue entre les lamhes ^trotans 
comme fait njn Regnard : ilz^peuuent 'viure neuf mois 
pour le plus, (es deux efpeces de rage ,font les plm dan- 
gereufes de toutes les autres. Et quand les Chiens veu- 
lent enrager de ces deux ejbeces , on le cognoifi en cesfc^ 
forte. ^Premièrement, ilT^ ne mangent^ que bien peu. 
flz^fentent les autres Chiem , et après les auotr fentis; 
ilz^ les mordent en les cherijfant , et démenant la queue. 
lllfontLf de grans fiujhirs enfoufant du neXj ilX^ ont 
^n regard de trauers.ettrifie : îl\^ courent les moufches 
et papillons. Et y ha aJJ'eT^ d'autres fignes fort appa- 
rans , que ie laijfe a caufe de breueté. ^u^and on 'veoit 
telz^fignes j il les faut ofterd'auec les autres, et les en- 
fermer , car leur haleine pourroit infecler , et faire en- 
rager les autres Chiem, par ce que telles maladies f^^ 
prenent entr'eux ^ comme lapejte entre les hommes. 

Les autres cinq efpeces de rage ne font poj fi dan- 
gereufes de beaucoup , caries Chiens n'en courent^ , et 
71 en mordent point ^ dont le les penfe plus tofl maladies 

O 'v 



2^o VENERIE PAR 



que ragcu : combien queThehm et flnJïeHrs autres^ 
ont nommé toî^tcs les fept efjfeces , rages incurables, fi 
eft' ce que i*ajguary des Chiens de rage de cinq ejj?eces 
cy deffbubZ mentionnées anec les "jR^eptes que mettray 
en après par efcript, (es cinq ejpeces de maladie ou 
rage, Je nomment en cefie forte. 

La première f appelle rage mue , laquelle tientj de* 
dans Icj fang , et la cognoiïlrez^ en ceïie façon. Les 
Chiens quihnt ne 'veulent point manger :, et ont touf 
tours la gueule ouuerte, mettans la patte dedans, com-^ 
me^ fil^ eBojent^ enoJfeT^ , et yo cachent^ ^O" 
lontiers en lieu fais , et humidç^, 

La féconde^ ragc^ fappellc^ la ragt^ tomban* 

tc^ y par f(0 qu'alors quc^ les Chiens tont^ , / /fe 

fon4L> debout, etqu'ilzj cujdentL» marcher, HXjombentj 

parterre , commç^ ftlzj auojent Ic^ mal dc^ famP 

lehan : ceHc^ ragc^ les tient en la tefc^. 

La tierce rage f appelle flaflrée , pat ce que le mal efl 
dedans les boyaux ^ qui les fait retirer de tellç^ for* 
te qu*tlzj fcntfiplatZj qu'on les perceroit auec ^nt^ 
aiguille, 

La quarte ;f appelle la rage endormie, laquell-e vient 
d'vn efpece de petis njers, qui leur viennent dedans to*. 
rfce de l'cïiomach, et font engendreZj d'v ne corruption 



I A Q^ V ES DV FOVILLOVX. 251 

d'humeurs, dont les sapeurs et fumées leur montent au 
cerueau ^ ^ui les fait dormir incejfamment , ainfi meu- 
rent en dormant. 

La cinqiiiefme et dernière ef^ece de rage f appelle^ 
remnattque , par ce qu'alors qu'elle tient les Chiens , la 
tefteleurenfe grojfe, &t cntlesjeuxiaunes y delà cou- 
leur d'^'vn pied de ^Mdan . 

Sluand les Çhiem font malades de ces m aladies, iïl 

ne cuy dent pas manger y et ^iuenthuyt ouneuf iours 

fans faire aucun mal, puis meurent de faim. Qar il faut 

entendre que le Chien ha ceïic^ nature , qu alors qutl 

fent mal au deda?i^s du corps {ïentens des maladies qui 

Icurfuruiennentfan^ejlrehlefeZj) ilz^ne mangent ta- 

mais quùlzs nefojent guaris. St par exemple lepouuél 

^eoir , quand quelque Chien eji rnalade , et au on luy 

donne de l^ greffe , il ne la mange que premier il ne foit 

allé paiHre de l'herbe, et qu'il n*ajt rendu fa gorge, et 

foit guarj, 

^l y ha plufieurs hommes qui ont %'oulu dire que le 
^er qui "vientfoubz, la langue du Qhien, eji la caufe de 
le faire enrager , ce que ie leur nie : combien qu'on dye 
que le Chien ne court pas fi tojl en ce fie maladie, quand 
il ha le ver ofiéde la langue, le m'en rapporte^ a ce qui 
eneft. 

Ces maladies prenent entre les Chiens pourfhalener 
et fréquenter les vns auec les autres. Et eji befoing, 
fi quelque Qhien ha ces maladies en 'vn chenin , d'ofer 



2^2 VENERIE PAR 

topis les autres , et les remuer en 'vn autres lieu : car, 
comme l'aj dit cj dejfm y telles maladies fe frenent e?i- 
tre les Chiens comme lafejie entre les hommes. 

Lcsreccptes pourguarir des cinq elpccesderagc. 
Et premièrement de la rage mue. 

QV A N D 'vn Chien aura la rage mue , four /o 
^^guarir il faut prendre le poix de quatre^ efcuZj 
du iufi de la racine d'vne herbe nommée Spatula putri- 
da, di^te Pafferage y laquelle ha la fueiUe comme^frù, 
tout es fois quelle eïl "vn peu plm noire : et mettre ce iuïl 
en vn petit pot p lomhè , puis prendre le poix de quatre 
efciil^du iuïl des fueilles d'vne herbe nommée l'herbe 
du Qu, autrement Helebore noir, puis le poix de qua^ 
tre efcuX^ du iuïi de l herbe delà Rue. Si les herbes ne 
rendojent iuïl , faut prendre la decoBion d'tcelles. Et 
quand tous les iuïlT^ feront^ enfemble , // faut mettre^» 
autant dc^ vin blanc comme de iuïl dc^ Rue. ^uis 
faudra pajfer tous les iuïlT^des herbes , et le vm blanc y 
en vn beau Imge net y et mettre tout en vn verre. Ce 
fait y faut prendre deux dragmcs de Scamonée y fans 
efire préparée y et la mejler par-mj tous les iujlzj: puis 
prendre le Chien auec vne feruiette^ y et luy ouurir la 
gueule y en luy mettant dedans vne oviillettey ou enton-* 
noir y ou vne corne de ^Beuf percée y et luy faire aualler 
le tout y en luy tenant vnpeu la tefe leuéCy de peur qu'il 

rendz^ 



1 A QJV ES DV FOVILLOVX. 253 

rende fa gorge. aApresluy auoît baillé cefte médecin e] 
on le doitfatgner aaec ^n coupe au :, comme Ion faigne^ 
les Chenaux, en la gueule: ffauoirefly aux denteleures, 
qui font en la mafchouëre de dejfm au palais , qui eïi 
far le dedam de la gueule ^ et luj coupper deux ou trois 
denteleures i afin qu*ilfaigne f lus fort. Fuis mettrez^ 
repofer le Chien fur la p aille , et il guarira. Vous no- 
tere?i> que therhe^ que le lulgaire ap^pelle corne de Qerf 
ou dent de Chien y efl Jouuerame pour toute rage y fon 
fait boire au Chien Lmt dragmes du iuH d'icelle her^ 
be^auec <vnpeu defel, 

ï\eccpte pour la rage tombante , qui 
procède du cerueau, 

TZ/ faut prendre le poix de quatre efcuzj du tufl de 
^la fueiUe ou graine d'^ne herbe qu'on nomme T^onia, 
en Franpis'Teaune y t*entens de celle qui porte grai^ 
ne , Fuis prendre le poix de quatre efcuz^du iuft de la 
racine d^'vne herbe nommée "Brjonia ^en Fr an fois dpù 
FarCj laquelle herbe 'vient dedans les hayes.et ha la ra^ 
cine groJ?e comme la iambe d'njn homme. Fuis prendre 
le poix de quatre efcuZj du iujl d*^ne herbe qu'on nom-" 
me Croifette y en Latin Cruciata y puis prendre quatre 
dragmes Dellafacre bien brojéy et en poudy e, et le mef" 
ier auec tom les iuHz. des dejfufdites herbes y et fairç^ 
boire le iuïlau Qhien^ commet dejfus. Qda fait y il luj 



2J4 VENERIEPAR 

fjin fendre les oreilles pour le faire faigner y ou bien Ic^ 
fatgnerde dei^x veines qui ^viennent par le dedans d&s 
efpaiiles des iamhes de devant j qu'on appelle pour Us 
QheHaux, les arcs. Et fi d'aî4,anture on lojoit quc^ la 
médecine fift peu d* opération pour la première fois y il 
la faut réitérer, 

I\ecepte pour la rage endormie^ laquelle 
procède de vers. 

T^R E N E Z le poix de fix efcuXJlu iuB d'o^dh'^ 

Jînce, et le poix de deux efcuzj a<tAloe en poudre ^ le 

poix de deux efcuZj de poudre de corne de Qrf brufléc^, 

auec deux dragm&s d'une drogue nommée ^gartc.puis 

mejler les iuft\j, et les poudrej enfemble. Et fi 'vom 

'VoyeZj qu'il y ayt faute de iufi y et quc^ les poudres 

fuffent trop efpoijfes , pour faire aualler au Chien , // j 

faut mettre^ du "V in blanc lufques au poix de quatre^ 

ouflx efcuX^, puis fairc^ aualler k^ tout au Chien ^ 

commet dejfus. 

Reccpte pour la rage rcumatiquc 5 laquelle 
vient en iaunifle* 

F L faut prendre le poix de fix efcuX^ du iufi ou de- 

coéîion ^<o la racine^ dc^ Fenoil , /c^ poix dc^» 

quatre efcuX^ du iufi ou décoction de Guy ^ quicroifi 



I A Qjy ES D V F O V I L L O V X. 255 

dedans lùs ^luhefïm ^ le poix de quatre ejcul du m fi 
on decoBion de Lierre , le poix de quatre cfcu7 de pou-- 
dreoH rnarc de la racine de Toltpode , qui croiïi de^ 
dam les chefnes , et n^ettre le tout en *vn petit poiloUjCt 
lefairc^ hoiîtUir anec du ^in blanc , puis quand il fera 
refroidy ^npeu.illefautfoHdatnfairç^ an aller au 
Qhien^comme dejfm» 

Recepte pour la rage flaftrée.' 

QV A N T a la rageflafirét^, qui tient^ dam les 
^^ boy aux y et plujïeurs autres maladies ^ co7nme^ 
gouttes , ejîrufeures .refioidtjfemens ^ et toutes autres 
maladies engendrées dejroides caufes, elles jz^ guarif 
fentj par baings et efiuues , doniL> la recepte^ 
fenfujp. 

Recej)te des baings pour guarir les Chiens 
des maladies venues de froi»-* 
des caufes. 

T L faut prendre^ deux grandes poifes y tenan-^ 
tes chafcunç^ fix féaux , efquelles ^jcm mettrez^ en 

chafcunç^ dtcelles dix wintées dc^ chafcunc^ efj^ecc^ 
des herbes qui fenfuyuent^, Scauoirefi , d\x tomtées 
d'z^nz^ herbcLj nommée oylrmofey dix tointées de Ro- 
marin, dix iointées de Sauo-e mcnii^^^, dix iointees de 



1^6 VENERIE PAK 

racines oufueilles de Guyma!4ue4 Hanches^ dix iointées 
dc^ racines otifueiUes d'Hjebles , dix iointées defueil^ 
les ou racines de Fenod , dix iointées de <i^arachemin 
blanc, oH de <i!Melij[t^i dix iointées dc^ Ruc^ , dix 
iointées d' Enulacampana^ffauoir eit faeillc^ et raci^ 
nc^y dix iointées dc^ Lapaces ^ dix iointées de Bu* 
glojfe, et de c^eUlot: et mettre le tout dedans lesfuf- 
dikcs poilcs, lefquellcs faut emplir de deux partz, d'eau, 
et /c^ tiers de ^in , et faire le tout bouillir enfemblt^j, 
iufques a ro qu'iljoit consommé du tiers , puis quand 
les herbes feront^ bien cuytes , il faut prendre les poiles, 
et if t ter toutes les herbes et leur decoBion en 'vnepippe, 
en laquelle^ faut mettre^ quatre^ féaux de bonnes et 
forte lie de <vin : puis prendre lefdites poiles , et les re^ 
mettre fur le feu comme elles eflojent au par-auantj, 
les emplifan^s le tiers 'vin et eau ^ comme defus : après 
faut auoir 'vnfac neuf, et aller chercher des fourmieres 
et gros fourmis rouges, lefquelz^ faut prendre auec les 
œufX^ , et toutes leurs coques , puis les mettre^ boiiillir 
et confommer dedans lefdttess poiles, auec trois ou qua- 
tre picotins defel: et quand le tout fera bien confommé 
iufjues a la tierce partie , et que l eau fera bien grafe, 
il faut ^er fer le tout dedans la pippe ou ha eïlé ^verfée 
la première déco Bion , etlaiffer repo fer toutes les chofes 
f^fâiSes enfemble , infques a ce que le tout foit njn peu 
plus chaut que tiède : et a l'heure mettrez^ les £hiens 
malades dedans, les f aï fans baigner l'ej]? ace d'vnçu 

bonnes 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. l'Sl 

bonne heure , pins fortir. défais il fe faut donner gar- 
de d'eux , en les tenante , de peur qu'ill^fenoyenl.*, 
ou euanoujffentj deda^is la ptppcj. "Tuù après les 
faudra mettre en quelque lieu bien chaudement^ Jà oh 
Hz, ne prenent point dc^ ^ventj , de peur qu*llz^ /o 
morfondent^ et refrojdiffent , et les faut baigner par 
quatre ou cinq ïours enfujuam ^ en faifant rechauffer 
leau y car cefie première decocîion pourra feruir pour 
tous lesbaïngs. Et auant que dc^ mettre^ les Chiens 
malades , la première fois , dedans le baing, il les faut 
purger en ccfte fortc^. 

Recepte pour purger les Chiens auant que les 
mettre dedans le baing. 

T)2?^JA(^6'Z "vnc^ once^ et demyt^ dt^ Qaf- 

7c^ ;, bien mundée^ y deux dragmes et demyc^ 

à' Eïlafacrç^ en poudra^ j et deux dragmes et de- 

mye de Scamonéc^ préparée^ dedans du 'v in- aigre 

blanc , ausc quatre onces d'huyle d'cliues : et dejlrem- 

peT^le tout enfemble , en Ic^ faifant ^n peu chauffer 

fur lefeu ,puis le faiites auaUer au Chien "vers it^ 

fotr.fam luj donner a manger , et Ic^ lendemain l:^ 

mettreT^dedans le bainga teur>* 



253 VENERIE PAR 

Baing pour lauer les Chiens ^ quand ilz ont elle 

mords de Chiens enragez y de peur 

c^'ilz enragent. 

fjF^ND les Chiem font mord7^ ou defhrajezj 
^^***-^ de Chiens enragez^ , il faut wccntinent emplir 
"vne fippe d'eau ,puù prendre quatre h oif eaux de fel, 
et les tetter dedans , en méfiant fort lefel auec njn ha- 
Bon, pour le faire fondre foudainement : et quand il fera 
fondu ^faut mettre le Chten dedans , et le plonger tout^ 
fans qu'd paroijfe rien, par neuf fois : puis quand il fe- 
ra bien laué , faut le latjfer aller y cela tempejchera d'en- 
rager. 

Autre recepte par motz preferuantz de la rage. 

T W 3^ appris 'vne recepte d'^n gentil- homme en Bre^ 
taigne, lequel f a foit depetis efcnpteaux, ou n*j auoit 
feulement que deux lignes, lefquelles tlmettott en ^vne 
omelette d'œuf^, puis les faifoit aualler aux Chiens, qui 
auojent efémordz^ de Qhiem enrage?:, , et y auoit de- 
dans tefcripteau, Y K A M CiV I RAM C A- 
FRAM CAFRaTREM CAFRATROS- 
QJ/ E, Lefquelzj motz^ difoit ejtre fnguliers pouf em- 
pefcher les Qhiens de la rage ^ mais quant a moy ie n'j 
adiouHepas foy.^ 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. 25-^ 

Des maladies de la galle, des dartres jgratellci^ 
de rongnes des Chiens. 

IL j ha quatre ejfeces de galles ,/fauoir eft la galle 
rouge et 7nenue , qui enfeles ïambes des Chiens, La 
galle dartrée ^ laquelle "vient large convnela paumc^ 
de lamain j qui enleuele cuyr des (Chiens, La gallc^ 
commune i appellée rongne. La gallcy noire^ , qui efi 
fouh\le cujr .laquelle fait tomber tout le pod. "Defquelles 
galles y la rouge eft lapre , et plus mal aïjée a guarir, 
•par ce qu elle eft engendrée dcj morfondeures, qut^ les 
Qhiem prenent thjuer en pajfant les eaux , et a coucher 
en lieux humides , fans eHrc^ chauffeT^y ne^ feche\j 
ou bien leur vient pour eftre nourrù aux boucheries a 
manger le fang des "Beuf^ et Vaches y qui leur efchauf* 
fe le corps. Telles ejf?eces de galles fe doyuenLjguarir en 
cefie forte. Il faut premièrement^ purger le Chien de la 
medecme que ïay mfe cj dejfm four le baing: puis le 
lendemain luy tirer enuiron deux onces de fang , d'vne 
"veme qui est entre la corde du iarret et losde la iambe^ 
puis a deux tours de la , on le doyt frotter d'^vn onguent 
fait félon lareceptc^ qui fenfuyp 

I\ecepte pour faire guarir les Chiens de la galle, 

des dartres 5 gratelles 5 &: rongnes. 

T L faut prendre trois Hures dhujle de noix ^ ^nt^ 
Imrc^ et dern-ye dhujle de cadz^ , deux Hures dc^ 

R ij 



26^ VENERIE PAR 

n)ietix cingt, trois Imres de miel commun ^ de ^vin-ai^ 
gre 'vne Imre et demje.le tout bien bomllj enfemhleJHf- 
que s a la confommatwn de la mojtiè dudit nj'm- aigre, 
Fuù y adîou fierez, de la poix ou geme , et poix- refwey 
de chafcune ejpece deux Hures et demye , de cjre neufue 
demye liure. Et fereX^ fondre le tout enfemhle^en le 
mouuant toujîours auec ^jn hajion de ^alme^ ou dc^ 
canne. Et quand le tout fera fondu , ilj faut mettre^ 
les poudrer quifenfujuenty eflant le tout hors du feu: 
et Premier, ^'ne liure et demye de foudre , deux Imres 
de coPeroferecujte y douz,e onces de 'verdet , en mou- 
uant toufioursle tout iufques a ce qutl [oit foid. Cefi 
onguent peut guarir toutes ejj^eces de g^Ues , tant fortes 
fojent elles, et faut premier que de frotter les Chiens de 
cefi onguent , les lauer auec de l* eau et dufel, pour leur 
mondifer le cuyr : puis mener les (^hitm auprès d'in 
^r and feu , et les frotter ^ et enfondrehien ceH onguent: 
cela fait, les attacher auprès du feu , auec ^ne chaîne 
de fer, et les laiffer fuer la l'ejface d'^ne bonne heure et 
de?nje, en leur donnant de l'eau a boire tout leur faouL 
En après les faut nourrir de bons potages , et dc^ 
chair dc^ mouton , bouillit^ auec quelque^ peudc^ 
foufi'c.^ , pour leur rechauffer le corps , et auec dc^ 
bonnes herbes , en leur continuante tejpace^ de hujt 
tours. 



I A QJV^ E s DV FOVILLOVX. 261 

Autre Receptepour les dartres. 

1 (ïA galle dartreufc provient a aucuns Chiens, de_, 
nature ou de race , ou bien de ^cieiRefe : laquelle^ 
gallt^ fe peut guarir en cefte forte: Il faut premiè- 
rement prendre^ le Chien , etoïierle poil des endroitz^ 
oufont^ les dartres , puis faut auoir du lexif , du "v in- 
aigre, et dufel, et lefotterfort , ïufques a ce quf^j les 
dartres faignent^ , puis quand elles fatgneront , faut 
prendre d^jn onguenL^^dont^ la recepte fenfuyt, Tre- 
neZ: "V ne Hure d^vn onguen^L» appelle Vnguentum enu- 
latum, demye Hure d'^vn autre onguents appelle Tom-^ 
philigos , deux Hures d'hujle dc^ noix, poix ou geme^ 
'vneliure , ^neliure dhuyle de cade , demye Hure dc^ 
fuje, demie liure defoufe, demye Hure de vitriol ^erty 
litargc^ d'or quatre onces , cerul^ quatre^ onces ^ 
*verdet quatre^ onces , alun de glaz, Jix onces : Ic^ 
tout bien en poudre , boiitlly et incorporé enfemblc^, 
auec demye Hure de ^vin-aigre. Et Jera 'vn onguents 
propice pour la maladie fufdicle, enfoitantL^les Chiens, 
comme deffm. 



Recepte pour la rongne commune. 



L 



<tA rongne commune prouientj aucunes- fois par 
fautes quc^ les Chiem n'ontL> points deau net- 
te pour boire a leur heurta , et en foujfrcnt^ , ou 
hien prent pour coucher falementj commises lieux ou 

R lîj 






2 6 2 V E N E R I E P A R 

forpL> les T^ or ce aux ^ ou fur de la faille Jallc^ ou au-' 
rojent^ couché à' autres Chiens gallcux , ou bien 'VÏeniL» 
ceïle galle de morfondure. Telles galles font^ atfées a 
guarïr ^ fans les frotter de drogues ^ mais feulement 
du iuïi ou décoction d'herbes , dont^ la receptc^ 
fer/fujt. 

' FreneT^ deux wintées de Q'ejfon fauuage , autre-^ 
menti aff elle Berne ^ et deux wintées d'Enulacam^a- 
na , 'Vulgairement^ appelle e Le aune, des fueiUesou ra- 
cines de Lapace , de la racine de Roerbe , de chafcune 
deux loin te es, et des racines dt^ FrodiUes , p(fantj> la 
quantité de deux Hures : puis piler toutes ces herbes et 
racines, et les faire bien bouiÛir auec dwvm-aigre ,et 
n)n feu dc^ lexif o^pres que tout aura bien bouiUj, 
fautpajfer la décoction ou bien le luïl dùceUes habes et 
racines, et adioufterpar-mj lefditz^ iuf\ou décoction, 
deux liures de Sauon commun, et le faire fondre de dam : 
puis quand il fera fondu , Ion en fottera et lauera les 
Chiens far quatre ou cinq 7natins enfujuans, et ilzj 
guariront^. Les receptes fontj 'véritables , car ie les ay 
efprouuées. 

Recepte pour guarir les Chiens des louppes. 

I L furuien4L> aucunes- fois aux Chiens des louppes, 

et pour bien les guarir , il faut regarderies lieux ou 

elles font^ ^ d'autant^ que fi elles cBoyent en endroitz^ 

furie corps du Chien ou il j euït abondance de lenes 



I A 03^ E s DV FOVILLOVX. 253 

OH artères y elles feroyen^L^ fort âifjictles a osier en telzj 
endroit^, Celnj qui les ofterafe dojt gouuerner en ce^ 
Jle manière. 

7/ faut p'ernïerementj entendre qu* il y ha deux 
mmieres de les guarir , t'vnepar incïfîon , et lautrt^ 
far recepte , comme ie declaïreray cy après, (jluy qui 
'voudra njfer d'mcifion , doyt regarder combien il y ha 
de 'venes qui entren^L> dedans ou deffus la louppe , puti 
faut quil ayt "vne aiguille , laquelle doit auoir la pointe 
carrée , et ^vn peu courbée, et t enflera de bon flet , en 
paffaTvtj fon aiguille par deffoubz^l a 'vene ^ et la tirera: 
quand le flet fera par le deffoubz^^ il le nouer a par de f-- 
Jm U'vene , enieïlraignant^le plus qu'il pourra, puis 
coupera le flet , et laiffera la 'venebien liée :, et en fera 
autant^ a toutes les autres njenes qui feront dedans la ^ 
louppe, de peur qu elles rendent^ dufang quand il fera 
fon mciflon. Et alors qu'il 'verra toutes les ^jenes bien 
liées ) il prendra fon raXo^mr , et cernera la louppe tout 
au tour y laiffantL, la liure de ^venes par /o dehors 
de fon incifeure : car il faudra que^ les <venes foyentij 
liées au commancement des racines de la louppe, puis 
couppera et enleuerafa louppe, et tout incontinent pren-- 
dra vn fer chaut pour cauteriz^erles petites fbres et 
artères, Tuis il fera fon premier appareil de fang dç^ 
Dragon , de moyeux d'œufzj , de la poudre de lingt^ 
hrujlé , broyé auec du v m- aigre: et faut emmufelcr 
/c^ Chien de peur qu il arrache le flet , qui tient, les 



2^4 VENERIEPAR 

^enes attachées. Et faut fan fer le Chien tov^s les iours^^ 
auec du lard fondu en l'eau , mejlé auec du T^omphili" 
go s , battu en 'vn mortier de plomb : mais tlfe faut bien 
-prendre garde que les ^venes ne faignen^. 

Autre recepte a ce mefme approuuéc.' 

TL F AVTy prendre^ trois groffes épines noi^ 
res y alors qu'elles feront^ toutes ^vertes ^ et fat f^ 
chementj cueillies ^ faiBes les tremper 'Vingt et qua-" 
trc^ heures dedans le fang des feurs des femmes^ 
puis l^sgrejfeT^ toutes trois de^ c(Ly 'venw: et les piqueT^ 
dedans Ic^ milieu de la louppe ^tant^ qu elles j pour^ 
YoniL) entrer : et fi d'auanture eUes n'y pouuoyent en- 
trer , il faut fairc^ ouuerturc^ auec^n poinfon , ou 
i/'WO' ffoffe efpingl^^ , etfcherles efpines dedans, fam 
les bouger qu'elles nc^ tombent d' elles- mefmes ^ ce fait 
les louppes mourront peu de temps après. 

I\ecepte pour faire mourir les puces ? poulz ;, 

Oc vermines des Chiens , & 

les nettoyer. 

IL faut prendre^ deux iointées de fueilles dc^ jS^r- 
ne^ et deux iointées de fueiUes de Lapace^ et deux 
iointées de <i^entc^^ lef quelles herbes ferez^ bouillir 
en lexif de far ment ^ et adiouïiereK^par^mj deux onces 



I A Q_V ES DV FOVILLOVX. i 6 $ 

Dejhifacre en poudre: puis quand le tout aura bouilly] 
faut pajfer les herbes fuhtdemçntj, et prendre la decoéi- 
OKy en laquelle adiouftereT^deux onces dc^ Sauon^ auec 
'vne once de Safran, et ^vne ioinclée de Sel , et mejlerez^ 
le tout enfemblcj et en lauerezj le Chien, 

Reccpte pour faire mourir, ôc tomber les vers. 

T L faut prendre des efcorces ou efch ailes de noix , au- 
trement appellées T'am , et les ptleT^ bien fortj ejkins 
bien macérées et trempées , les mettrez^ en 'vn pot y auec 
fvne chopmc^ de njtn-aigrtLj par de fus , et les lai^erez^ 
tremper enuiron deux heures ^ Ce fait, fer e\ boUillir au^ 
feu , deux ou trojs ondes , 'VoT^drogues fufdtEles : puû 
les paffercKi en "un beau linge blanc, et en mettrez^ la de* 
coctwn en ^n pot, en y adiouflarJL} les poudres quifen^ 
fuyuent^ :ffauoir efl, ^vae once d'aloé eupatic, ^ne once 
de corne de Cerf brujlée^ , "vne once de poix-rcfine^, en 
hraffan^L> toutes les poudres par- my la decoBion, En a- 
très prendre le Chien, et auec la pointe^ d'^vn coufteau 
faire tomber quatre ou cinq 'vers, et mettre /c^ iuf; de* 
dans^ et ilzj tomberont e't mourront foudainement^. 

Autre recepte a ce mcfmes. 

T Lfaut prendre dufel de Beuf, de lapoix-refnc^ en 

poudre, aloé en poudre xhaux-'viue en poudre foujfre- 

*vifen poudre yCt deïlrempeXJe tout dedam le fiel, enfai- 



255 VENERIE PAR 

fant comme deffns, et les 'vers tomberont et mourrontj, 
l'etij^e bien mis far efcript les receptcs des oÂnciens, 
lefqtiellmettojent le poil des Chiens nom-per dedans 'vn 
Frefne, on Cormier , mais telles chofes ahufentj les hom^ 
mes . 

Reccpte pour les Chiens mardz de Serpensj 
§^ Vipères. 

Oii E N E Z ^ne poignée d'herbe nommée la Croï-* 
fette , ou (fuciata, ^ne poignée dc^ '\R^e , 'vne poi-^ 
gnéedela fiietUe d'^vn arbrifeau nommé CaJ^iS:, autre- 
ment pojure d'I:Cejj)aigney 'vne poignée de t herbe de Boil- 
Ion blanc ^ autrement appeUée "Blonde j 'vne poignée da^ 
GenetZj y ^vne poignée dc^ oy^Iente : etptlet^fort toutes 
les herbes fufdt£les :, puis quand elles feronL.^ bien pilées 
et conquafées , il faut prendre 'vn 'verre de vin blanc, 
et faire le tout boHiUir, vn onde feulements, en vn petit 
pot plombé , et en prendre le iuft ou décoction ^ auecq le 
poix d'vn efcu de Theriacle mejlé par-my : puis pren- 
dre le Chien, et luj en faire au aller vn plein verre, et luy 
en lauerla morfure, mettant vnefueille de bouillon blanc 
pardefus, liée d'vne branche de genet\j etilguarira, 

Recepte pour faire guarir les Chiens de la morfure 
, des S angliers ^ &: beft is mordantes. 

LES Chiem fontij foHuent-j blefez^ des Sangliers en 
plu fleur s parties de leurs corps, etffelon les lieux et 



I A CLV ES DV FOVILLOVX. 4 6'^ 

endroitT^ou ilz^ feront blejfcz,, il fe faut goutierner pour 
les panfer : car fi c'efl au "vcntre^, et c^ue Les tripfes leur 
tombent , fans efirc^ cjfenfées ne rompues , le "valet dc^ 
Chiens dojt foudainemeat. prendre le Chien ^ ci luj re- 
mettre les trippes bien doucement dedans le ^ entrer, a- 
uec le bout des doigtT^, en la manière^ que fait ^vn cha- 
treux quand tlfenc^ les ChïentSy puis coupper 'vne peti- 
te laifche ou plat aine de lard^ et la mettre au dedans du 
n) entre y au droit dupertujs, et faut qu'il ayt'vn carre- 
let toutpreft:, et coudre^ la peau par dejfm : mais faut 
entendre qu*a tous les points qu'il fera ^ il dojt nouer fon 
filet y car autrement fd riefioit noué, et que le filet pour- 
rifi en 'vn des pointT^) tom les autres fe^ latjferoyent^ 
aller, et par ainfiil efi requis de nouer et coupper Ic^fi" 
let a chafcun poi?pL\ ^luta7vL> en pourra tlfairc^^ par 
toutes les bleJfureSy qui feront^ aux autres lieux ,j met- 
tante toufiours 'vn lardon, et coudre^ comme defim, en- 
tretenante toufiours laplajegrafc^ de lard, ou de gref- 
fe feulement : parce que le Chien fe guarira plm toft de^, 
fa langue ^ fil fe peut licher , que de tous les onguent Zj 
dequoy onle ffauroit fiotter. L' aiguille^ doyt eftre car- 
rée 'vers la pointe, et ronde depuis Ic^ milieu iufques au^ 
cha^ cupertuis: telles fortes d'aiguilles fe nomment carre- 
letZo , de f quelles les Barbiers 'vfent^. Les 'valetZj dc^ 
Chiens n^ dojuent point aller a la chafife^ du Sanglier 
qu'ils ne foj ente garnis de telles aiguiUes, auec du lard 
pour m.ettré dedans les playes. 



25-3 VENERIE PAR 

Rccepteprïurles Chiens qui ont cfté rompuz. Se 
foulez des Sangliers , fans cftre 
bleflez. 

T L aduient aucunes fois que les Sangliers foulent les 
Chiem du bout de la hurc^ ,fans les hleffer y commet 
aux endrottT^ des coHes, aux hanches et lieux nerueux. 
Si de fortune^ ilz^ auoyent> quelque chofc^ demoly ou 
rompu, on les dojt faire habiller : mais fxlln'eïloyen/L> 
que foule^jOn dojt faire <vnt^ emplâtre auec les drogues 
qui penfuy uent^. 

Prenez de la racine d'^ne herbe appellec^ Symphi-- 
ton, 'Vulgaireme7vU Confolidç^, emplajlre de ct^eliloty 
poixougeme, ethuyle rofat, autant pefant des "vns que 
des autres, lefquelles dictes drogues njom méfierez^ tou- 
tes enfemble , e^ ferez^ "vne grande^ emplajlre fur de la 
toile, puis ^ous coupperezj le poil au droit du lieu ou fera 
la douleur du Chien , etj appliquerez^ ^vocfre emplahrCy 
lapins chaulde qu'il la pourra endurer, et ilguarira* 

Recepte pour les Chiens qui ont des vers dedans 
le corps j lefquelz ne peuuent vuyder. 

IL aduient aucunes- fois que les Chiens 0}vL> de fJ'rans 

'Vers, qui leur fortent du fondement , lefquel7ilzjncj 

peuuent vuyder, A telles m aUdies faut faire la recepte 

quipenfuyt. Trenez^ du iufi d'^b/inceje poix de deux 

dragmes^ deux dragmes d'(^4lûé eupatic , deux dragmes 

^ejhfacre 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. i6q 

Dejkijiacre, et ^jne dmgme de corne de Cerf hrujléc^, 
^ne dragme de foujre , le tout filé et incorporé enjemhle, 
auec de thuyle de noîx^iufques a la valeur de dcniy la- 
re, etfaiBes aualler toutes les ckofès fufdtttes au Chien , 
et il guarira foudainementj, 

Reftraintif pour les Chiens aggrauez. 

Qv A N D les Chiens fontj aggrauez^ et deJfokTL, en leur 
w dojt faire les reflrain^îfk, en cefe manière^. 
Prené^jvne douz^ame de launcs d'œufz:^ lefquelz^ 
'VOUS battereZj auec quatre^ onces du iuft ou decoBion 
d^'vne herbe qui "vient^fur les rochiers , apPelléc^ Ptlo^ 
z^eïte, ^vulgairement Oreille dc^ Chat , ou bien auec dpt 
îufiou decoBion de pommes dc^ Grenades, bouillies auec 
du 'Vin- aigrelet en dejfaut defdiBes chofes pourrez^ pren-- 
dre le vinaigre tout fimple : puis quand les œufz:fercntj 
bien battus, "vousj adioufterez. delafuje^^ bienfhbtile^ 
mer/t^ brojée en poudre, et méfierez, le tout enjemblc^, 
etenfrottereT^les piedzjdes Chiens, les enueloppans auec 
du linge. Qefait, laiffere\jepofer les Chiens toufle long 
du tour et de la nuiB, et tlzjguarirontj, 

Recepte pour faire mourir les chancrcs;, qui vicnent 
aux oreilles des Chiens. 

^R E N E Z du Sauon le poix d'<vn efcu, d^huyle de 

Tartre, le poix d\n efcu , dc^ Selarmoniac, ïepoix 

d'^n efcuju Soufre et Verdet, le tout [cjt incorpore en'- 



2yo VENERIE PAR 

nmhlz^ auec an ^v in- aigre blanc, et de l* eau forte ^ et en 
trottez^ par netif?natm le chancre^, 

R-ecepte pour garder les Chiennes d'entrer en chaleur. 

DO N N £ Z a manger a ^nc^ Chienne ^ auant^ 
quelle ajt porté des Cheaux , parl'ejjpace dc^ neuf 
matins :, par chafcun matin, neuf grains de poiure^ 
et ellc^ n entrera iamais en chaleur. Et les luy ferez^ a - 
ualler auec dufourmage, ou autre chofç^. .^^ 

Recepte pour faire pifler les Chiens. 

L aduient^ aucunes- fois que les Chiens ne peuuentLt 
pifer, ou parejfortz^ qu'ils, ont^faitz^^ ou par chaleur 
de reins. <iA telles maladies faut faire la recepte^ qui 

penfujt. 

^reneZy ne poignets defueilles de Gujmauues, au'^ 
tantdefueilles ougrenes d'^ont^ herbe nommée dArcha^ 
quangeM^i^^l^^ [^ tropiut^ communeme^pL> parles ^i^ 
^nes y racines de Fenoil ^ racines de fonces y autant^ 
^pefanL> des ^nes comm€ des autres , et ferezj le tout 
bouillir enfemble auec du 'vin blanc , tuf que s a la con- 
fommation delà tierce partie, puis leferezj boire et auaU 
krauChien,etilpif[era,etferaguary. 



lAQ^VES DV FOVILLOVX. 271 

Recepte pour les Chiens qui ont mal 
dedans les oreilles. 

^RJE NE Z Ju ^ermfi, et le mettes en -une efcuel- 
le, fîiis lefaiBes <vnfeu chaufer, et adiouHere7 de- 
dam de t eau de la ft^eiUe et fleur d'^n arhrifeau, ^ul- 
gammen^ affeUéTroeflne ,ou de l'eau de la fleur de 
Cheure-fueil, qui croiïifar-my les hayes.auec dumiel, 
aufligros comme le hffht du doigt , lequel mejlerez.far^ 
my les eaux^Et mettrez, toutes lefdiaes chofes dedans 
l' oreille du Chien, en lemouuaiilLj touflours, puis luy fe- 
rez, pendre t oreille pour faire tomber ce qu'aurez, mis 
dedans. Cela fait, ^ous prendrez, de thujle Lorin, la- 
quelle ferez, chauffer , e4 la mettrez, dedans toreàc^, 
en l'efloupfanL, auec du cotton trempé en icelle hujlc^: 
luyfaifant toutes IcfdiBes chofes par cinq oufix matins, 
et ilguarira : mais tl faut prendra garde qu'il ne fç^ 
gratte^. 

Recepte apprcuuée pour faire mourir tous 
chancres ^ dartres ^ & fiez. 



I L fautffemre <vne dragme de Sublimé en poudre] et 
la mettre en ^n mortier de plomb, auec /o luïlet de-* 
dans d'^n Qitron ,fans tefcorce : et quand le tout fera 
bien broyé, il y faut mettre dedans ^n peu de 'vin-ai^re, 
et d'eau,puu prendre d'aAlun lepoix^d'^vn efcu, et^au- 
tant^ de Sauon: le f quel?:, broyrez. et meflerez^ auecq les 
autres chofes deffuf diBcs. Et faicîes boi^tllir /o tout 



2 72 VENERIE PAR 

en "vn petit pot , mfqi^es a U confommation du tiers, 
puis appliquerez <vopredite decoffwn f^r les dartres et 
chancres , qui feront fur la peau , et aux oreilles, Adais 
aux chancres qui font fur la chair ^iue y comme au de^ 
dans delà peau du ^it.il faut faire hoûiRir le Sublimé, et 
en ietter la première eau, afin quelle nefojtft corrofme, 
enfaifant^ comme defm* 

Rcceptes pour les playes des Chiens, 

L% 
E iuftde lafueillc^ de Chou rouge eft lefouuerain 

baumt^ pour les playes des Chiens , car fi 'vn Chien 

eïlhlecé , en appliquante ït^ iu(t du Çjoou rougc^furla 

pl^ye, il la confolidera foudainementj : laratfoneïiy que 

la chair du Chien efi chaude et fechc^^ et Iz^ chou de fa 

nature^ eB chaut et humide, 

f*€uf[c^ mis plufeurs autres receptes, mais craigna77tL> 

qu'on les trouuaïl ennuyeufcs , i*ay feulement ejcript et 

mis les principales, et pltis necefiatres. 



CSsÊ 




^ Fin des Recepte 



^ A 





(^l^^^^^^y 




^^ 



IAQVES= DV FOVILLOVX. ^^^ 

L'Adolefcencede laques 

T>r FOVILLOVX, ESCVTE'K, 

Seigneur âudït lieu, en Gammes, 
/ paysdePopti. y/^ , 

Ty b4s[ D a N T le Pemp que le rmle ¥r an fois 
■*- Fatfoitflojerla France fouh^. fis lotx, 

"Tendre^ orfemn.fortant^ de la tetmc^, 
Tranjfortéfuz. dehors de ma Gafiin^ 
T>ans "vn pays de boys et de rochters. 
Lieu bien hanté de Cerfz^ e4: de Sangliers: 
Enfermtudc^ en ce lienfu long-Temps^ 
Et a Ljmer&s^ ou neperdj mon temps : 
^ins euitant^ fam cejfelaparejj^c^ 
d/l ceplaijir exerçaj 7na teunejfc^^ 
^lu i eji commun aux Princes &t Seigneurs, 
Commc_, ^uojent^ fait tom mes predecejfeurs : 
Car^olcnttersnçjlre (généalogies 
Les Filles aj mc^^ Armes, et Vénerie^ . 

Orfufït^ efilauc^ eninron de qumXe ans 
U^ajant^emoM émotion et fins ^'^-- - 

S 



r 



27? ADOLESCnN'CSS P A ?• 

^Ij4 and l'en vingt ar^^ ilmsprint 'vnc eitJic^ 
Ad' émanciper, ^viure ama fantaftt^. 
Comme vn Sangler a trois ans fe det?art. 
L'homme a "Vingt ans je met auji a Part, 

^e bon matin m'en allaj de ce lieu, 
J^ouhliant rien ,finm a dire Adieid^ : 
Frens mon JL^mneT:, m'ent^ou a i'aduentmç^. 
Et ma bouteille attache a ma ceinture^ . > 
T'antiçhemtnaj perf or ejiz,, et bocages ^^^ ^'^*^'^ 
^lue rencontraj MQerfdam les gagn âges, 
jl la Bourdaine alors H. "V tan doit, 
La iette auji dans la taille erufott : 
Fuis ilfen va tout le long d'vn chemin 
Faifantfa ruz,e a tegail du matm. 

Aprcs,fji tAnt démon Chien 'Tire- fort 
uele randi d' ajfeurance enfcnfort ; 
Ou le brifay pow prendre les deua?2tz,, \^^^^ 
Afon rejfiy de ?non Qhien heu les vent^ 

le le trouuaj d'vne enceinte forti, 
Etd'vne 'Bijche Uf.ejtoit départi r 
Lejrappe a route, etm^ m^tzj furies voys, 
^u Qhieni de moj, eufie\oujla voix, 
Sus , voyleci, allezj, vaj auant: 
F ar la fumée tlf enva debontemps:. 



lAC^'ES DV FôVïILOVX. ^j^ 

Z)oyleci par les portées ^ 

%Jojleci per les foulées . 

Voylea aller le (erf, 

Vojleei aller le (/rf 

uiroHtc^ a Itij/palet / 

Sus après luy ^alet. ' / 

'ParlesForefiz^maint^ efcôtrefonnojt 
Far la faneur â'Echo.qm rej^ondojt. 

Or "venGit-tlcegentU^eM^ de (^er, 
Sl^i me rendojt le co'pse^ pied léger, 
Eîfife?2tojs lafc^rde CAuhej^mt^ 
^^eçc^ dùt^^'v^riij afpmîoitde Gajiinc^. 
oApre^s mon Cerf me mis parlés campacrnes^ 
Oi^le hnfcaupiedde deux montaignu^ 

"Dejftis "vn tronc ^regardam^-rna bouteille^ ^ 
Frena::4L^ repos ^ njne heure te fommellle^. .^ 






On oyott la le 'vefi^tj C^th'arizir 



^/ me donnoit'inagmllcnd^ajmer: • 

(pmme des "votx doucettes et menues y 

Et ?nefemhloit qu[ellçsmmojep^4umes^:. 

Je m' efueillaji;e^réWèmr^'mès''Vojs ^- 
le rcncontraj le Cerfjcrtknt^ des bojs: 
Tant^ le fmujpar rochïerset efpineSy 
^^ e le randy aux forefiz^Ée G'àfmes: 
Stie hajAnt dJ entrée^ ^iander^ 

S ij 



\^'0 



ij^ ADOLESCENCE PAR 

Par la iu^eaj qii'il àenoït demourer^ 
Oh le hnfay aux genefi^ de ^erd^rc^y 
6n le laijfant repofer a nature^ . 



^lumdie Çentïda genejtles douceurs 
S ou dam ni endors dedans ces douces jleurs: 
En fommetllant^ oujfus ^n roch er 
^Un chanta dmtn, qui m£ 'vmt allécher: 
De m' approcher ïe ne craigny mes peines, 
oAjin d'oujr ccsgenttlcs Serenes, 
^lui de chanfom doucement^ entonnées 
ReJîoujjfoierî4L> montaïgnes et 'V aie es. 

^lumd l'auïfaj cegaj troupeau ajsis 
Sus 'vnrocher, ^veoirpaifirc^fes brebis^ 
Chafcune^ ayante dejfusfon beau tetïn 
GentilemcTît^la quenouille^ delm: 
Il mefembla après ce mïen reueil. 
Voyante leur face^ :, auifer le Soleil, 
l'en choîfis i;^c/ ou mon cueur eut defir 
SoudainemeniL) de prendre^ fon plàifir, 

Orfaïfoït il njne pluyc^ doucette^ 
§lui luy rendoit la couleur "vermeiUettc^ . 
La eU'eJioyt en vnlieu afouhayt, 
Tlein tout autour dejleurs de Serpoulet: 
Chantante ainjl a qui chanter oit mieux 



Vn chant 



I A QJV ES DV FOVILLOVX» ay^ 

Ad* approchant près pour mieux les regarder 
Soudain fnz^ prins de l aiguillon d'aymer^ 
%)ojant.^ lagaye et mignonne Bergère^ 
f*Ayant^ le tetrpt^j et la couleur fi clerc^: 
Car points n*auoït de fart ne de cmettc^y 
Qpklais tout air/fi que J\(^turelafaiBc^, 

Point de touretT^ n'auojt afonfommeil 
Forsfeulemei4L.' la clair té du Soleil: 
Elle n eïlojt points chèrement^ enfermée^ y 
aAi?^ aux fureurs des ^jentT^abandonnée. 
T^oint ell' n*auoyt ambre ^ mujc, ne odeurs^ 
Sa douce haleine feruoit defenteurs. 
T^oi^pL neportoitjteury benioiijn .gnacelle, 
Onques par fans ell* ne port a fur elle: 
^lais elle alloit quand le temps eftojt gay 
Entre les fleurs et rouf é es de ,:Pl4ay. 
Point ne portoitgans de Chamoj s. mitaines, 
^ins en tout temps ha defcouuert fesveincs, 
^J^^Qj portoit poin/tL> de calfom ne patins y 
L*efgail lauoitfes piedl^ tous les matins. 
Points ne trompoit le monde enfes cheueux, 
JVIaisles fiens ^rai^ luy tomboyent fur les yeux . 
T^ourfe coeiferne luy faut points d^empojs. 
De mirouery ne de te fie de boys : 
3^\auoyt carquans, 'velours, ne chapperons^ 
^lu'vn couurechef tout plié agriUons : 

S iij 



<i7« L'ADOLESCENCE DE 

J7\(W hue?:, eticof defoje 'violette y 
^li^^vn goàïUon de fim^le lawe *vertc^* 
JEUe n'auojt au Iteu de faux manchons 
\Qj£'vn linge blanc.furjh petù bras hlond^^ 
JA(^ / iaz^erans^ anneaux ^ ne hmceietZjy 
Surfon gent cor p et fes tetim refait Zj, 
*jD'eau de mourron, de fthue^nefaltuc^ 
JSlefe far doit j fors que de claire eau "viue: 
JE au de gougourd.e a elle point ne touche^ y 
Four adoucir fon ^vijage et fa bouche^, 
^oint nefortoyt de ce liège femelle^ 
^our amoindrir fcn feingetfa mammelle, 
Uafijuine nulle, ou aucun pelicon 
EU' ne portoitj ce n'efîojtfa fafon. 
T^oint ne prenoit <vin blanc pour fe baigner, 
U^^C^ drogue encor* pour fon corps, alléger: 
QtyMaùfen alloyt èfbatre fur l herbe ttc^ 
Dedans les prél^ au long de la Viettc^. 
^N^urrie eftojtnon délicatement^^ 
Les élément Zj esloyentjfon alime?vL>y 
Car le Soleil qui rend par tout fplendeur 
La contentoyt, et nopirrifoit fon cueur^ 
En luy rendante le deuoir de naturc^^ 
Contente eBoyt de telle nourriture^. 
Et fa beauté en rien n'amoindriffoit, 
A'iais au contraire en beauté reluyfoit^ 
Qj4i me rendoyt ^un amoureux dejflr 



I A OV ES DV FOVILLOVX; 2 

2)*a^A^ iour me ^oeoir ^rcs d'elle a mon flaijir. 
Quand le l'etc ^eiie a mon gré longnement^^ 
Aîon cuenr d'vnfenfnt ejprls 'vïueynent^y 
^pperceHa?it^ la beauté d^ 'vifagc^, 
Etfon parler qmfentojtfin ramage. 

Or i'eftoù la caché pre^ d^'vn rocher^ 
Et ne rnofojs de pUiS près approcher ^ 
Car mon efprit eftojt en grand' penfée 
Si droit a ell' m'en trois d'arriuée, 
A'Ion cmur me dit, ne te hajle d'aller, 
EUe pourra de ce roch deu aller : 
Lors approcher te pourrai a t emblée y 
Et a ton gré "veoir toute l'a^ emblée ; 
(e que i'ayfait^, ayante la patience 
Gn attendante l'heure de ioiijjfance' 

Bien tojl après comme ejlois en propos 
Veoir laBergere, tout 'vint bien a propos: 
uiu Ciel oity grand' tempe (te et tonnerre y 
Soudain ie "vy la Nymphe fur la pierre y 
Chantant ^n chant Jî haut et amour euoc 
^luefclercir finie Soleil et les (jeux, 
JVÎon cueur alors comman ça l'ouuertmCy 
Lefang efmeu domina fur nature. 

<i^e h attardé pour aller droit a elle y 
tirais elle eut peur la gentille puccUc^y 

S iiîj 



10 



aSo L'ADOLESCENCE DE 

6t de droit p en 'va eu e(iojentfcs compaignes : 
Tuis te de [cens tout au fted des montaignes^ 
£n grand' triFlefe enutron de trojs tours 
Jefti awpf^ns d'elle auoir fccours. 

qAu hoHt du temps oûj *vne mufettc^ 
Dedans "vn pré fur la menue herbettc^ : 
Vers le rocher te tournz^ le 'vifagc^ 
Si ie 'verrois Icé brebis au gagnagc^. 

Lors laduifè la gentille fUette^y ^fcrùtt- ry^^///// 
§ln^i efcoutûît le fin de la mufittc^ :' (^7^^^^^ /r ^jf^ P 
*'Uom euptezj 'veu chajcune f approcher ^^ ///r ^^ 
De ce fonneur : il ccmmance a marck er, 
Toujfours finnant doucement les attire^ 
Ki^lene la danfi, et après fe retire^, 
Prenant plaifir ^eoir faire pet is f aulx 
^uxgajs "Bergiers, dan fans branjles nouueaux 
Sur la Viette, riuiere dç^ renonu^ 
^j^i en G affine ha fur toutes le nom^ : 
Ou fon^Lj fewur les Seren es facondes^ 
£t de leur chanta refiou'sjfmt les ondcs^ 

D'oiiyr le chant iefuZj tantL> reftoUy 
§ltf incontinent mis triïlejfe en oublj : 
T^antfuXjoyeux d' entendre leur mufi que 
^l^e fis clameur du pays magnif que. ^ 



^ 



lACLVES DV FOVILLOVX. 281 

Ch(^hle p^js, qui ft^r toute la France 
^ueT^produit des filles d'excellence. 
On ne ffauroit en aucun ieu de pris 
autres trouuer qui emportent^ le pris: 
Soit a chanter et danfer par mefure^: 
Car ces dons la procèdent^ de J^^Qjîture. 

le ^oy Us 'Rois et T?rinces ejlrangers 
EHre apprentifz, de ^voZj branles légers. 

Or ne def^laife au Tjbre , ni au Rojhe, 
•7\(]j au grand ÎN^jl y ni au fi a la Saune y 
Fleuues qui oniL» partvniuers grand brujtj 
Qir la Viette apporte plus beau frujt: 
"D'^vn Simois et Xanthe de renoms 
Noftre Viette hafurmonté le nonu: 
Digne d'auoir fes fources immortelles, 
Fuis quefcs eaux nourrijfcnt^ les pucelles. 

Or chanteT^ donc , et danfeZjles fillettes y 
Z)oHredoux chanta excède les mufettes. 
Chère Caïime , auant la mort me donner 
Le coup du dart, qu'ingrat ie f abandonne, 

Donques i*efioj mufié dans des ejpines 
7ourconte?npler leur fa f en et leurs mines: 
fiyiu coing du roc h ^ au bout de la prairie, 
£Jlois tout cojpour 'veoirla bergerie, 

S ^ 



2 8 2 L'A D O L E S C E N C E DE 

Làfc^ p remit entretix tant de foulas y 
^Varptj a danfer qtiinHenter autfefbaSy 
§lt£tl rieïi pofible aux i; iuam curieux 
Tins en a^oïrfam le tran^ort des cieux: 

^endantj le temps quefiois en ce plaijïr 
Voyante la Nymphe^ ou eftoit mon defir, 
Vom conter aj au long dz^ poinL} en points 
Slj^tl marriua, donL>fuz^ en piteux point. 
<tiMa Yohhe efioitde bonnes peaux de Loups ^ 
§lm me ^venoït ajfez^maia propom^ 
Car "-un faux Loup rauit njne ^Brebis: 
Lors les Bergiers firent de fi hauts cris 
^luei'eufayeur , et du lieu 7nç:^ dejpars, 
Voicy "venir maslïns de toutes partz.^ 
Cour ans au hrujt, et m'ont tranché chemin, 
c^M'on^tj aîtrappé , chafcun prend fon lopin 
T)e mon habit ^et lon/L> mis a tenu ers: 
J'aduifay lors me4 genoux defcouuertXj 
Don^ m'efcnê a haute pleine têBe^ 
Voyant ma robb^^ tll^ me prenoyent pour befc^. 
Qyi'ldînf aiguillette arrachent dc^ tefchmc^) 
^Itii me caufoit faire pîteufe mine: 
Q^îais Dieu ^voulut que la douce fillette 
Oiiyt mon cry , et court toute feule tte. 
Et me voyant tout rompu , ^tnt défendre^, 
Frent fa quenouille ^ et ayde a me de/fendre: 
En elle alors mon cueur fut imprimé^ 



I A QJV E S D ▼ F O V I L L O VX. a 8 5 

'Et bien ioyeux d^ejlre a'inji deliuréy 
1)*ellc^ m'approche^ , et près d'elle rangé 
lemç^ fentis dc^ beaucoup foulage: 
Carie doux *vent. de fa Jouefue haleine^ 
^^M.* amoïndrïjfoit de mes plajes la peinc^. 
En Joujpirarptj> commance a tembrajfer^ 
Et doucement^ fon^if âge batfer^ 
Vùm mercïantj lagenùle fillette 
I>ont^ *vom m'aueT^ eïlé amjc^' par faites» 
En cheminante tenoïs fa blanche main y 
Parlant a moj d'^n cueur doux et humain: 

6n me dtfantj ^yjceu priqueu marrie^ 
De "voïîre enneu , et gronde fafcherie, 
Jgle "vouX- afpte pardwgu e foit grand mau, 
^Ij^f'fujmnt morts le Chiens qm font y tau. 
So 'voHplaifet de njenir chez^ mon père 
T WQji donraj do 'vin a bonne chère* - 

l/€ luj reJJ;cns ma dcuce et grand' amje 
De bien bon cueur humblement 'vot4^ mercie^ 
Etpour autant^ que t'ajfort bon ^vouloir 
!D<? ^om aymery et njoïhe grâce auoir^ 
le ^ous fupplj de prendre ce pendante 
Du bon du cueur ce mien petit prefentj. 

Sur ces' propos iettaj fur lanserdurc^ 
fDeux beaux anneaux lace^ d*^nc^ cswcturt^: 




2 8 4 L'ADOLESCENCE DE 

Elle commance adonc afoy clinery 

Et les anneat^x en fin blanc fiingfirrer. 

7/ eftoit temps d* emmener fis aigneaux. 
Car dejla lors fi en allojentj a troupeaux 
Detom cofleT^fies compaignes , fi bien 
ue n' eûfimts point de plm parler moyen, 
^renant^ congé mt^ prefienta la mam, 
(*^Ie promettante renenir lendemain* 

Sur cefi a- Dieu de moy pefi feparéc^] 
Ou la cogneu du dart d'amour fiappéc^y 
Car fi en allante ^fiouuent tournait fia jace^ 
En me difiantj d*njnz^fii bonnes gract^: ^v 

S*ra tou demoin enuiron de dix hourc^, ^ "^ 

J^^^ faille pas de njous trouuera thoure, ^ ^ 
E da bon fier, adé, adé 'vou dy, \^ ^ 

Or a- Dieu donc la belle fille aufii. ^*^ 

Lors attendante t heure delà promefie, 
T^ar les bofi^uetXjne pourmenof^ fians cefie. 
En efioutant le doux chant des oyfieauXy 
§lu}refionnoyent a lentour des ruyjfeaux: 
Oi4 iefongeoys es mignardifies "V aines 
^^incejfamment fint les Dames mondaines ^ 
Pour deceuo trieurs marti et amys 
Du decept if langage d' Amadis, 
JA(j? monfiran/t^ rien dc^ leurs corps que lalangue. 

Langue^ 

A 



lAQVESDV FOVILLOVX. 2 1.^ 

Langue d'ajj?ic, pour drej^er leur haranguçj^ ^ 
Et leurfourna ije au^i plante q % e fo ujre ^ 
JVIaudit fûït il qui dira bien du goujfr^^; 
Q^^faù les troupeaux des Bergères muam 
^u clair Soleil^ et aux ci eux relujfam , 
SoniL? a aymer^ tant pour leur doux langaç-e, 
^lu^e leur BanquetX^de jruit et de laidafrc^ ^ 
Entretenant^^ 'vne beauté certamc:^^^ 
Et de leur bouche alenant douce alenc^ , 

Lors quand ie "vy qu'il eji oit près de t heure ^ 
M'en allé 'voir des Brebis la demeure^ ^ 
Sur'vn coutaut en "vn petit pajij. 
Près d^'vn rocher^ la bergère attendy, 

Tantoji t ouj fes Brebis erodans. 
fluide [a "voixfaifoit de pi ai fans chantz^: 
Caria coujiume eji ainfi en GaJtineSy 
^luand 'Vont aux champs, de hucher leurs 'voy fines 
iarmefme chant que metZi cy en mufique. 
Rendant ioj eux tout cuem' mélancolique. 



2^4 ADOLESCENCE PAR 

Comme les Bergères erodent leurs Brebis. 








^1 ;^l\ter^ 



^ — ...i _ 1 — [._ . — - 

<?/■ loti 'valetj oloti 'Valet ^ lou 'valt4:^de re la* 

liiliiiiiUliiîiliS^it^î^lïi 

Loi^i. "valef, Ion 'valct, Iqi4. valet, la la a a l&t. 



ÎAQJES DV FOVILLOVX. 



2-» 




Léchant SchuchementdesBergeres. 



Oi^, ou, ou, ou,oup , ou, oH, ou, ou, oup. 



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ADi^LESCEN 



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liriff'"*!'! irf"riii«ii' Il irrrii-riTi'iiriïmrirrrir''i I i r -iTrrT iTffTlti^jK 






Refponfe de la Bergère compagnCe 

iii=!EE!^ltiiiiii!iiiiËEil: 

O^^ OH OU:, ^^ ^^^ ^^^ oiiy ouP ou oup^ 




Î^I 



COMPLAINTE 

DV CERF, A MONSIEVR. 

dî4 Foiiilloux , far GmllaU" 
rn(L^ "Botichet, 

SI pour fauuer des Chiens ma vie fugitiuc 
A rhomme ie merenclz,5&: de mon gré le fuyuc : 
Si aliiy i'ay recours^ afin de m'efloigner 
Des Limiers 5 queiefens a ma mort s'acharner : 
Pourquoy ? feigneur Foiiilloux , eft-ce que tu les cornes ? 
Si arhommemerendzjenrabaiflantmescorneSj 
Pourquoy luy apprens-tu^ auec mille inftrumens? 
Tendre toiles & retz^pour me mettre dedans? 
Pourquoy l'cnfeigne-tuj eft-ce a fin qu'il me prene, 
Ou pour ibudain mourir dans les retz il me mené? 
Mes larmesj & mon poil^mes cors toufiours croifTans 
Luy profitent afiez , fans qu'or auant mes ans 
Mes forces par fes mains me foyent du tout rauies: 
Car ma corne guerift autant de maladie s 
Que de foison lavoyt fur le haut démon front 
Renaiftrc) tous les ans faifant vnnouueau tronc. 
Lon en chafle 5 bien toft, la douleur qui vironne 
Dans le cerueau efmeu , & fes efpritz eftonne : 
Si eftant bienpilée vnedragmeon en boy t 
Lon en purge l'humeur, Se le trop qui croiflbit. 
\ux talons efcorchez on fait la peau reprendre, 
on fait mourir les cors qui veulent loing s'eftendrc, 
i mal long §^ tardif de l'humeur trop puifllmt 



y 



Sp2 

Par ma corne eUgucry^ rendant le corps poifant^ 
Quand l'humeur froid ou chaut iVn fur l'autre maiftrife^ 
Ma force 5c ma vertu empefche Tentreprife. 
De la femme on retient Tamarry Se lesfleurs> 
Si peu elle fepurge^ou trop 5 feruant aux deux. 
Gueriftle mal des yeux^ quand dVneobfcure nue? 
CroiiTant, il veut voyler & v eut filler la veue. 
La rate Ion remets qui efpand par le corps 
Vne iaune poifon , appaife les effortz 
De l'humeur chaut &: froid , qui enragcmentblece 
Les tendres ncrfz. des dentz 5 l'humeur tombant fans cefleJ 
De la froide colique on fent fuyr les véntz 
Alongeans les boyauz auec mille tourmentz. 
Si quelquVnf'eft bruflc, ma corne mife en poudre 
Le foulage aufsi toft, ôc fa peau faid refoudre. 
Elle foulage aufsi vn homme empoifonné 
Que l'auare héritier j'ias, aura bouGonuéj 
Et refîfte au venin: defechant elle tue 
Tous les vers formillans d'vne chair corrompue. 
Mais quoy ? le chante en vain de ma corne l'honneur^ 
Et l'honneur qui me nuift. le fens défia la peur 
Me mettre vne aiile au pied^ afin que ie me cache . 
Par le couuert des boiz, ou ma vie l'arrache 
Des dentz des gros Clabaux 5 me talonnans de près. 
Le cor empHil le ciel^ ie veoy défia les retzj 
Et ie veoy le Veneur qui la flèche dreffée 
'Mefurcen encochantmon flanc a fa vifée: 
Et afin qu'il ne faille a m.e rendre aux abboiz, 
le veoy bien le Foiiilloux^la crainte de nozboiz, 
Luy remerquer au doigt mes traces 3c ma couche, 



Affin que feurement il me fuyue & me touche: 
Comme dedans la trompe il doytlefon haufler 
Quand il veut en fuyant aux dogues m'eilancer> 
Et corner^ a la fin, la prifc pour m'occire:, 
Et ce qui s'en cnfuyt, las? que ie ne puis dire. 
Peut eftre qu'il prétend trouuer dedans mon corps 
Des remèdes autant comme dedans mes cors: 
Car vfant de ma moelle > on appaife les peines 
Quand le ventre eft prefsé de fesplus fortes geines: 
Et par ma moelle encor Se mon fuif font remis 
Les membres Se les nerfz? quand ûz font refroidis. 
Soyt que mon eftomach pour médecine apporte 
Despierresj) empefchans que la femme n'auorte. 
Ou foyt que ma nature a vn lit de Venus 
EfchaufFe les maryz trop coiiardi & recreuz. 
Ou bien qiie dans mon cueur vn petit os on treuue 
Qui engarde trembler ceux qui en font efpreuue. 
Soyt que ma tendre chair on prèle nte aux repas 
DesRoys&desfeigneursj entre les premiers platz : 
Si qu'en mangeant fouuent, peu a peu Ion confume 
Des fiebures la chaleur, qui aux veines s'allume: 
Et qui plus eft , ma chair faid prolonger les ans? 

Qui poifent furie chef des hommes vieilliiTans. 

Mais hcmme mal-heureux? fi mon eage te pafle. 
Veux-tu que contre Dieu le tien allongerfp.ee? 
Faut-il, en me mangeant ^celuy la auicr 

Qui par ma dure mort veut fa vie allonger? 
Si tous ces grans biens la viencnt de mon dommage? 
^or- ce foyt, ie ne vy plus d'vn eage: 
Ur beftes pourfuy donc 




1 



Par quelles nul profit, mais dommage te font. 
Qjnon^puiffe eftre ainfi^que des Dieux la puiflance 
>Autantquetoy anousjte face denuiflance, 
Etplusiuftes encor, qu'ik t'enuoyentfouuent 
La guerre:) la famine 5 de lapeftefuyuant : 
Affin que retenu en ce mal-heur contraire 
Tunenousveiiilleplusjou nouspuifle meffairc. 
Mais fi tu demourois en tes maux courageux, 
Dcfpitant la puiflance 5 &: le courroux desDieux> 
Puifle-tu rencontrer ]3iane Cynthiene 
Toute nue baigner dedans quelque fontaine : 
Etainfiqu'Avfleon? comme moy Cerf tourné, 
Bramer deuant ton Chien defllis toy attiné, 
Qui fuccera ton fang, iufqu'atant que lon pcnfe 
Cefle peine cruelle efgaller tonoffence, 

FIN. 



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